‹ Les Curiosités de l'Ancien MondeChapitre 92 sur 97 · VÊTEMENT DES INDIENS · texte numérisé non relu

VÊTEMENT DES INDIENS

Les Indiens de toutes les contrées du sud de PAmérique sont le plus souvent nus; mais généralement, surtout en voyage, ils adoptent une

chemise longue, sans manches, faite de l'écorce de figuier bibosi. «Ces arbres, dit monsieur Alcide d'Orbigny, que nous avons déjà cité, abondaient dans les contrées que je traversais, et, un jour, mes Indiens me prièrent instamment de leur permettre de s'arrêter pour en enlever, ce que je leur accordai avec d'autant plus de plaisir que je les voyais, à chaque instant, se récrier, en apercevant des arbres propres à leur donner ce tissu naturel.

» Je m'arrêtai donc dans un endroit couvert de ces figuiers, et tous mes gens se dispersèrent, afin d'en faire leur récolte. En un instant la forêt retentit de toutes parts des coups redoublés de la hache et du bruit des arbres tombant sous les coups. Ils choisissent les jeunes arbres sans nœuds ; ils coupent d'abord un morceau d'écorce pour en reconnaître la qualité, tous ne l'ayant pas aussi bonne. L'arbre adopté est abattu ; ils enlèvent les branches et marquent sur le tronc la longueur nécessaire à chaque chemise, l'écorce devant être repliée sur ellemême, à l'effet d'épargner une couture. Ils font alors une incision circulaire à la longueur voulue, pratiquent une fente longitudinale, introduisent sous l'écorce un morceau de bois coupé en biseau, et la détachent de la partie ligneuse, sans la rompre. Une fois détachée, ils en ploient l'extrémité en travers, de manière à séparer la partie extérieure, dure, de l'intérieure, blanche, épaisse, et la seule qui leur soit utile. Ils la roulent ensuite et en enlèvent d'autres. En deux heures, nos soixante-dix Indiens avaient recueilli la matière première de trois cents chemises au moins. Le soir, à la halte, ils s'occupèrent du travail peu difficile de leur préparation. Chacun alla dans le bois couper un tronçon d'arbre pour fabriquer sa chemise. Munis d'un maillet carré, marqué de profondes stries transversales, ils en donnaient successivement des coups tantôt d'une main, tantôt de l'autre, afin d'écarter les fibres de l'écorce. Ils pratiquèrent cette opération des deux côtés, retirèrent et la lavèrent dans l'eau. Ils la frappent encore une fois pendant un temps plus court, et retendent comme une pièce de linge, n'ayant plus, pour avoir une chemise entièrement confectionnée, qu'à la doubler sur elle-même, après y avoir pratiqué une ouverture pour passer la tête et l'avoir cousue sur les côtés.

» Les femmes, dit ailleurs le même auteur, assez peu gracieuses, sans être laides, portent le Hpoï et ont les cheveux épars. Les jeunes gens des deux sexes ont les cheveux très courts, »

Le tipoï dont on parle ici n'est autre qu'une longue chemise de toile qui, serrée au cou, descend assez bas, et dont. toute la coquetterie se trouve dans la ceinture, sous laquelle les femmes disposent des plis avec plus ou moins d'art.

Page 1