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LES TRIBUS SAUVAGES DU SUD

Dans le Brésil on trouve encore un nombre de tribus sauvages et de triljus anthropophages, car la chair humaine a pour eux le plus grand attrait. Afin de s'en repaître, ils engraissent leurs prisonniers pour en rendre la chair de meilleur goût. On rend à ces malheureux toutes sortes de services jusqu'au moment où ils doivent èt^e massacrés et mangés. Dans l'intervalle, le captif passe son temps à la chasse et à la pêche. Le jour de sa mort n'est jamais déterminé ; il dépend de son embonpoint. Lorsque ce jour est venu, tous les naturels de l'aidée ou village sont invités à la fêle. Ils passent d'abord (juclques heures à

boire et à danser. Nou-seuleinent le prisonnier est an noml)re Jcs convives, mais, quoiqu'il n'ignore pas que sa mort approche, il alTecte de se distinguer par sa gaieté. Après la danse, deux hommes robustes se saisissent de lui, sans qu'il fasse de rôsistance ou qu'il laisse voir la, moindre frayeur. Ils le lient d'une grosse corde au milieu du corps, lui laissent les mains libres, et, dans cet état, ils le conduisent comme en triomphe dans les aidées voisines. Loin de paraître abattu, il regarde avec fierté ceux qui se présentent sur son passage ; il leur raconte hardiment ses exploits, surtout la manière dont il a souvent lié les ennemis de sa nation, et dont il les a rôtis et mangés, et leur prédit qu'un jour ils seront mangés comme lui. Lorsqu'il a servi quelque temps de spectacle, les deux gardes s'éloignent, l'un à droite, l'autre à gauche : on apporte alors à ses pieds un tas de pierres, et les gardes, se couvrant de leurs boucliers, lui déclarent qu'avant sa mort, on lui laisse le pouvoir de la venger. Aussitôt, entrant en fureur, il prend des pierres et les jette contre ceux qui l'environnent, dont il blesse le plus grand nombre possible.

Alors, quand il a lancé toutes ces pierres, celui dont il doit recevoir la mort, et qui ne s'est pas montré pendant toute cette scène, s'avance le tacapé à la main et paré de ses plus belles plumes. Il tient quelques discours au captif, et ce court entretien renferme Taccusalion et la sentence. Il lui demande s'il n'est pas vrai qu'il a tué et mangé- plusieurs de ses compagnons. L'autre se fait gloire d'un prompt aveu, et défie même son bourreau par une formule énergique dans la langue

du pays :

— Rends-moi la liberté , lui dit-il , et je te mangerai toi et les

liens...

— Eh bien ! réplique le bourreau, nous te préviendrons ; je vais t'assommer, et tu seras mangé aujourd'hui même.

Le coup suit aussitôt la menace. La femme que l'on avait donnée pour compagne à ce mort se hâte d'accourir et se jette sur son corps pour y pleurei- un moment. C'est une gi'imace qui ne remi>êche pas de manger sa part du malheureux qu'elle a pris soin d'engraisser.

Des femmes apportent ensuite do l'eau, dont on lave le cadavre. Puis la chair de la victime est découpée par morceaux avec une excessive rapidité ; on frotte de son sang tous les enfants, afin de les habituer à la cruauté. Bref, on mange l'affreux mets en société.

Quant à leuis propres morts, les mêmes sauvages les enterrent debout dans une fosse ronde, les bras et les jambes plies dans leurs jointures naturelles et liés avec le corps. Si c'est un chef de famille, on enterre avec lui ses plumes, ses colliers, ses armes. Lorsiiue les habitations changent de lieu, chaciue famille place sur les fosses de ses morts les plus respectés quelques pierres couvertes d'une grande herbe qui se

conserve longtemps sèche. Les sauvages n'abordent jamais ces monceaux sans pousser d'horribles clameurs, qui expriment leur chagrin.

Afin de démontrer la rude nature de ces peuplades sauvages, nous dirons que le prince, de Neuwied, l'un de leurs plus récents visileurs, acheta à un Poury son jeune fils, pour une chemise, deux couteaux, un mouchoir, des verroteries et un petit miroir. L'indifférence avec laquelle le jeune sauvage apprit le marché dont il était l'objet frappa le prince. Le petit Poury ne changea nullement de visage, ne dit adieu à personne, et monta gaiement en croupe sur le cheval de son nouveau maître. Ainsi, une insensibilité farouche est le trait distinctif du caractère de ces malheureux. C'est un résultat de leur manière de vivre, semblable à celle qui rend les lions et les tigres sanguinaires. L'esprit de vengeance, un certain degré de jalousie, un penchant irrésistible pour la liberté et une vie errante et indépendante, sont les traits caractéristiques de tous ces peuples de l'Amérique du sud. Le grand objet de leur sollicitude est de satisfaire les besoins de leur estomac, qui sont toujours pressants ; aussi mangent-ils avec une promptitude extrême, d'un air vorace et les yeux constamment fixés sur leur repas. En revanche, ils peuvent supporter la faim trè& longtemps. Du reste, nous dirons plus loin par quel moyen étrange ils peuvent apaiser la faim : l'article géophages l'expliquera. En général, les hommes ne maltraitent pas leurs femmes, quoiqu'ils les regardent comme leur propriété. Elles doivent être soumises à leurs moindres volontés. Quand on est en marche, elles sont chargées .comme des bêtes de sonyne, tandis que l'homme ne porte que ses armes.

Il paraît assui'é que l'anthropophagie diminue chez beaucoup de ces peuples : cela devait être le résultat de leur contact avec les Européens. Néanmoins, ce sont toujours les mêmes hommes aux appétits pervers, toujours ces races cuivrées, tatouées sur tout le corps, ayant la tête rasée, à l'exception d'une couronne ronde au sommet, et affreusement défigurés par l'écuelle de bois suspendue à leur lèvre inférieure, ce qui est pour eux le suprême degré d'élégance.

Tels sont les Gauchos, tels sont les Patagons, tels étaient les Guaranis et les Guarayos, avant que le christianisme ne fût implanté par les jésuites dans le Paraguay.

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