LES BUFFLES DU DÉSERT
Un bruit sourd, un murmure semblable à celui de la mer dans le lointain, une agitation vague, indéterminée, couvrit soudain le combat.
Le ciel était voilé par une épaisse poussière qui s'élevait des prairies, et il me sembla voir toute une armée de nègres en déroute arriver en courant. C'était une marche aussi rapide que celle du tonnerre. Nous sûmes bientôt à quoi nous en tenir, car de ce nuage de pou.ssière je vis sortir un buffle noir énorme, et je reconnus qu'il était suivi de peutêtre dix mille de ces animaux, effrayés par je ne sais quelle cause, mais fuyant, comme il arrive souvent, sous la conduite de leurs chefs, pour aller ailleurs chercher leurs pâturages. Sans s'inquiéter en rien des Européens, des sauvages et de la bataille, ils passèrent ainsi qu'un ouragan, qu'une trombe, sur la scène du combat, sans que vainqueurs ou vaincus eussent eu le temps de se mettre à l'abri autrement qu'en se jetant à terre. Mais le dur sabot de cette horde qui arrivai! ^^ hi plaine comme une avalanche vivante, qui faisait trembler la terre sous sacour.se furibonde, écrasa, broya, pétrit le plus grand nombre des combattants.
Ce fut un aspect horrible, indescriptible ; une afl'reuse, une hideuse plaine toute de sang, de chairs moulues, de terre rougie, comme un fleuve tracé sur le sol par une longue traînée de fange huniaiiKMM d'ossements décharnés.
Les sauvages, suivant l'instinct de leur nature, .se mirent â la pour-
suite des bufïïes et durent en tuer un grand nombre, entraînés au loin dans le désert. Quant aux Européens échappés au massacre, ils retournèrent à leurs défrichements.