‹ Les Curiosités de l'Ancien MondeChapitre 89 sur 97 · PAYSAGES DU BRÉSIL · texte numérisé non relu

PAYSAGES DU BRÉSIL

Découvert par le Portugais Cabrai, en 1500, le Brésil ne fuUi'abord pour le Portugal qu'un lieu de déportation. La colonisation ne commença qu'en lo31, et il est à cette beure un lieu de ricbesse incomparable.

Placé entre les Guyanes et la république de Venezuela, et les provinces de Rio de la Plata, de l'Uruguay, du Paraguay, de la Bolivie, du Pérou, etc., cette immense contrée de l'Amérique du sud offre un aspect des plus pittoresques. On y trouve des chaînes de montagnes qui ne sont que des ramifications des Andes, La végétation, dans le Brésil, est magnifique et originale ; d'énormes forêts vierges couvrent encore une grande partie du pays, et fournissent le fameux bois de Brésil. Un nombre infini de fleuves s'y déroulent avec majesté : le plus fameux est le célèbre Amazone. Le sol est éminemment fertile, les richesses minérales sont inépuisables. On y trouve des diamants en quantité, de l'or, de l'argent, etc. Beaucoup de chevaux errent dans ses vastes solitudes; on y trouve des bêtes à cornes, des singes de toutes les espèces, des perroquets de toutes les couleurs, des aras, des colibris, des oiseaux en nombre inimaginable ; les insectes y fourmillent. Le climat varie suivant les latitudes, les hauteurs et les voisinages de l'Océan. Dans les plaines, brûlantes chaleurs et pluies abondantes ; sur le sommet des montagnes, froid glacial, neiges éternelles.

Disons de suite que rien n'est plus riche que le coup d'œil des paysages qui s'olïrent de toutes parts aux environs de Rio-Janeiro, la capitale du Brésil. Cette ville magnifique est en outre l'entrepôt et le débouché principal des richesses de la contrée. Il est diflîcile de se faire une idée de l'importance du commerce de celte ville. Le port, les bâtiments de la Bourse, les marchés, les rues qui confinent à la mer, sont littérale-

ment encombrés demarcliandises, de trafiquants, de matelots, de nègres. C'est une véritable tour de Babel, tant les langues y sont diverses, les costumes variés, les cris et les glapissements de la foule, le bruit des voitures, le son des cloches, et la grande voix des canons de navires qui saluent la ville, et des forts qui saluent les vaisseaux.

Entre Rio-Janeiro et Bahia se trouve une petite cité du nom de Sagoaréma ; comme spécimen des sites brésiliens, voici la prosopographie de cette ville ; c'est le prince Maximilien de Neuwied qui parle :

« Parvenus sur une hauteur qui domine la petite ville de Sagoaréma, au moment du coucher du soleil, nous jouîmes complètement de la beauté de perspective que Ton découvre. Devant nous l'immensité de rOcéan, dont les flots venaient se briser à nos pieds; à droite, s'élançaient dans le lointain les montagnes de Rio-Janeiro ; plus près de nous, nous contemplions la côte découpée par des baies sans nombre, et à une moindre distance encore la lagune de Porta-Negra; derrière nous étaient de grandes montagnes boisées, au pied desquelles s'étend une plaine basse, également couverte d'arbres ; cà et là des lagunes. Ce tableau magnifique réveilla dans notre esprit le souvenir de notre patrie absente, et nous inspira des souvenirs mélancolique». » •Voici, maintenant, le portrait d'un désert brésilien :

« La serra de Inua offre dans ces vastes solitudes des sites dont l'imagination ne pourrait se figurer la majesté ravissante.

» Au-delà d'un terrain bas et rocailleux, entremêlé de flaques d'eau, s'élevait une forêt dont les palmiers et les arbres étaient si enlacés de lianes que l'on ne pouvait percer l'épaisseur de ce mur de verdure. Partout croissent des plantes ornées de fleurs d'une beauté admirable. Sous ces ombrages épais, l'on éprouve une fraîcheur subite, bien agréable aux hommes qui viennent des régions septentrionales. Les oiseaux y sont couverts d'un plumage magnifique; les rochers mêmes sont couverts de plantes grasses et de cryptogames dont les formes varient à l'infini. On admire entre autres de superbes fougères qui ressemblent à des guirlandes de plumes suspendues en festons de la manière la plus pittoresque aux branches des arbres, dont la dimension est si prodigieuse, dans ces forêts vierges, que souvent la portée de fusil n'atteignait pas les oiseaux perchés sur leurs cimes... »

Un autre auteur, monsieur Denis, ajoute ce qui suit, sur le même sujet :

« A moins d'avoir parcouru les grands bois de l'intérieur ou de la côte orientale, il est impossible d'imaginer l'aspect sauvage et grandiose que donnent certaines lianes aux paysages. Variées à l'infini dans leur port, dans leur feuillage, dans la manière dont elles vont jeter capricieusement leurs bras gigantesques au milieu des arbres séculaires que leur étreinte fait quelquefois mourir; interrompues souvent

dans leur croissance par des rochers qu'elles recouvrent de fleurs, pour aller se joindre au sommet des plus grands arbres avant de redescendre en longs filaments, partout elles ofl'rent l'aspect le plus bizarre et presque toujours une vi^gétation pleine d'élégance. Ici, c'est une multitude de cordages pendants, entremêlés, semblables aux manœuvres embarrassées d'un vaisseau; là, ce sont des jets verdoyants, balançant leurs guirlandes fleuries et servant de retraite aux oiseaux, qui souvent se plaisent à y placer leur nid, abandonné presque toujours alors aux brises de la forêt ; plus loin vous voyez comme un reptile 'à la peau bronzée, qui grimpe en tournoyant le long d'un sicupira immense ou d'un vinhatico, pour se cacher dans la sombre voûte que forment le.^ branches en se courbant; partout c'est un luxe de rameaux entremêlés de fleurs détachées en guirlandes, qui atteste la force de la végétation et qui fait la magnificence des forêts...

» Quelquefois, quand ces filaments gigantesques croissent aux bords d'un petit fleuve, et qu'un vinhatico robuste leur sert de soutien, l'industrie du colon tresse ses grands rameaux flexibles ; elle leur fait décrire une courbe immense au-dessus du fleuve, et bientôt le chasseur y trouve un pont sur lequel il se balance d'un pied assuré. Un pont de lianes, dans ces contrées désertes, est un bienfait inattendu, qu'on doit quelquefois à une famille isolée ou à une tribu sauvage, et que bénit toujours le voyageur... »

Page 1