‹ Les Curiosités de l'Ancien MondeChapitre 56 sur 97 · LES MAURES · texte numérisé non relu

LES MAURES

Les Maures, en général, sont forts et vigoureux. Ils ont les cheveux hérissés, la barbe longue, le regard féroce, de grandes oreilles pendantes et les ongles aussi effrayants que des griffes, et dont ils se font une arme dangereuse. Quand ils voyagent, et même dans leur pays, ils vivent sous des tentes qu'ils transportent à volonté. Ces tentes sont de forme ronde, avec le sommet conique : elles sont couvertes d'une étoffe de poil de chameau, si bien tissue et si serrée que la pluie ne la pénètre jamais. L'ameublement sous les tentes consiste en de grands sacs de cuir, où l'on renferme quelques mauvais haillons et des morceaux de fer. On y joint parfois de petits coffres qui deviennent un objet de convoitise. Le lait et l'eau se gardent dans des outres de peau de bouc. On a un pot de terre pour fairecuire le lait ouïe grain, deux grosses pierres pour moudre l'orge, une autre pour enfoncer les piquets des tentes. Le lit est une natte de brins de jonc, recouverte d'un cuir (anné. Les oreillers sont de la grandeur et de la forme d'un porte-manteau. Quelques tapis grossiers pour se couvrir et une petite chaudière de ciiir sont les meubles par lesquels les riches sont dislingués des pauvres.

Chargées du soin du ménage, les femmes préparent le mil, apprêtent les viandes, portent l'eau, soignent le bétail et les chevaux, qui logent toujours sous la même tente. Rien de plus arrogant qu'un Maure avec sa femme. Elle lui présente l'étrier quand il monte à cheval, elle n'est point admise à ses repas, elle se tient à l'écart jusqu'à ce qu'il l'appelle pour lui en donner les restes. Elle est en quelque sorte sa propriété, car un Maure ne se marie que quand il a le moyen d'acheter une femme. Les Maures regardent malheureusement la femme comme d'une espèce inférieure à la leur.

L'habillement des Maures consiste en caleçons et en pagnes, en une chemi<e de coton bleu, avec un trou au milieu pour y passer la tête. Certains Maures du désert ne sont vêtus que de peaux de chèvres. A la ceinture est suspendu un poignard ou un coutelas, ainsi que le mouchoiidont il s'essuie le visage et les mains. La plupart vont la tête, les jambes et les pieds nus. Les cheveux sont naturellement abondants et bouclés. On ne porte de sabre qu'à la guerre ; à cheval on a des bottines. L'habillement des femmes esta peu près le même que celui des hommes ; elles tressent assez convenablement leurs cheveux.

Les Maures sont généralement pasteurs et commerçants : ils élèvent

des bœufs, des moulons, des chèvres, des chameaux et des chevaux, surtout des juments. Ils voyagent avec leurs troupeaux, qu'ils vont vendre souvent très loin, et ils manciuent rarement de piller les nègres qu'ils peuvent renconli-er. Leur vie du reste est extrêmement frugale ; ils ne tuent jamais d'animal que dans les grandes fêles et les jours de réjouissance. Ils ne font par jour que deux légers repas, et boivent un peu de lait le malin et le soir. La religion musulmane qu'ils professent les astreint à des jeunes fréquents et rigoureux. En voyage ou à la guerre, ils sont quehiuefois trois et quatre jours sans manger. Alors ils se serrent le ventre avec un pagne, el tous les jours un peu plus fort. Dès qu'ils trouvent à manger, ils peuvent dévorer un mouton à deux ; il en est même qui le mangeraient seul. Ils l'étouffcnt pour n'en pas perdre le sang, l'enlourenl de braise et le retirent du feu à moitié cuit, pour le manger avec la peau et les intestins non vidés, en buvant jusqu'à six pintes d'eau mêlée avec de la mélasse.

Malgré leurs vices, les Maures pratiquent volontiers l'hospitalité. C'est toujours le plus riche de la tribu qui en fait les honneurs à l'étranger. Mais le repas n'est jamais servi que tard dans la soirée, lors môme que l'étranger serait arrivé de grand matin, car les Maures n'offrent rien que la nuit, à la clarté de la lune ou d'un grand feu. On en allume presque en toute saison. Le voyageur part le lendemain de son arrivée. S'il restait davantage il serait importun, et on le lui ferait sentir en diminuant progressivement sa ration, jusqu'à la réduire presque à rien.

Chez ces peuples, un voleur pris en flagrant délit est exécuté sur-lechamp. S'il est étranger, on lui coupe le cou, comme à un mouton. Si c'est un homme de la tribu, on se contente de le rouer de coups, en le forçant à la restitution, et le lendemain on le vole à son tour si l'on peut. Chaque individu se venge comme il lui convient des outrages qu'il a reçus : toutefois il tue rarement son adversaire, dans la crainte que ce meurtre rejaillisse ensuite sur sa famille et ses amis. On voit souvent quelques-uns de ces Maures se disputer ensemble, le poignard à la main,, avec une fureur qui tient du délire. On croit qu'ils vont s'exterminer : il n'en est rien, car l'instant d'après ils sont meilleurs amis qu'auparavant.

En résumé, les Maures sont généralement perfides et lâches, incapables de compassion ni de pitié ; capables, au contraire, de tous les crimes ou des plus affreuses cruautés. Ils n'ont aucun principe de sociabilité ; ils semblent étrangers à toute notion du dioit des gens et ne suivent d'autres impressions que celles de leurs mauvais penchants. Aussi faut-il plaindre les Européens que le naufi'age peut jeter sur la côte ou que le goût des voyages conduit dans le grand désert afric;iin.

DE l'ancien monde. 111

FELOUPS, lOlOFFS, FOULAHS ET MANDINGUES.

Les nègres de la côte occidentale de l'Afrique peuvent être divisés en quatre grandes classes : les Feloups, les lololTs, les Foulahs et les Mandingues. Parmi toutes ces nations, la religion de Mahomet a fait et continue de faire de grands progrès. Mais chez la plupart, le fond de la population, hommes lihres *ou esclaves, persistent à maintenir les superstitions aveugles et inotïensives de leurs ancêtres. Aussi les mahométans les appellent kafirs ou infidèles.

Les Feloups sont d'une disposition somhre et maussade ; ils ne pardonnent jamais une injure. On dit même qu'ils transmettent leurs querelles à leur postérité, de telle sorte qu'un fils considère, dans un sentiment de devoir filial, comme une obligation sacrée de devenir le vengeur de son père. Si un homme perd la vie dans une de ces querelles subites qui s'élèvent perpétuellement dans leurs fêtes, quand toute la société est ivre, le fils de l'homme insulté, ou l'ami, s'il en a plusieurs, s'efforce de se procurer les sandales de son père, qu'il porte une fois par an, le jour anniversaire de sa mort, et il attend l'occasion favorable de se venger. L'objet de son ressentiment échappe rarement à sa poursuite. Cette nature féroce et implacable est compensée toutefois par plusieurs bonnes qualités : ainsi on les voit témoigner la plus sincère gratitude et une vive affection envers leurs bienfaiteurs, et la fidélité avec laquelle ils conservent ce qui leur est donné en dépôt est véritablement remarquable.

Les lolofTs ou Yolofs sont une race active, puissante et guerrière, qui habite tout le pays situé entre le fleuve Sénégal et les étals mandingues qui bordent la Gambie. Ils diffèrent cependant des Mandingues, nonseulement par le langage, mais aussi par les traits et la couleur. Le nez des lolofl's n'est point à beaucoup près aussi déprimé que celui des autres Africains : ih n'ont pas non plus les lèvres aussi protubérantes, et bien que leur peau soit du noir le plus foncé, les négriaux blancs les considèrent comme les plus beaux nègres de cette partie du continent. Ils sont divisés en plusieurs états indépendants, qui sont fréquemment en guerre, soit avec leur voisin, soit les uns avec les autres. Leurs mœurs, leurs superstitions et leur gouvernement ont toutefois une plus grande ressemblance avec ceux des Mandingues.

Les Foulahs, du moins ceux qui résident près de la Gambie, sont principalement d'une couleur de .suie, avec des cheveux soyeux et des traits agréables. Ils sont très attachés à la vie pastorale, et se sont in-

ilâ LES CUIUOSITÉS

troduits dans tous les pays voisins en qualité de chcvricrs et de laboureurs, et ils y paient tribut pour les tcires qu'ils y possèdent.

Enlln les Mandingues constituent le fond de toutes ces populations. On les nomme Mandingues parce qu'ils sont émigrés d'un état de l'intérieur nommé Maudingue. Ces nègres sont d'un caractère doux et serviable. Les hommes sont d'ordinaire d'une taille au-dessus de la moyenne : ils sont bien faits, forts et capables de supporter une grande fatigue. Les femmes sont douces au.ssi, vives et agréables. Le vêtement des deux sexes est d'étoiïe de coton de leur fabrique. Celui des hommes e&t une grande robe lâche qui i-essemble assez à un surplis, avec des caleçons qui descendent àmi-}ambe. Ils portent aux pieds des sandales, et sur la tète un bonnet blanc. L'habillement des femmes se compose de — deux morceaux d'étoiïe, chacun d'environ dix pieds de long et trois de large. Elles en roulent un autour de leur taille, d'où il tombe et forme jupon. L'autre est négligemment jeté sur le sein et les épaules.

Toutes les cabanes appartenant à une même famille sont entourées d'une palissade faite de cannes de bambou fendues et disposées en treillis. Tout l'enclos s'appelle sirk ou surka. Un certain nombre de ' ces enclos, séparés par d'étroits passages, forment une ville : mais les cabanes sont généralement placées sans aucune régularité et au gré du propriétaire. On ne paraît avoir égard qu'à une seule règle, qui est naturelle : celle de placer la porte au sud-ouest, afin d'avoir la brise de mer.

Dans chaque ville est un grand espace appelé bentang, qui répond en quelque sorte à nos hôtels de ville ou maisons communes. Il est fermé par un enclos de cannes, et en général abrité du soleil par l'ombre de quelque grand arbre. C'est Là que se font toutes les affaires publiques et que les procès se poursuivent. Là, les indolents et les oisifs se réunissent pour fumer et savoir les nouvelles du jour.

Chaque ville un peu importante a aussi un magistrat principal, l'alcaïde, dont l'ofTice est héréditaire, et dont la fonction est de maintenir l'ordre, de lever les taxes sur les voyageurs, et de présider à toutes les conférences dans l'exercice de la juridiction locale.

Ces cours sont composées des anciens de la ville, de condition libre, et sont nommées palavers. Ils procèdent ainsi en plein air avec assez de solennité. Les deux côtés d'une question sont librement présentés, les témoins sont examinés en public, et les décisions qui suivent reçoivent l'approbation de l'auditoire.

Souvent le voyageur est convié à venir prendre place, le soir, dans le bentang, et alors, pendant qu'il jouit de la récréation qu'on lui olïre, les nègres le regardent avec un mélange de respect et de curiosité. Le spectacle du bentang est assez oïdinaire dans le pays mandingue ; c'est une lutte. Les speclateui's se placent en cercle, laissant au

DE l'ancien monde. 113

milieu d'eux un espace pour les lutteurs, qui sont généralement des jeunes gens robustes et actifs, et accoutumées dès leur enfance à celte sorte d'exercice. Ils se dépouillent de leurs vêlements, hormis de caleçons courts, et après avoir eu la peau enduite d'huile ou de beuri-e, les combattants s'approchent l'un de l'autre, marchant sur leurs pieds el sur leurs mains, et de temps à autre tendant un bras, jusqu'à ce qu'un d'eux saule et prenne son adversaire par le genou. Alors ils déploient beaucoup de dextérité et de calcul, mais le combat est toujours décidé par la supériorité de la force. Les combattants sont excités par un tambour qui donne à leurs mouvenients de la régularité et de la cadence.

Les esclaves forment le principal objet de commerce de ces contrées, mais le nombre des nègres exportés actuellement est de beaucoup amoindri.

La plupart de ces victimes sont amenées à la côte en caravanes périodiques : beaucoup viennent de contrées très reculées dans l'intérieur. A leur approche du rivage, s'il ne se présente pas immédiatement une occasion d'en traiter avec avantage, lis sont répartis clans les villages environnants, jusqu'à l'arrivée d'un négrier, ou bien encore jusqu'à ce qu'ils soient achetés par des négociants noirs, qui font quelquefois cette spéculation. En attendant, les pauvres misérables sont tenus constamment aux fers, enchaînés deux à deux, employés aux travaux des champs, et, chose cruelle à dire, aussi mal nourris que durement traités.

En général, un jeune nègre de seize à vingt-cinq ans peut valoir de dix-huit à vingt livres sterling, c'est-à-dire de quatre cent cinquante à cinq cents francs.

Page 1