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CAFÉS DU PARC. — THÉATRE CHINOIS

grâce naïve et archaïque, on prendrait pour un contemporain de Rodolphe de Hapsbourg.

Tout près de la brasserie viennoise est une pâtisserie espagnole qui n’a pas moins d'originalité. Cette horchateria valenciana ne doit pas être bien vue des estomacs anglais : de l’eau d’orge, du vin d'Espagne, du chocolat, des oranges et des olives, voilà tout ce qu’on y trouve : inutile de dire que la cigarette est de rigueur dans ce Kiosque où tout est espagnol, jusqu'à celles qui servent ces légers rafraichissements. On se presse pour les voir dans leur robe à fleurs bordée d’or, sous leur mantille de dentelles blanches, et sous les énormes peignes d’or qui retiennent leurs cheveux noirs, et ce ne sont pas des Espagnoles de Montmartre, mais bien d'au delà des Pyrénées, ne connaissant que leur langue maternelle, dont bien les fâche, carelles ne peuvent répondre à toutes les questions des consommateurs. Hélas! tout est compromis dans ce monde, et ce petit coin de terre qui a une saveur vraiment étran-

ère, n’a pas su se soustraire à cette fatalité. Il a sacrifié au goût

u jour, et ajouté la bière aux consommations qui figurent sur sa carte ; il est vrai qu’il y a une circonstance atténuante, il l’a mélangée avec de la limonade: mais aussi qu’en diront ses voisins les Allemands ?

Voyez-vous là-bas ce pavillon aux angles relevés, ce toit couvert: d’ardoises bariolées, ces balcons en bois peints découpés et chargés d’hiéroglyphes bizarres, c’est le café-restaurant-théâtre chinois, construit sur le plan d’un des kiosques du palais d'Été de Pempereur chinois. Malgré le tourniquet qui exige cinquante centimes des visiteurs, la foule pour y entrer est immense. La première salle, quoique remplie d'objets curieux, n'arrête pas longtemps l’attention : ces éventails aux peintures bizarres, ces stores, ces coffrets en ivoire, ces meubles de laque, ces porcelaines aux riches couleurs, ces instruments de musique aux formes étranges, ces nattes, ces divinités grotesques, tout cela est curieux sans doute, mais le public n’y trouve pas assez d’inédit, et, à tort ou à raison, il croit l’avoir déjà aperçu dans les boutiques de la rue Vivienne et du houlévérd. C’est autre chose qui l’attire. Sans même s’arrêter pour goûter le #ik-hao ou le ghim-Tell, boissons chinoises à la glace, il court au pavilion où sont les deux jeunes chinoises Ichou-a-Laï et Lui-a-Choy, véritables filles du Céleste Empire, venues tout exprès pour se montrer au Champ de Mars. Et de fait elles s’en acquittent à merveille et jamais reine de l'ancien régime ne sut mieux supporter le feu des regards, ni se trouver moins gênée en présence d’une foule attentive à ses moindres mouvements. Elles boivent, mangent, fument, causent, comme si personne ne les entourait, et distribuent leur photographie aux assistants : quelques-uns trouveront de la part de jeunes filles la chose un peu risquée, mais trêve aux jugements téméraires, elles les vendent, elles ne les donnent pas, ce qui est fort différent.

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Ceux que la vue de ces beautés de dix-huit ans n’a pas rassasiés peuvent monter au restaurant, ils pourront demander du yem-outan, du yen-gout-tsé, où du pé-kos-tang, plats on ne peut plus chinois, à ce que dit la carte. Mais la plupart aiment mieux aller assister aux représentations du théâtre, élevé derrière le kiosque et dont les siéges se trouvent en plein air. Comme sur cette scène chinoise on représente des exercices qui ont le plus grand rapport avec ceux du cirque et de l'hippodrome, d’aucuns ont tiré de savantes inductions de l'identité qui existe entre le genre des spectacles de la race blanche et celui de la race jaune.

Aimez-vous des distractions moins coûteuses, allez au bazar algérien, où le vice-roi d'Égypte vous fera la gracieuseté de vous offrir lui-même le café. Avec votre billet d'invitation vous pénétrez dans le véritable café turc : une muraille blanchie à la chaux, des nattes sur le parquet, des divans tout autour de la salle composent l’ameublement, Un Turc en costume national vous apporte silencieusement un chibouk allumé, et une tasse de café pour laquelle votre main est le seul support possible. À moitié étendu sur un divan, dans cette salle silencieuse, où un nègre, gardien muet de la porte, rappelle seul à la réalité de l’existence, on comprend la vie orientale et sa perpétuelle rêverie : en regardant Pazur profond du ciel par les fenêtres en bois découpé, en aspirant de longues bouffées de tabac, on se laisse aller au voluptueux oubli de soi et de la vie, et l’on sent que si rien ne venait vous déranger, on y resterait bien... au moins un quart d'heure.

Comme l'Exposition n’a pas seulement pour visiteurs des souverains ou même de simples millionnaires, comme, au contraire, les petites bourses sont les plus, nombreuses, il a fallu penser à elles, et leur procurer le moyen de passer facilement la journée au Champ de Mars, sans leur demander de trop grands sacrifices. Outre quelques restaurants du promenoir qui sont d’un prix assez abordable, outre l'établissement de bouillon Porret, situé en bas du théâtre international, il y a le buffet-omnibus qui peut compter aussi bien parmi les curiosités que parmi les utilités. Cet établissement composé d’une grande salle de cent mètres de longueur sur quatorze de largeur. et d’une autre faisant rotonde sur la première, peut donner douze cents repas à la fois. Il faut le voir surtout les jours de fête, lorsqu'il est si complétement rempli qu’on est forcé de fermer les portes et de mettre le mot complet comme s’il s'agissait d’un simple omnibus. Ce n’est pas une des choses dont il faille savoir le moins de gré à la Commission que cette facilité que trouve l’ouvrier de diner dans le Champ de Mars aux mêmes prix qu’il pourrait le faire dans les bouillons de Paris. -

Parmi les autres endroits du Champ de Mars consacrés plutôt à la fantaisie qu’à l'exposition, citons encore le cercle international, situé à droite en entrant par le pont d’Iéna, en face des sociétés

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protestantes et évangéliques. Il se compose d’une salle immense au rez-de-chaussée, et de salons magnifiquement décorés au premier.

Le théâtre international, situé derrière le carillon, à gauche de la grande entrée du pont d’Iéna, a ouvert ses portes tardivement. La salle est élégamment décorée et très-bien aérée. Les diverses nations viennent y faire exhibition de leur art dramatique.

La salle Suffren, située près de la porte de ce nom, en face du restaurant russe, café chantant de jour et de nuit, avec un théâtre où les danses alternent avec les chants.

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