‹ Les Curiosités de l'Ancien MondeChapitre 81 sur 97 · LES PREMIERS HABITANTS DE L'AMÉRIQUE · texte numérisé non relu

LES PREMIERS HABITANTS DE L'AMÉRIQUE

Lorsque Christophe Colomb découvrit l'Amérique et que, après lui, les autres explorateurs envahirent cette merveilleuse contrée, ils trouvèrent les naturels des îles et les indigènes de l'extrême nord et du sud livrés encore à l'état sauvage, mais ils virent aussi des nations dont la civilisation était fort avancée.

Tels étaient les deux empires du Mexique et du Pérou.

Malheureusement l'idolâtrie régnait chez les Mexicains et chez les Péruviens, et leur folle religion du sabéisme, qui divinisait et honorait les astres et le feu, arrêtait l'essor de la civilisation.

On aurait cru pénétrer chez le peuple le plus policé, le plus élégant et le plus ratTiné de l'Europe, n'eussent été les sacrifices humains, dans lesquels on immolait des milliers de victimes sur les téocallis ou autels aériens de leurs immondes idoles.

Les palais, les temples, les œuvres architecturales les plus rem arquables, les objets d'art du meilleur goût, des routes splendides, des chaussées admirables, des villas charmantes, des bains magnifiques, des armées parfaitement équipées, des armes redoutables, de riches et somptueux costumes, les mille ustensiles propres à un peuple en quête du comfort, rien ne manquait aux Mexicains et aux Péruviens, pour être une nation avancée dans les voies de la civilisation. Seule, leur religion les mettait au rang des barbares.

Quelques pages empruntées à un écrivain déjà cité, monsieur Alfred Driou, qui a retracé les splendeurs de ces deux empires du Mexique et du Pérou, de manière à mettre en relief les détails pittoresques de ces peuples, au point de vue civil et religieux, initieront nos lecteurs aux curiosités dont ils doivent être avides, maintenant surtout que nos braves soldats français sont devenus les conquérants de l'une de ces régions.

TÉHOCHTITLAN OU MEXICO.

L'aulour suppose que le spectateur se trouve en face de l'antique Mexico, avant Tlieure où les Européens allaient envahir rAmùrique, nouvellement découverte.

« Le jour commençait à éclairer une nature sauvage et magnifique tout à la fois. On apercevait d'énormes montagnes qui fermaient l'horizon, tout en nageant dans de douces lueurs teintes d'azur et de pourpre. Les dentelures de ces monts gigantesques, frissonnant ainsi dans de chaudes vapeurs, offraient un spectacle qui ravissait , tant était inexprimable la poésie du paysage. A gauche, sur les rampes des montagnes, et descendant jusque dans de vastes plaines, se montraient de longues lignes noires. C'étaient d'immenses forêts vierges , d'une végétation si luxuriante, d'un feuillage bronzé si tranchant, que pour le touriste qui s'en serait approché, c'eût été à demeurer en extase. Mais ce qui charmait surtout le regard, c'était un vaste lac, dont les rives étaient tellement brillantes, que l'on eût juré que le sol qui les formait était d'or ou d'argent. De légers esquifs sillonnaient ce lac, et sur ces gracieuses gondoles, on voyait des jeunes hommes et des jeunes femmes, si parfaits de formes qu'il était difficile de ne pas croire à une illusion. Un vêtement de plumes do couleurs vives ceignait leur taille svelte et s'arrêtait à leurs genoux. Ils avaient au front des cercles d'or, aux bras des bracelets de même métal, à la cheville des pieds, cachés dans de soyeux mocassins, d'énormes anneaux de corail et d'argent, et au cou des colliers des pierres précieuses les plus rares, recueillies sur le sol même et dans les montagnes de leur patrie. Ils animaient le lac de leurs jeux et de leurs courses nautiques, tandis que les plus charmants oiseaux de la création donnaient le mouvement et la vie aux bois qui entouraient une partie de ce lac admirable.

» De ce lac sortait une large rivière aux ffots bleus, aux murmures harmonieux, et, chose singulière! de distance en distance, le long du neuve, s'élevaient des pyramides, beaucoup moins énormes que celles de l'Egypte, mais qui en rappelaient le souvenir. Et, comme le jour naissait à peine, sur la plate-forme de ces pyi-amides brillaient encore les ilammes de feux qui allaient s'éteignant, mais qui évidemment avaient dû servir à éclairer la navigation pendant la nuit.

» Adroite, dans une brume d'or transparente, c'était une autre vision, mais plus magique encore.

» On apercevait une ville, mais une ville qui ne ressemlthm m ncn

aux cilés de notre Europe. De superbes palmiers en formaient l'immense enceinte, partagée par une infinité de canaux, dont l'onde à fleur de sol reflétait le luxe de leurs rivages. En effet, d'autres palmiers bordaient ces cours d'eau, et à une distance de quelques mètres s'élevaient de riches et somptueux palais. Toutefois ces palais, d'une architecture à part, magnifiques d'altitude, de lignes, de détails, de grandeur, n'étaient que de pauvres maisonnettes à côté d'un nombre considérable de temples qui s'élevaient de tous les points, mais dont la forme originale, excentrique, était encore efl'acée par un temple si vaste, si extraordinaire, occupant le centre de la ville, qu'il était impossible de rassasier son regard du plaisir de le contempler.

» Représentez-vous une immense pyramide, composée de cinq ou six terrasses en retraite les unes sur les autres, et au sommet de laquelle il y aurait des édifices sveltes, élégants, en forme de tours élancées. Au sommet de ces tours, se dressaient des figures humaines, mais gigantesques, colossales, qui demeuraient immobiles; c'étaient des idoles. Tel était le temple principal de la cité, temple aérien, merveilleux, unique au monde.

» Cependant le jour s'était fait radieux et pur, rayonnant sur cette scène sublime d'une splendide nature et d'une opulente cité. Aussi le mouvement et la vie se répandirent dans toutes les artères de la ville, et débordèrent par tous les carrefours aboutissants à l'enceinte de palmiers. Alors tout un peuple, vêtu de ces costumes légers de plumes de toutes les couleurs, se rendit à l'entour de la base formidable du grand temple placé au milieu de la ville. Ce fut un imposant spectacle que cette mosaïque vivante d'Indiens et 'd'Indiennes, aux pagnes pittoresques, agenouillés dans le vaste pourtour de cette pyramide semblant porter ses temples jusqu'à la voûte du ciel. Mais un bien autre spectacle vint alors frapper les yeux.

» De Tun des palais placés en bordure sur les rives des canaux de Tenceinte sortit une interminable procession de prêtres vêtus de robes blanches, rouges, bleues, vertes, selon le titre hiérarchique dont ils étaient revêtus. Un brillant soleil d'or brodé sur leur poitrine rutilait à contraindre les yeux à se fermer. Ils étaient tous coiffés de couronnes d'or, ayant la taille serrée par une ceinture d'or, et marchant gravement vers le temple, précédés d'une musique de tambourins, de flûtes d'ivoire et de trompes faites de superbes cornes de je ne sais quel animal. Des étendards et de nombreux oriflammes flottaient au-dessus de leurs têtes, ainsi que des bannières de drap d'or sur lesquelles étaient peints des serpents, des figures chimériques, des symboles mystérieux. Ces prêtres avaient tous en main des coupes d'or, des vases d'or, des urnes d'or, des couteaux d'or; et, arrivés au pied de la pyramide, ils gravirent, par de larges escaliei's, jusque sur la large plate-formo Magnificences du Nouveau Monde, 13

que couronnait le temple et d'où s'iMancaient les tours elles idoles monstrueuses.

» A la suite de ce long défilé de prêtres, venaient d'autres hiérophantes ayant des robes toutes d'or, et qui portaient étendu, développé dans l'élher bleu, à l'aide de longues hampes d'or, un large filet tressé avec de l'oi- et de la pourpre. Et à la vue de ce filet sacré toute la foule s'inclinait et courbait la tète jusque dans la poussière. Il semblait que ce filet d'or et pourpre fût le palladium de l'empire.

« Alors s'avançait un grand clmr de Tor le plus pur, indescriptible de richesse, traîné par des Indiens chamarrés d'or. Il portait un dais magnifique, d'un or de choix et d'un travail merveilleux, sous lequel se prélassait un prince vêtu d'un costume d'or. Ce devaitêtre le roi, le souverain de cette nation,

» Pardonnez-moi, lecteur, de prodiguer ainsi l'or dans mon récit ; mais je ne dis cependant que la vérité, et mon rôle d'historien m'oblige à rie rien omettre. D'ailleurs n'oubliez pas qu'il n'y a rien d'étonnant à voir autant d'or à Mexico, ou plutôt à Tehochtitlan, puisque c'est la patrie de ce riche métal, et qu'aucun peuple n'avait encore diminué la source de l'or en y puisant largement, comme le firent plus tard les Espagnols, par exemple.

» Donc, pendant que ce cortège sortait des divers palais pour se rendre au temple, du côté des montagnes qui formaient la toile du fond de la scène, par une route admirable, sorte de chaussée creusée fort au loin dans des masses de roches superposées, arrivait une armée, une véritable armée, dont le chiffre peut s'élever à quarante mille hommes. Ces guerriers avaient sur la poitrine des cuirasses représentant le soleil, et une sorte de casque fait, soit pour les chefs, d'horribles têtes d\animaux, soit pour les soldats, de bonnets de métal qui resplendissaient sous la vive lumière du ciel. Ils portaient tous à la main des frondes, des lances, des armes fort bizarres que je n'essaie même pas de décrire, mais qui me semblaient pouvoir rem])lir l'oITice de massues ou de cassetêtes.

» Mais voici qu'au milieu de ce luxe de décors et de cette splendeur de mise en scène, apparut une troupe nombreuse, peut-être bien vingt à vingt-cinq mille hommes, s'avançant à l'arrière de la brillante armée. Mais cette troupe faisait contraste avec les riches bataillons, car elle n'était composée que de captifs, misérables victimes chargées déchaînes, nues, flétries parTla souffrance, brûlées par le soleil, épuisées par une fatigue dont il était difiicile de se rendre compte.

» Nous aurons bientôt le mot de l'énigme de ce long rébus offert par tous ces peuples qui, certes, présente ici tous les signes d'une civilisation fort avancée.

» Mais avant d'aller plus loin, disons de suite au lecteur.:

» Vous avez devant vous, dans cette peinture de ma plume, un des beaux paysages de TAmétique, et la cité qui se montre à vous n'est autre que Tehochtitlan ou Mexico.

» Le peuple qui s'agite devant vous est le peuple des Aztèques ;

» Sur ce peuple règne le roi Montézuma.

» Ce pays de Mexico produit l'or, comme notre Europe donne la pierre.

» Le sabéisme est la religion des Aztèques : c'est-à-dire qu'ils adorent le soleil et le feu.

» Quelzacoak fut le législateur et le prêtre du Mexique, dont les tribus indigènes étaient les Aztèques, les Moquis, les Mayas, les Ghapanèques, les Ilzacz, les Zapetèques, les Tarasques, tous confondus sous le nom de Aztèques ou Mexicains. Ce Quelzacoak venait de l'Orient, d'un pays inconnu. Il était moins barbu et moins basané que les naturels. Non-seulement il civilisa ce peuple par les arts, les métiers et l'agriculture, mais il leur fit adorer les astres et le feu, dont il se disait le fils.

» Toutefois, si la religion du soleil est dominante, les dieux d'un autre ordre ne sont pas exclus.

» Ils ont le grand dieu Théocalli, l'Etre irrévélé ;

» Ils ont Ichconixa qui, avec ses quatre sœurs, Trucapara, Teigon, Tlaco et Choncosti, président aux affections.

)) Ilamateuchtli est la déesse de la vieillesse. Sur son autel, chaque année, on immole une femme que l'on force à danser en présence de l'idole.

» La déesse des moissons, Tsinthéoll, se contente, pour offrande, de fruits, de légumes, de grains et de (leurs,

^ » Mais les dieux sanguinaires , Gonatouzaka , Tezkatlibochtli et Quetsalocalt veulent des victimes humaines. Mais ce n'est pas, comme chez'les Grecs, par hécatombes qu'on sacrifie les hommes et les femmes à ces idoles terribles, qui se dressent sur le sommet des tours et s'estompent en noir sur le bleu firmament, c'est par milliers. Ainsi, les vingt ou vingt-cinq mille captifs qui se montrent à nous, à la suite de l'armée, ne sont-ils autre chose que les. victimes que l'on égorgera toutà-l'heure à la gloire de ces épouvantables divinités.

» Sachez qu'au jour où l'on inaugura le temple, on ne sacrifia pas moins de soixante mille prisonniers.

» D'ailleurs regardez maintenant ce qui se passe : voici le grand-sacrificateur qui- se fait amener les victimes, l'une après l'autre, pour les immoler. A peine sont-elle tombées sous le glaive d'or qui les frappe au cou et les décapite, qu'on leur arrache le cœur palpitant, et ({ue les membres divisés sont offerts aux assistants.

); Et puis, vous rappelez-vous ces nacelles qui, tout-à-f heure, sem-

blaient se jouer sur le lac aux rives d'argent et d'émeraudes ? Eh bien ! c'était la plus jeune et la plus belle des esclaves que l'on <5tait allé prépare!' par des ablutions à subir l'honneur d'ôlre ôgorgée à la majesté dos dieux mexicauis. Voici qu'on la ramène, parée du plus riche costume de Queizacoak, et on se prosterne devient elle, parce qu'elle représente ainsi le grand législateur. Mais en môme temps on lui fait boire un breuvage pour soutenir son courage, car, hélas! il faut qu'elle gravisse les escaliers du temple aérien, appelé tèocalii; il faut qu'elle -monte sur la terrible plate-forme et qu'elle salue les infâmes idoles...

» Oh ! c'est horrible ! sa belle tête vient dérouler enveloppée dans ses longs cheveux : mais, voyez, on lui ouvre la poitrine pour lui arracher le cœur, et ce cœur o» l'offre à la Lune, pendant que l'on précipite son corps inanimé du haut du temple, au milieu des ci'is sauvages et des hurlements des prêtres et de la foule.

» Remarquez l'idole Tezkatlibochlli, le dispensateur de tous les fléaux et le vengeur des crimes. Cette idole est en gi-anit noir, parée de plumes et de rubans, couverte de chaînes et d'anneaux d'or : elle tient dans ses mains quatre flèches et un miroir. Portée sur un palanquin, elle s'avance entourée de jeunes vestales, qui lui présentent des bassins remplis de sang humain.

» Car, hélas ! l'immense égorgement des vingt-cinq mille captifs commence, et le sang coule de toutes parts... On en doit bien les pré»mices à celle monstrueuse divinité... Mais pourquoi faut-il que ce sang lui soit offert par des jeunes filles, le type de la douceur, de la bonté, du bonheur? Oh ! que l'homme est aveugle, quand la véritable religion ne l'éçlaire pas de son flambeau! Qui ne reconnaît là le culte de Satan, de celui que l'Ecriture appelle le Grand Homicide !

» Que fera-t-on de tous ces cadavres? Disons tout : ils vont servir à un hideux festin auquel le roi, les prêtres et le peuple prendront part...

» Puis, les crânes de tous ces infortunés seront jetés dans les souterrains du temple, et leurs ossements seront brûlés et dispersés.

>> Sous un si beau ciel, d'aussi abominables forfaits!...

)) Voilà bien la barbarie assise à côté de la civilisation... Mais pour que cette civilisation reçoive son véritable cachet, combien il es! urgent que l'Evangile montre sa lumière à tous ces pauvres Aztèques, assis à l'ombre de la mort.

» Mais quelle est celte autre idole, placée sur un trône soutenu par un globe d'azur? Des deux côtés de ce globe sortent quatre bâtons, dont le bout est taillé en tête de .«serpent. Le dieu a un casijue de plumes de diverses couleurs. Son visage est aflreux, et deux raies bleues le traversent. Et ces vastes ailes de chauve-souris, ces i*ieiL»i do chèvre, ai au

milieu du ventre cette tête de lion, tout cela n'est-il pas horrible de laideur? Cependant c'est Vitslibochtli, un dieu qui déclara par ses prêtres qu'on devait le porter au lieu où l'on trouverait un figuier planté sur un roc. On exécuta les ordres du dieu, et Tehochtitlan ou Mexico fut fondée où on trouva le figuier.

» Pourquoi ne le dirais-je pas? Ces pyramides, le temple, les idoles, et même quelques hiéroglyphes qui se rencontrent ici et là, font soupçonner que les Aztèques ou Mexicains ne sont autres que des navigateurs d'Egypte ou de Phénicie, qui furent jetés par la tempête sur ces plages" inconnues qu'ils ont peuplées. Ajoutons que, parmi les divinités aztèques, on retrouve plusieurs des types de la Grèce, de l'Asie, de l'Afiique. Ainsi, ce fétiche difforme qui, au premier abord, paraît n'oflfrir aucune signification, n'est autre que notre Eve, la première femme dont la faute a pesé sur toute sa descendance, et qui est éternellement en proie à l'affliction depuis qu'elle a failli.

» Voici une Cérès, déesse de l'abondance, et qui est épouvantablement laide, c'est une justice à lui rendre.

» Cette femme, qui porte deux enfants dans ses bras, fait penser à Latone errante, avec Diane et Apollon,

» Et cette autre divinité, qui presse son enfant sur son sein, n'est-ce pas la Vierge Marie, celle qui a conçu sans perdre sa vii-ginité? Notez que les bons Aztèques la nomment Tchallchihuitztli, c'est-à-dire la Pierre précieuse du Ciel !

X Enfin les Aztèques ont aussi leur Bacchus; voyez-le : celte statue couchée sur le dos, les traits appesantis par l'ivresse, qui soulève péniblement la tête et veut approcher de ses lèvres un vase qu'elle tient à deux mains, ne représente-t-elle pas parfaitement le digne compagnon de Silène ? »

Page 1