DÉCOUVERTE DU PLUS GROS DIAMANT DE L'UNIVERS
« Trois Brésiliens avaient été condamnés, on ignore pour quel délit, dans la portion la plus reculée du Sertao de Minas.
» Antonio de Souza, José-Félix Gomez et Thomas de Souza, car la tradition nous a conservé leurs noms, errèrent longtemps dans l'intérieur, sur les confins de Goyaz, cherchant sans cesse au fond des vallées ou dans le lit des torrents quelque trésor ignoré qui les mît cà même de demander leur grâce... Après avoir erré durant six ans sans rien découvrir, nos exilés arrivèrent dans le nord-ouest, sur les bords d'une petite rivière qu'on nomme l'Abaëté, et qui est située à quatre-vingt-dix lieues du Serro do Frio. La tradition raconte qu'ils ne cherchaient que de l'or dans le lit desséché de ce ruisseau, lorsqu'ils trouvèrent un diamant qui pesait près d'une once.
» Malgré l'incertitude (ju'ils conservaient sui- la valeur réelle de cette pierre, précisément à cause de sa grosseui-, ils éprouvèrent une joie facile h comprendre. Ils se confièrent d'abord à un curé, qui les accom-
pagna sur-le-champ à Villa-Rica, et qui remit le diamant de l'Ahaëté au gouverneur des mines. Là, tous les doutes que l'on avait manifestés d'abord se renouvelèrent; mais ils furent promptement dissipés. Par les ordres du gouverneur, une commission spéciale s'assembla, et, après un examen sérieux, il fut décidé que cette pierre était le plus riche présent que le Brésil eût fait à la couronne du Portugal.
» Les trois malfaiteurs reçurent alors des lettres de grâce provisoires, et le curé partit immédiatement pour Lisbonne, avec le riche dépôt qu'il avait reçu aux frontières de Goyaz.
» A Lisbonne, le fameux diamant de TAhaëté excita une admiration plus vive encore que celle qu'on avait ressentie à Minas ; les points de comparaison existaient pour les joailliers. C'était bien décidément le plus gros diamant qui existât dans aucun trésor royal.
» Quant à Félix Gomez et à ses com.pagnons, l'histoire ne dit pas qu'on leur ait accordé la moindre récompense. On sait seulement que les lettres de grâce du gouverneur de Villa-Rica furent ratifiées.
)) On envoya sur-le-champ un poste sur les bords de l'Abaëté, et cette rivière fut mise immédiatement en exploitation. Mais, jusqu'à présent, on n'en a obtenu que des pierres d'une grosseur ordinaire ou d'une eau qui n'a rien de remarquable.
» Quelque magnifique que puisse être un diamant tel que celui de l'Abaëlé, on sent combien il est difficile de l'utiliser d'une manière convenable, même dans un costume d'apparat. Jean VI, qui avait la passion des pierres précieuses, l'avait fait percer, et le portait suspendu à son cou dans les jours de cérémonie... »