CUZCO, CAPITALE DES INCAS
« C'est Cuzco, la capitale des Incas du Pérou, la cité que fonda Manco- Capac, prétendu fils du soleil, quand il vint, avec Mama-Oello, réunir sur les bords de ce lac les peuplades sauvages du Pérou, éparses jusquelà, leur faire connaître un dieu, instituer le culte du soleil et bâtir la ville, vers l'an 1025 après J.-C. La civilisation commencée par ce prince alla .se perfectionnant pendant cinq cents ans, sous les successeurs de Manco-Capac qui, au nombre de dix-sept, avec le titre d'Incas, gouvernèrent le peuple.
» Les lumières se répandirent bientôt chez les Péraviens ; ainsi les pri^tres de Ciizco devinrent habiles en astronomie ; ils dressèrent un méridien, ils calculèrent le moment des solstices, et par des intcrcalations sagement éludiôcs, ils convertirent l'anncc lunaire en année solaire. Ils créèrent aussi une langue, celle dite des Incas, qu'ils nommèl'ent qiiil scliuan, langue sonore et flexible, poétique et belle.
') Ce Manco-Capac était un homme d'un type oriental, barbu, el moins bnsané que les indigènes. Par ses soins la ville de Cuzco devint tout d'abord splendide et riche. De magnifiques palais sortirent rapidement du sein des eaux ; un temple plus merveilleux encore que tous les autres édifices domina toutes les demeures. Alors, dans celte ville, comme dans toutes les autres cités qu'il fonda tout à l'entour du lac, il apprit aux hommes le labour, aux femmes le lissage ; puis il traça des roules, des chaussées à travers les Andes, jeta des ponts hardis sur les torrents et les fleuves, el enfin donna une vie nouvelle à son peuple.
» Voulez-vous un rapide croquis des magnificences du temple, de la citadelle, des monuments que construisit Manco-Capac, et des richesses dont il les décora, gnlce à l'or et à Targenl que lui donnait le sol fortuné des Andes, où ces métaux se trouvaient, alors surtout, en très grande abondance?
» Les murailles du temple du soleil, le dieu des Péruviens, hautes, hardies, étaient complètement recouvertes de plaques d'or. Sur le grand autel, tourné vers l'orient, on voyait une immense image du soleil, entièrement d'or, d'une seule pièce, le visage rond, entouré de flammes. Cette figure du soleil s'étendait de la muraille droite à la muraille gauche, el occupait tout le fond du temple. Les portes de l'édifice étaient également, couvei'tes de lames d'or. Autour de l'enceinte, en guise de frise, régnait une plaque d'or de plus d'une aune, en forme de guirlande.
» Autour du temple sont disposés cinq pavillons, qui en forment comme le cloître. Gilla, la femme du soleil, Ux lune en un mot, occupe le pavillon du centre. On y voit son autel, el sur l'autel un immense et radieux visage de femme, tout en argent, représente l'astre des nuits. Aulci, murailles du temple, portes et lambris sont couverts de larges
plaques d'argent.
» Après ce temple, ce qui semble le plus curieux est hi citadelle de la ville. On ne saurait expliquer le transport des pierres énormes qui entrent dans sa construction, à des distances de plusieurs lieues et sans le secours d-e machines. Quelques-unes onl quarante pieds de longueur, vingt de largeur et deux d'épaisseur. Cette forteresse est entourée d'une triple enceinte de muiailles. Dans la troisième s'élèvent trois tours, dont une de forme ronde pour recevoir l'Inca (jui l'ègne. Elle est eiwi-
chie intérieurement de plaques d'or et d'argent, sur lesquelles sont sculptés des animaux et des plantes. Des souterrains, disposés avec art et formant une manière de labyrinthe, unissent les trois tours.
» Aux portes mêmes de Cuzco commencent deux immenses chaussées de cinq cents lieues de long, allant à Quito, l'autre cité des Incas, magnifique résidence des Incas, la première en longeant les rivages de la mer, la seconde en traversant les montagnes. Sur le point culminant de cette route grandiose règne une terrasse, avec des escaliers en pierre des deux côtés, pour reposer ceux qui portent l'Inca, et lui permettre de porier sa vue sur le vaste horizon de ses Etals. De distance en distance on trouve des arsenaux, des hospices, des temples. »