‹ Les Curiosités de l'Ancien MondeChapitre 68 sur 97 · MONTAGNES ET VOLCANS, ETC · texte numérisé non relu

MONTAGNES ET VOLCANS, ETC

Le sol de l'Amérique méridionale, à partir des côtes baignées par l'Atlantique, s'élève graduellement en avançant vers l'ouest. Vers les bords de l'Orénociuc, et au milieu des vastes solitudes auxquelles on a donné le nom de llcmos, l'élévation devient brusque, rapide, et ne s'arrête qu'au sommet de ces montagnes colossales, dont le versant occidental semble descendre à pic dans les flots de la mer Pacifique : en effet, il est rare que leur base soit éloignée des côtes de plus de trente lieues.

Ces montagnes, appelées Andes, du mot péruvien antis (cuivre), ou Cordillères, de l'espagnol cordel (corde), commencent dans l'Amérique septentrionale, au nord, sous le nom de Montagnes-Rocheuses, comme nous l'avons dit, et s'étendent dans toute la longueur occidentale de l'Amérique méridionale, depuis l'isthme de Panama, où elles sont fort basses, jusqu'au cap Froward et la pointe Saint-Isidore, qui s'avancent dans le détroit de Magellan.

La vallée de Quito, située à deux mille deux cent soixante-dix-huit mètres au-dessus du niveau de la mer, au milieu des rochers qui hérissent la pente occidentale des Andes, est souvent bouleversée par d'effrayants tremblements de terre. L'un des plus terribles fut celui de 1797. Monsieur de Humboldt, qui était alors au sommet du Pichincha, à une hauteur de quatre mille six cent soixante-cinq mètres, compta dix-huit secousses en trente minutes.

La cause de ces tremblements de terre est des plus simples : les Andes ne comptent pas moins de vingt-six volcans principaux en ignition.

En efl'ct, le sol qui est à la base des Andes est presque partout crevassé par les irruptions des feux intérieurs qu'il recouvre. On y.rencontre des plaines brûlantes qui exhalent le soufre, et des collines d'où s'échappent des nuages de fumée. Ces immenses volcans, au nombre de vingt-six principaux, disons-nous, s'élancent de ce foyer perpétuel de combustion. Mais, au lieu de vomir de la lave et de la pierre-ponce, comme les volcans de l'Europe, ils ne rejettent que de l'hydrogène sulfuré, du carbonate d'alumine, et quelquefois des masses considérables de poissons.

Vgi's le sud, surtout dans les contrées arrosées par la Plata, de vastes plaines renferment des couches de salpêtre et de sel ; aussi, après les pluies, le sol est couvert d'cflloresccnccs blanchâtres, et les eaux contractent une saveur saline bien prononcée.

Au nord de Féquateur, on trouve fréquemment dans les anfractuosités des rochers des masses de platine.

Chose étrange! la plupart de ces hautes montagnes sont couvertes de neiges éternelles, même sous Féquateur, où monsieur de Humboldt tixe la limite inférieure des neiges à quatre mille six cents mètres, tandis qu'en Afrique elle est à quatre mille huit cenls, Au Pérou et dans la Nouvelle-Grenade, il pleut presque toute Tannée sur les Cordillères, tandis que, sur le littoral de la mer, on connaît à peine les orages et les pluies. Ailleurs, ce sont les émanations d'un sol marécageux qui tempèrent la chaleur, et les bassins de TOrénoque et de la Rivière des Amazones sont arrosés par des pluies qui durent six mois de Tannée. C'est à cette circonstance que la Guyane doit son insalubrité.

Ainsi le climat de l'Amérique méridionale est généralement moins brûlant que celui des zones de même latitude dans T Ancien Monde. Par exemple, dans le pays des Patagons, ou Terres magellaniques, contrée à laquelle on donne une étendue de trente-sept mille deux cent cinquante lieues carrées, Tair est froid et le ciel presque toujours surchargé de nuages, sur les côtes, où les tempêtes déploient leur fureur dévastati'ice, ou bien un brouillard épais semble tout plonger dans une nuit éternelle. Si Ton s'avance vers le détroit de Magellan, la nature se montre encore plus sauvage. Ce sont de profondes vallées où règne un air glacial, ou bien des montagnes nues et colossales, que Tété même ne peut débarrasser de leur manteau de neige. Du moins tel est le récit des nonxbreux voyageurs qui ont visité le groupe d'îles qui termine TAmérique vers le pôle austral, et qui a reçu le nom de Terre de Feu, à cause de la couleur de ses côtes. On estime que celte conlrée a environ deux mille cinq cents lieues carrées.

Toutes ces circonstances réunies établissent une immense différence entre la surface terrestre des deux continents qui partag'ent le globe, et cette différence s'étend aux êtres organisés, qui, non-seulement sont dissemblables dans les deux mondes, mais qui subissent de notables changements lorsqu'on les transplante de l'ancien dans le nouveau.

Une chaîne de montagnes secondaire se détache des Andes vers le golfe d'Arica, au Pérou, et serpente à travers le Brésil jusqu'au cap Saint-Roch, qui .s'avance dans l'Atlantique. Ces montagnes, appelées Chiquitos, séparent les deux grands bassins où coulent, au nord, le Maragnon ou Rivière des Amazones et ses affluents, et, au sud, la Plata ou Rivière d'Argent, et toutes les eaux qui s'y rendent.

Ce dernier bassin, composé de plaines immenses appelées pai^as, est formé de magnifiques prairies où les herbes acquièrent une hauteur extraordinaire, tandis que l'autre, celui de la Rivière des Amazones, est couvert de forêts impénétrables.

Au nord s'élance, solitaire, le pic de Guyana, tandis que, dans l'ouest,

la montagne de Mei recèle dans ses vallées ignorées les sources d'e rOrénoque, qui communique avec la Rivière des Amazones par le Gassiquaire et le Rio-Negro.

A l'est, sont les monts Tamucaraques, et enfin, vers l'isthme de Panama, le long de la mer des Caraïbes, sont les montagnes de Caracas, où s'élève le mont Sylla, qui n'a pas moins de deux mille six cent quarante-deux mètres d'altitude.

Page 1