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LES TROIS PREMIÈRES SALLES

Famille de tigres, plâtre jauni, par Caïn. Rien de majestueux comme cette tigresse qui, sa proie à la bouche, fière denourrirses petits de sa conquête, reste campée devant leur joie et leur admiration.

Quelques beaux émaux. La promenade, une charmarte grisaille sur fond rouge, par Hamon.

La salle 3 contenait quelques peintures remarquables qui y sont encore pour la plupart : de DAUBIGNY, un de ces paysages grismornes, à teintes argileuses, qui ont séduit son talent.

De MERLE dont l’œuvre se continue salle 5, nous avons ici un bon tableau : Pauvre Mère ! (467).

Et de CABANEL un tableau appartenant à l'Empereur et qui a figuré ces derniers temps à l’Élysée-Napoléon : La naissance de Vénus (122). Née vaporeusement d'un flot d’écume et d’un jeu de lumière, cette intention de femme, cette forme transparente vient à peine de prendre un corps, mirage ou illusion ! Mais déjà les amours s’ébattent autour d’elle.

Citons comme études orientales, pour joindre à ce que le Parc nous a déjà appris : Un café de Galata à Constantinople (de FRÈRE, no 267). Le bazar des tapis dans le Khan-Khalil au Caire (de Mou- CHOT, n° 490).

La disposition de ces trois premières salles a été modifiée récemment par l’admission d’un grand nombre de tableaux provenant du salon de 1867 et qui avaient été exposés jusqu'alors au Palais des Champs-Elysées. Les quarante artistes médaillés à cette exposition avaient de plein droit leur place marquée au Champ de Mars. Nous retrouverons donc, réunies à leurs sœurs ainées, des toiles à peine nées d’hier et déjà céièbres :

La Synagogue d'Amsterdam (sermon de Daïan Cardozo), de BRAN- DON, qui a obtenu un grand succès à force d'exactitude et d'observation vraie.

Le Marché de Saragosse, de TABAR, un peintre exact aussi, qui à le don de saisir les traits caractéristiques et de les rendre avec fidélité, avec chaleur, avec entrain.

Les Bouffons au seizième siècle, de Zamacoïs. C’est une assemblée de difformités joyeuses, de nains qui grimacent, de fous qui s’évertuent à rire; mais il n’y a rien de triste comme cette folie de commande, comme cette gaieté de profession. — Un autre tableau du même : la Contribution indirecte (un moine mendiant se gobergeant dans un château).

La Tentation de saint Antoine, de ViBERT.

Ad. WEBER a exposé une scène charmante de pastorale antique : une jeune fille surprise à son réveil par un chœur de jeunes bergers chantant naïvement au pied de son lit.

Tony RoBERT-FLEURY : une assemblée de vieilles en prières dans une église; la dévotion leur a donné à toutes les mêmes traits, un ne en croix avec leur menton.

rar Les premiers chrétiens, prière de martyrs au clair de la lune.

GirauD : Un marché d'esclaves à Rome; un Romain de bonne maison, de haute venue, choisit avec une élégante désmvolture parmi les marchandises humaines que lui offre un vieil usurier.

Lewis BROWN et SCHREYER se sont à peu près rencontrés sur le même sujet. Le Lendemain de l’un, comme l’Abandonnée de l'autre, représente un champ de bataille d'une effrayante désolation. Des chevaux sur un tertre, hennissant dans la solitude, sous un ciel lugubre, semblent tout ce qui reste du combat.

Une Halte de cavaliers, de Gros, que l’on pourra comparer'à celle de MEISSONNIER, son maitre.

Une Junte à Cadix, de RODRIGUEZ. — Quelques beaux paysages de:Bernier, de César de Cocx, de MaisiaT, d’'Em. BRETON, etc.

Voilà, parmi les nouveaux hôtes du (Champ de Mars, quelquesuns des plus choyés par la foule,

On a transporté dans la 2e salle un tableau que nous avions remarqué précédemment dans la rue de Flandres :

Une charmante composition de CompTe-CaLix : Le vieil ami (157). Comme il est accueilli, ce vieil ami de l’ancien régime ! les enfants s'empressent à lui porter un de ces lourds et bons fauteuils d'autrefois. Une jeune fille lui prend sa canne, l’autre lui défait sa douillette, la marquise attendrie lui abandonne sa main, le vieux marquis ne cache passa joie, il prépare déjà des projets de'tric-trac. Tout le château s’émeut et se réjouit. Le vieil ami est revenu!

LES GRANDES SALLES DE PEINTURE FRANÇAISE (4 et 5).

L'impression en entrant est très-favorable. Les deux ‘salles sont bien disposées et bien remplies. On retrouve:çà ét là quelques tableaux connus, vieux amis qu'on n’avait pas oubliés, maisiqu'on n'avait pas occasion de revoir ; on les:salue des yeux et-même du cœur. Ici les Yvon, les Hamon, les Gérôme, les Daubigny..… ; là, dans la seconde salle les Meissonier, les Jules Breton, les Rosa Bonheur... On espère les revoir tous. Hélas, la mort afait des vides dans les rangs. Elle nous a-enlevé romantiques et classiques, les maîtres, Ingres, Delacroix, ces deux athlètes, ces deux croyants, si passionnés et si discutés dans leur foi, qui ont soutenwleur dernière grande lutte à l'Exposition de 1855. Horace Vernet, Decamps, Delaroche. Qui encore? Ce malheureux Troyon, Bellangé, Hippolyte Flandrin. Mais au moins ces trois noms sont-ils représentés ; leurs œuvres sont encore là ; salut aux nobles orphelines! Que :de pinceaux créateurs et puissants perdus pour les:arts!

Au milieu de chacune des deux grandes salles, à la place d’honneur, se tient le portrait de l'Empereur, d'abord en costume de

général, par feu Hippolyte FLanpr; puis en costume de cour, par CaBANEL. On voit aussi en plus petite dimension le portrait de P'Impératrice, par WiINTERHALTER. L

Les grands Tableaux.

Les premiers regards se portant toujours sur les œuvres de grande dimension. il faut bien en parler d’abord. Voici celles qu’on a disposées dans la première des deux salles :

La prise dela tour Malakoff en Crimée, 1855, par Yvon.

La gorge de Malakoff, par lemême.

Du même peintre un tableau plus petit, qui n’est point sans mérite : Convoi de llessés, trainés par des bœufs à travers une brûlante poussière (n° 620). Qu'on songe après cela aux ambulances si soignées et si confortables, qu’on voit exposées dans le Parc!

L'Enfant prodigue, par Edouard DUBurE.

Ceux qui ont vu le salon de 1866 se rappellent l'effet produit par cette peinture théâtrale où se trouve brillamment réuni tout ce qu’aime la jeunesse : la poésie, l'amour, la musique, la danse, le jeu. Au milieu, le terrible étourdi affolé de sensualisme. — « Où est donc l’enfant ? » demandent des gens qui prennent le livret trop à la lettre. L'enfant! il se retrouve en cet adolescent qui croitaux fêtes éternelles de la vie!

Les grandes toiles qui frappent les yeux dès l’abord, sont dans la salle suivante : \

Batañlle de l’ Alma (Crimée 1854), par Pres.

L’artillerie traverse un torrent, escortée de‘tirailleurs algériens.

Placé comme pendant, un tableau du même peintre (le même, le croirait-on?) nous transporte dans la patrie de ces tiraillevrs !:

L'Empereur à Alger (1860) reçoit la soumission des chefs des tribus kabyles. Commellui, debout sous le dais, l’impératrice en toilette blanche (peinte au savon, semble-t-il), se détache surles vives couleurs de tous ces costumes éclatants. — La bonne volonté de lartiste peut seule excuser une pareille toile.

Varsovie le 8 avril 1861, par Tony RoBERT-FLEURY.

Sur la foule polonaise, à genoux et sans armes, les troupes russes font feu. Au salon de l’année dernière, ce tableau, amère-et navrante protestation contre la force brutale, avait déjà produit une grande - sensation.

Le Paradis perdu, une autre œuvre de CABANEL, qui ne fait pas oublier sa Naissance de Vénus, ni-sa Nymphe enlevée par un faune. L'Écriture sainte ne se reconnait plus sur cette palette mythologique. On se demande pourquoi le dieu vengeur s’estrevêtu d’un manteau vioiet à l'instar des prélats, ses ministres sur terre. La toile est grande, mais on dirait que les couleurs se sont délayées et distendues pour couvrir tant d'espace.

Voilà les œuvres aotiriliie qui, par droit de grandeur, de force

et de conquête, prélèvent sur nos regards un tribut d'entrée. Nous

avions hâte de les nommer, pour ces visiteurs précipités qui ne font

que passer au pas de course et n’aperçoivent que ce qui est grand. Et maintenant, aux intimes!

1re grande salle (salle 4). 2me grande salle (salle 5). 194 C0 feu Hipp. Bellangé. 50 à 59...... Rosa Bonheur. 99 à 101..... Brion. 68410902 IAA Jules Breton.

106,2 112,0. Henriette Browne. 158 à 160..... Comte. 185 à 192..... Daubigny. 161 4467110 ÆCorot 210) A9 1Z. Blaise Desgoffe. 171 à 174..... Courbet 288 à 300..... Gérôme. ANA DIE. te Jalabert.

VUE MES DAT Hamon. 381 41382: Jourdan A0 les JE: A A AS ROSES Maréchal. 396 à 401..... Landelle. 529 27000. Protais. LRO à 469. 5... Meissonier. 539 41542. © Th. Rousseau. B66. LEA LA Le Merle. L84 à 485..... Moreau.

599 à 603..... feu Troyon.

ri Feu Hippolyte Bellangé.

Nous devrions parler de lui longuement; c’est la dernière fois que son œuvre paraît dans nos expositions; il est représenté à celle-ci par sept tableaux dont le sujet touche la fibre populaire. Jamais la foule, surtout celle du dimanche, ne laissera inaperçue la Revue sous l'Empire, en 1810. On n’a pas assez d'yeux pour ce splendide défilé de la vieille garde, devant l'arc du Carrousel; le tambour-major semble prendre pour lui toute cette ovation.

Que sont devenus quatre ans après ces brillantes parades, ce soleil radieux des revues impériales? Triste contraste! tout à côté de ce tableau qui sourit d’orgueil, viennent des tableaux qui pleurent de désespoir : la Retraite de Russie, les Cuirassiers de Waterloo, la Garde meurt (1815).

Et cependant il y eut encore un jour d’heureux au milieu de ces désastres; une lueur d’espoir renaissant; une preuve de cette adoration tenace que les Français ont pour la gloire. Ce jour-là, Bellangé l’a saisi de son admirable pinceau en nous montrant un épisode du Retour de l'ile d'Elbe. L'empereur salue; les paysans acclament et pleurent de joie. Ils reçoivent leur maître, et marcheront encore avec lui sous les feux croisés de la coalition.

Mile Rosa Bonheur.

Quelques critiques croient bon de se tenir en garde contre les distinctions officielles qui ont tant de fois récompensé la célèbre artiste ; ils craignent que sa réputation ne soit surfaite. Contre ce doute, le public proteste toujours. Sans lire la signature, il devine un peintre qui connaît la vie agreste et la retrace avec vérité, parce

qu’il l’aime avec passion. Tout cela, nous l'avons vu quelque part un jour. Ces paysages, €es troupeaux, ces bergers, Ces moutons nous sont familiers. C’est une échappée dans nos souvenirs de villégiature, de vacances ou de voyage.

Jules Breton.

Son nom iant de fois répété avec éloges dans les derniers salons semble se remettre en question devant ce public cosmopolite qui, rassasié de merveilles, ne parcourt l'Exposition que pour y chercher l’extraordinaire et le surprenant. Les tableaux de M. Jules Breton n’étonnent point, tant ils sont simples et naturels! Ils échappent aux regards, mais ceux qui aiment ce jeune et poétique talent, savent le retrouver. Ses Glaneuses, ses Sarcleuses, sa Gardeuse de dindons sont dans tous les souvenirs; quand ils ont paru, ces tableaux ont été une révélation, ils nous ont fait pénétrer dans des existences inexplorées; ces pauvres enfants des campagnes voués à l'ignorance et à la misère, il ne nous semblait point qu'il y eût en eux une pensée, une rêverie à laquelle nous pussions associer nos pensées, nos rêveries. Jules Breton a eu l’art de nous réconcilier avec cette paysannerie jusqu’alors étrangère à notre idéal. — Du reste, cette innovation ne lui appartient pas en propre; le sentiment était dans l'air, comme on dit, il a fait éclore de tous côtés des Tondeuses de moutons, des Vendangeuses, des Moissonneuses, des Semailles et des Récoltes de pommes de terre; mais concevoir n’est rien, exprimer est tout, et au milieu de cette vulgaire abondance, les peintures de M. Breton se distinguent encore par l'expression.

Mme Henriette Browne.

C’est un tableau très-remarqué que ses Sœurs de charité.

Courbet.

Peu de chose de lui; mais un paysage qui rappelle le peintre de la Halte aux chevreuils. Une eau bruissante qu’on croit entendre sous des ombrages pleins d’une fraicheur qu’on croit ressentir.

Ch.-Fr. Daubigny.

Vallée d’'Optevoz (Isère). C’est morne, c'est mélancolique. L’eau emprisonnée dans de grisâtres rochers est noire de leur reflet, plus noire encore du reflet du ciel.

Les Bords de l'Oise. Les arbres sont bien un peu vagues. La place du feuillage est marquée par une teinte verte, C’est le genre exagéré d’une école qui a l'horreur des patientes découpures, et certes

elle a raison de ne point vouloir que les branches, les feuilles, les épis soient comptés un à un comme dans certains paysages anglais, ceux de CoLe, par exemple. Mais où allons-nous si nous n’en comptons plus du tout ?

Gérôme.

Il a fourni treize tableaux à cette Exposition. C’est encore tro peu. Tous doivent être vus; tous sont empreints de cette causticité philosophique qui sait se faire comprendre en France.

Ne vous souvient-il pas, en etlet, de ce Duel au surtir d'un bal masqué. Le duelliste habillé en sauvage; l’étourdi pierrot qui s’est taillé un suaire dans les oripeaux de la folie : quelle plus amère interprétation du duel!

Les Gladiateurs aussi vont s’entre-tuer, ceux-là pour le plaisir d’un maître, qu’ils saluent avant de mourir.

Plus loin, César meurt frappé en plein sénat par ses flatteurs de la veille. Il tombe au pied même de sa statue.

Les deux Augures. Ils auraient du mérite à se regarder sans rire.

Phryné devant le Tribunal. Ces choses-là se passaient à Athènes. Plaïider son procès d’un geste qui prouvait que l'accusée était belle, c'était gagner la cause devant des juges athéniens. Mais ce tableau irrévencieux pour l’avocat l’est encore plus pour la justice humaine. Passons; c’est affaire aux gens de ce temps-là de regarder et de ne point rougir.

Faut-il parler de l’Almée, au ventre nu, à la danse langoureuse? Ce serait tomber de Charybde en Scylla. Et cependant devant cette indiscrète révélation des mœurs orientales, il y avait toujours foule au salon de 1864.

Hamon.

L’Aurore buvant la rosée dans le calice des fleurs, éclipse par sa grâce ses gracieuses voisines, les autres conceptions de M. Hamon. Le volubilis est frais, léger; plus fraiche encore et plus légère, la fillette aérienne qui se hausse des pieds sur une feuille sans la faire fléchir.

Jalabert.

On peut ne pas aimer cette apparition fantasmagorique baptisée le Christ marchant sur la mer. Mais sil y a quelque hardiesse dans cet effet de lumière électrique entre déux immensités noires, le “ciel et l’eau, il faut reconnaitre aussi beaucoup-d'originalité et de mouvement dans la composition.

Une comparaison à faire : le même sujet est traité par Brion (100).

Maria Abruzese. Petite fille étiolée, souffreteuse, qui semble nous demander le pourquoi de sa misère, le secret de sa destinée.

Jourdan.

Léda. Mais on préférera sans doute :

Les secrets de l'Amnur. Atlitude charmante. Vous retrouverez dans les sculptures italiennes un sujet analogue : une femme aussi qui écoute un amour chuchoter à son oreille.

Landelle.

Femme fellah (de l'Asie Mineure).

Meissonier.

On a tout dit sur Meiïssonier. Son talent si connu est à l'abri des éloges vulgaires. Parmi tous ces petits tableaux devant lesquels on dépense de si grandes heures si volontiers, c’est toujours la Lecture chez Diderot qui a les prédilections des connaisseurs.

Mais le Corps de Garde, mais les Cavaliers se faïsant s-rvir à boire, mais le Capitaine ne sont pas des su ‘cès moins populaires. ‘

Quelles expressions aussi dans cette anecdote du Général Desaix questionnant un paysan !

Et cette admirable scène de la Campagne de France en 1814! Ce triste état-major, cheminant silencieusement, derrière le grand Empereur pour la première fois vaincu, les débris de notre armée traversant les pleines neigeuses, foulées par l'ennemi. Quelle page d'histoire! qui en dit plus dans son petit cadre que bien des toiles déroulées sur les murs de nos musées historiques.

Th. Rousseau. à

Deux petits paysages (datant de sa belle époque) peints sur panneaux de bois, De grands chênes épanouis snr de fraiches nappes d’eau lumineuses.

Entre ces deux salles de peinture, dans la Rue de Paris, nous trouvons une exposition curieuse des Bustes de Napoléon à tous les âges, groupés autour de sa statue en pied. Toutes œuvres de GuicLaume. Depuis l’école de Brienne, toutes les dates qui ‘ont traversé la vie du jeune Bonaparte, sont figurées par son visage qui porte leur empreinte : il est général; sa tête rayonne alors

e fierté juvénile et d’ambition pressentie. Il est premier Consul. Il est Empereur. 1] commande à tous les rois, c’est 1812. Puis Pexpression se rembrunit; c’est le penseur de Sainte-Hélène. :

Le même carré contient une bizarrerie detravailsur marbre, estce bas-relief, est-ce mosaïque, est-ce gravure? Un peu de tout cela; c’est une invention du baron de Triquerr. Ces tableaux sont

intitulés : En tarsia de marbre. Mais si étrange que soit le procédé, l’effet du dessin est très-remarquable; il y a une harmonie de teintes qui s'adaptent fort bien aux sujets bibliques choisis par l'artiste : Daniel dans la fosse, David jouant de la harpe, etc.

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