LA BERGE
RCE EN humain.
Qui peut donc demeurer dans cette tour étrange, la première qui se présente à nous? Vous, curieux, qui cherchez à voir à travers les vitres, qui apercevez-vous à la fenêtre? — De l’eau. — Oui, c’est bien une énorme masse d’eau qui est l’hôte de cette tour. Figurez-vous un puits vu par dessous. Là séjourne un être aquatique, qui a forme humaine, si l’on veut. Cet homme-poisson se sent chez lui, il se promène, il s'amuse familièrement. Du reste son mobilier est là, une table, un jeu de dominos, divers ustensiles. Le voilà qui vient visiter les visiteurs, illes salue de la main; il montre à travers le vitrage sa tête bizarre, bardée de cuivre, éclairée par des yeux de verre, son corps cuirassé de caoutchouc. Ce costume est un appareil appelé scaphandre; il permet à ceux qui en
1. Ceux qui arrivent par le chemin de fer débarquent dans-la partie orientale, et n’ont quà suivre droit devant eux pour aboutir à la partie française. Quant à ceux qui entrent par les portes Rapp, la Bourdonnaye ou Saint-Dominique, qu’ils tournent à droite.
sont revêtus de séjourner plusieurs heu’: :v suite dans l’eau sans en éprouver aucun inconvénient; il se compose d’un vêtement d’un seul morceau en coton ou en toile, et doublé d’une épaisse couche de caoutchouc. À ce vêtement imperméable, qui ne laisse que les mains libres, s'adaptent une pèlerine métallique et un casque en cuivre étamé. Sur le devant du casque sont quatre glaces qui permettent au plongeur de voir de tous côtés, et qui sont protégées contre les chocs par un grillage en fil de cuivre. A l’endroit qui correspond à la bouche est une espèce de soupape-robinet à laquelle le plongeur peut avoir recours pour chasser l'air à l’extérieur quand il en a trop. L'air nécessaire à la respiration est fourni par une pompe à air etarrive par un tube qui se rattache au côté gauche du casque; sur le côté droit est la soupape qui laisse échapper Pair respiré, et célui que da pompe fournirait en trop grande abondance. Si lon regarde du haut de la cuve où le plongeur de PExposition passe la plus grande partie de la journée, tantôt on le voit revenir à l'air, tantôt on n’est averti de sa présence dans l’eau que par les bulles d’air qui se forment à la surface, et qui sont produites par le jeu régulier de la soupape. Cetappareil est employé par ceux qui vont pêcher le corail au fond de la mer; mais il est d’une utilité pratique bien plus grande pour la marine. Il permet aux marins de boucher très-promptement une voie d’eau qui se déclare dans un navire en pleine mer, de sonder ie passage le plus favorable dans un échouage, de retrouver des ancres égarées dans les rades mal abritées, de dégager l’hélice du navire embarrassée au milieu des herbes marines. La curiosité publique qui s'égare quelquefois sur des objets de peu d'importance, est bien inspirée en se portant sur une invention d’une utilité aussi pratique.
Appareils respiratoires.
Cet appareil se rapproche beaucoup de celui du plongeur; il consiste en une espèce de‘havre-sac rempli d’air qui se met sur le dos, et qui est en communication avec la bouche par deux tubes en caoutchouc. Ces deux tubes aboutissent à une espèce de poire d'angoisse qui ferme la bouche hermétiquement et empêche l'air extérieur d'y pénétrer; un pince-nez et des lunettes avec monture de caoutchouc protégent le nez et les yeux.
L’homme muni de cet appareil n’est pas précisément beau. L’expérimentation que fait exposant devant tous, même devant les dames, montre chez lui une abnégation complète de coquetterie. Son pince-nez, ses lunettes et la hotte qu’il a sur le dos donnent à sa figure un aspect grotesque d’un monstre, tel qu’en adorent les Chinois. Mais aïnsi accoutré, il peut séjourner impunément pendant 20 à 30 minutes dans les milieux irrespirables, opérer un sauvetage au milieu de la fumée, descendre dans les fosses d’aisance ou daus les puits, dans les cuves et dans tous les endroits dont l’at-
mosphère délétère est ‘ ’edouter. Des expériences ont lieu tous les jours dans un pavillon situé à l’autre bout de la berge, en aval du pont d’Iéna. A chaque instant on peut voir un individu revêtu de cet appareil entrer et séjourner impunément durant quelques minutes dans un cabinet rempli d’une fumée intense.
Canots de sauvetage.
Ces canots, qui ont résolu le difficile problème de rester insubmersibles au milieu des plus violentes tempêtes et sont destinés à aller au secours des navires en détresse sur les côtes de l'Océan appartiennent à la Société centrale de sauvetage sous la protection de l’Impératrice. Leur quille qui est en plomb leur fait toujours retrouver leur centre de gravité, quelle que soit la violence du vent; des soupapes servent à l’échappement de l’eau dont les vagues ont pu remplir le bateau, et les deux extrémités, qui sont des chambres à air, lui donnent plus de légèreté et de facilité dans les mouvements. Trente-trois de ces canots garnissent déjà les côtes de l'Océan et leur nombre tend à se multiplier. L’ingénieuse construction des canots de sauvetage mérite toutefois moins d’admiration que le dévouement des marins qui s'y embarquent courageusement pour voler au secours de leurs semblables.
Nous passerons devant plusieurs hangars qui contiennent des canots de plaisance, des pirogues, des youyou légers, une gondole vénitienne avec sa proue armée de dents et sa cabine sévèrement tendue de noir, un caïque de Constantinople, bateau long effilé, garni de brocart et de tapis de Smyrne, peint et doré avec beaucoup de luxe.
En nous rapprochant du pont d’Iéna nous arriverons à un vaste bâtiment où l’on entend les mugissements d’une énorme machine :
Le Friedland.
Sorti des ateliers de la marine à Indret, ce formidable appareil à vapeur a été créé pour mettre en mouvement l’hélice d’un vaisseau cuirassé. Sa force est de 1200 chevaux. Il se compose de 8 chaudières, mais 4 seulement ont été installées.
Cette force a été utilisée à l'Exposition pour aider les machines hydrauliques qui fournissent d’eau la partie basse du Parc et du Palais.
Le volume d’eau que l’appareiïl du Friedland envoie dans le Parc est de 80 tonnes par minute, soit 5 millions de litres par heure.
Ce qu’il y a de remarquable dans cette destination inattendue d’un appareil préparé pour un navire, c’est qu’elle suppose dans le mécanisme une'admirable précision. Des moteurs ordinaires construits pour faire fonctionner une hélice dans l’eau, élément ré-
sistant, ne sauraient impunément être employés dans l’air, qui n’offrant plus de résistance suffisante, abandonnerait l’hélice sans appui à ses propres mouvements. De là des soubresauts, des incertitudes, qui useraient prompteraent la machine. Il a fallu dans celle du Fri des qualités exceptionnelles de précision pour résister à une pareille épreuve.
Mais le colosse n’accepte pas sans colère cet emploi qui n’est pas le sien. C’est Samson condamné à tourner la meule. Il exhale sa rage en vomissant bruyamment des flots de vapeur et de fumée.
Marine anglaise.
Une exposition bien faite pour attirer l'attention est celle de la très-célèbre marine anglaise. Son installation au bord de l’eau comprend plusieurs modèles de la Shames Iron Company, parmi lesquels on remarque le Guillaume Ier construit pour la Prusse. Défions-nous de la Prusse. Elle organise en ce moment une marine puissante, si l’on en juge par cet échantillon.
Un autre modèle qui mérite mention est celui du Dreadnought, vaisseau futur qui s'annonce comme une véritable forteresse auprès de laquelle les Monitor actuels ne sont que de simples redans; le Dreadnought sera armé de douze canons distribués dans six tours.
Enfin un life-boat, aux formes élégantes, nous montre le type tout gréé des canots de sauvetage anglais.
DE LA BERGE AU PARC Tunnel. — Pont d'acier. — Canons français.
Pour passer de la Berge au Parc nous avons le choix entre deux issues; l’une, en aval du Pont d’Iéna, est un étroit tunnel aboutissant à un escaliér et conduisant au Quart Oriental entre la Salle des Conférences et le Cercle international. Ù
L'autre voie, que nous préférons prendre, nous force de revenir sur nos pas; elle conduit au Quart Français, en nous faisant passer sous un pont métallique qui sert à relier entre elles les deux parties du quai d'Orsay qu’il a fallu couper. :
Ce pont sorti des ateliers de Montataire et de Bessèges repose sur des arcs de voûte en acier Bessemer des forges de Terrenoire. C'est le premier pont à notre connaissance que l'on ait construit en France avec le métal obtenu par le procédé Bessemer.
Sous l’arche unique de ce pont on reste étonné de rencontrer un appareil formidable d'artillerie. Singulier symbole placé à l'entrée de cette exposition! On croirait l’industrie menacée par la guerre
ét armée en défense contre d’invisibles enmemis. — Mais ja curiosité nous réconeilie et nous familiarise avec toutes les bizarreries. On pardonne vite à ces canons d’être 1à, quand on les voit si nouveaux et si ingénieux. Presque tous se chargent par la culasse. Il en est un énorme, pesant 32000 kilog., qui se meut sur un arc de cercle avec une facilité extrême. Il suffit des faibles efforts de deux hommes pour le faire pivoter à l’aide d’une manivelle de manière à suivre rapidement les mouvements des navires ennemis. Plusieurs canonniers de la marine française se tiennent tout auprès pour donner au public des explications sur ces monstres heureusement silencieux.
Nous entrons maintenant dans le Parc. Nous avons en face de ous le lac, le grand phare, à droite et à gauche des rangées de pompes hydrauliques.
Ces pompes sont remarquables par leur mécanisme, plusieurs par leur puissance, et méritent qu’on en parle. Mais provisoirement laissons-les derrière nous, sauf à y revenir quand nous parlerons des machines du quart français. En ce moment tausles yeux sont pour la haute tour en tôle qui supporte l'appareil d’éclairage d'Henri Lepaute.
Le grand phare.
Ce phare est destiné à couronner le point culminant d’un ilot voisin de Guernesey, les Roches-Douvres.
Autrefois on construisait des phares comme de simples belvédères, en pierre ou en briques. Une fois construits on ne les déplaçait plus. Ils devaient rester immobiles comme le rocher qui leur servait de piédestal. Voici cette fois un phare revêtu de tôle et “muni d’un escalier en fonte, qu’on a apporté à l’Exposition et qu’on ‘n remportera, avec la même facilité qu’un chariot de ferrailles. 11 se monte et se démonte. Et cependant c’est bien un phare de grande dimension, il a 50 mètres de hauteur. — Il faut une permission spéciale pour y monter. Gelui que tentera cette ascension comptera deux cent cinquante marches jusqu’au balcon de la lanterne. Là on pourra voir de Le les lentilles de verre au milieu desquelles doit scintiller pendant la nuit un feu d’une intensité que n’égalerait pas la réunion de deux mille lampes Carcel. Les éclats que donne cet appareil sont visibles par le beau temps à quarante-six kilomètres de rayon.
Le visiteur, qui a certes de là-haut une vue assez étendue, ne parviendrait pas à mesurer du regard tout l'espace que peut parcourir l'œil lumineux de ce phare.
LE PARC. — QUART FRANÇAIS. 3i
"Nous retrouverons plus loin dans le chapitre intitulé la Partie milètaire du Parc, l'exposition du ministère de la guerre et celle des ambulances. Tournons à notre droite :
L'église.
(Exposition particulière. — Entrée : 50 cent.)
Est-ce l'esprit de dévotion, ou bien l’attrait du fruit défendu qui pousse les visiteurs vers ces tourniquets où il faut laisser cinquante centimes? L'intérieur du Palais renferme de bien plus belles choses comme ornementation religieuse, mais là on a l’avantage de les voir réunies et à leur place, ce qui les fait mieux ressortir. Parmi les principaux objets dignes de remarque il faut citer : la chaire en bois sculpté, le maïtre autel, un lustre byzantin, un autel en marbre blanc, quelques sculptures en ivoire et un joli buffet de sacristie. Mais deux curiosités ont plus que le reste le privilége d'attirer l'attention publique. L'une est un calvaire breton, monument destiné à ces populations à la foi naïve dont il faut frapper les regards pour pouvoir toucher le cœur. L’autre, une sainte martyre modelée en cire, qui voit à chaque instant, on peut le dire, une foule d’adorateurs se presser autour d’elle. L’expression que l'artiste lui a donnée n’est peut-être ni très-céleste ni très-idéale, mais c’est justement ce qui attire les regards, et , plus d’un visiteur sort en se demandant si ce n’est pas la Maleleine avant son repentir. L'objet le plus remarquable que contient l’église est incontestablement l'orgue de M. Cavaillé-Coll, dont il est donné à tous les visiteurs d'entendre chaque jour les jeux sonores et harmonieux,
Les vitraux.
C’est un art qui a fait d'admirables progrès que celui de la peinture sur verre. Il nous suffirait d’en prendre à témoin l’exposition de MM. Maréchal. Leur pavillon contient des vitraux d’un éclat, d’une finesse, d’une variété de nuances à rendre jalouse la nature. Is sont presque trop vivants. Il y a des portraits d’un relief surprenant. M. Maréchal père s’est aidé aussi de la photographie qu'il a coloriée et fait vitrifier. Enfin il a osé aborder les plus grandes difficultés de cet art, le contraste des couleurs vives et des couleurs pâles. Deux sujets destinés à M. Viollet-le-Duc diront s'il a triomphe,
La cristallerie.
Il ne s’agit ici ni d’un procédé nouveau, ni d’une invention récente, mais de la simple fabrication du verre, inconnue généralement de la masse du public et considérée par lui avec le plus vif plaisir. Il y a toujours une grande foule pour voir les ouvriers
tirer du creuset un morceau de verre incandescent, lui donner la forme par le souffle, le polir, l’arrondir, le couper, lui ajouter toutes sortes d'accessoires tels que pieds, anse, bouchon, et le déposer devenu bouteille, vase ou carafe, devant les spectateurs émerveillés d’un secret si ingénieux que le hasard découvrit il y a nombre de siècles à des marchands phéniciens.
Non loin de là et sur le bord de la grande avenue d'Europe, se trouve le :
Pavillon de l'Empereur
Construction bizarre composée d’une coupole et de deux petites ailes, dont une marquise aux larges bords fait le tour. Comme il n’est pas permis d’y entrer, les curieux se contentent de regarder par les fenêtres les riches ameublements qui le décorent et qui en font tout le mérite.
Maisons et cités ouvrières.
Plusieurs maisons d’ouvriers sont exposées dans le Parc.
La compagnie des houillères de Blanzy nous présente un spécimen des 679 maisons qu'elle a fait construire pour les ouvriers ou que ceux-ci ont édifiées eux-mêmes. Elle annonce que le prix de revient du logement (terrasse etconstruction) ne dépasse pas2200fr., le prix de location, 54 fr. par an. Et cependant chaque logement (il y en a deux dans chaque bâtiment), accompagné d’un jardin de 600 mètres carrés, comprend chambres, cave et grenier. La pièce assez spacieuse par laquelle on entre contient: le plan en relief des travaux des mines de Blanzy; des échantillons de coke, d’aggloméré, de poudingue, de grès noir, etc.; des photographies représentant les habitations des ouvriers.
Un plus grand intérêt encore s'attache aux cités ouvrières de Mulhouse, dont nous parlent si souvent les économistes.
La construction qui figure à l'Exposition est double : un des deux logements qu’elle contient est habité par une famille et peut se visiter sauf une chambre fermée sous ce charmant prétexte : parce que l'enfant dort. On a utilisé tous les recoins. La pièce d’entrée sert à la fois d’antichambre et de cuisine, de salle à manger et de couloir. A droite, la porte d’une grande chambre et au fond deux portes, l’une de la cave, l’autre de l’escalier, en spirale, qui mène à l'étage supérieur. Partout propreté, ordre, lumière : le petit miroir traditionnel, etc. Rien de plus gai que la simplicité naïve qui sert d'ornement à cet intérieur de calme et de travail.
Crèche.
Toutes les mères s’arrêteront devant ce kiosque : c’est le temple de l’enfance, c'est le sanctuaire de la bienfaisance éclairée et in-
telligente. L’ouvrière qui est obligée de gagner sa vie hors de chez elle, n’est plus inquiète sur le sort de son enfant qu’elle était obligée de laisser seul et sans soins. La crèche le garde durant toute la journée, elle lui donne tous les soins hygiéniques et moraux que réclament son âge et son état; la mère peut venir le voir et l’allaiter aussi souvent que son travail le permet; elle ne s’en sépare pas, elle ne fait que le confier à des mains plus intelligentes que des mains mercenaires. Comme on n’a pu trouver parmi les ouvrières employées à l'Exposition un nombre suffisant d'enfants pour former la crèche, on s’est contenté d'exposer le matériel ; mais chaque dimanche des enfants, venus des différentes crèches de Paris, présentent le spectacle d’un de ces établissements en pleine activité; plus de cent mille enfants en France sont préservés par cette utile institution, soit de la mort, soit des maladies et des infirmités précoces que le défaut de soins amène infailliblement chez les enfants, bien des mères sont éloignées soit du vice, soit du crime. Aussi de tant d'idées qui ont présidé à toutes les inventions dispersées dans le Champ de Mars, celle-là est une des plus fécondes, des plus bienfaisantes : dans le berceau de ces enfants, comme dans celui de Moïse, il y a la régénération de tout un peuple.
Société protectrice des animaux.
De la brutalité envers l'animal à la cruauté envers l’homme il n’y a de différence que la victime, dit une des inscriptions gravées sur 1H murs de ce pavillon, où sont exposés les appareils servant à rendre moins pénible le travail des animaux, les inventions propres à améliorer leur sort, ainsi que les ouvrages utiles à la propagation de l’œuvre. Des bâtons de déchargement pour soulager les animaux au repos, des freins pour l'arrêt instantané des omnibus, des montecôte qui empêchent le recul de la voiture dans les fortes montées, telles sont les principales améliorations exposées aux regards des visiteurs, dont plus d’un se dit à part qu’il serait à désirer qu’on accordât à l’homme (à l'enfant et à la femme surtout) une partie de la sollicitude prodiguée à des animaux.
Kiosque galvanoplastique.
Pendant longtemps l’homme n’eut d'autre agent que le feu pour travailler sur les métaux, qu’il lui fallait péniblement extraire du sein de la terre où ils se trouvaient enfouis. Quand l'électricité lui fut connue, il s’en servit non-seulement pour agir sur eux, mais pour les retirer de sels dans lesquels ils étaient répandus en proportion très-minime : de là est née la galvanoplastie ; depuis ce jour la dorure et l’argenture a presque partout remplacé l'usage des ustensiles en or et en argent ; le perfectionnement apporté à
ces procédés par M. Roseleur, et exposé dans ce kiosque, mérite une attention toute spéciale. Comme on le sait, les objets que l'on veut recouvrir d'une couche de métal précieux sont plongés dans une dissolution saline où le métal est combiné. et d’où l'électricité se retire pour faire le dépôt, et sont laissés plus ou moins de temps selon l’épaisseur qu’on veut donner à la couche. Ordinairement on avait l'habitude, pendant le cours de l’opération, de sortir les objets du bain, de les peser pour voir s’ils avaient reçu la quantité voulue, puis de les y remettre, ce qui nuisait souvent à la netteté de placage. L'appareil inventé par M. Roseleur vient remédier à cet inconvénient. Il a imaginé une balance dans laquelle il met d’un côté les objets, de Pautre le poids de ces objets, plus celui qu’on veut leur donner en supplément. Une fois cette limite atteinte, la balance fait bascule, l'aiguille qui mettait les deux courants électriques en communication revient à l’air libre, et l'opération est terminée avec une précision mathématique. Tous les visiteurs vont voir fonctionner cette machine qui est un réel progrès dans un art appelé à bien d’autres perfectionnements.
Le Carillon.
À chaque heure du jour les habitants de la Flandre sont agréableblement surpris par le carillon, qui leur apporte comme un souvenir du pays natal. Dans ce clocher, qui n’a que quelques mètres d’élévaton, se trouvent quarante-trois cloches, formant quatre octaves. Sur un énorme cylindre, mis en mouvement par un simple mécanisme d'horloge, sont des pointes soulèvent tour à tour le marteau des diverses cloches et produisent les airs que l’on entend toutes les fois que sonne l’heure. La marche de la reine Hortense et le chœur de la Dame Blanche, sonnez cors et musettes! sont les seuls airs qui soient encore pointés. Ce carillon fabriqué en France, est destiné à la cathédrale de Buffalo en Amérique, ce pays qui a tout, à la fois le raffinement des nations civilisées, et le goût des peuples enfants.
La Tour en ruines.
La tour en ruines qui se trouve tout à côté est le Château-d'Eau de l’Exposition : c’estelle qui alimente les nombreuses machines à vapeur qui fonctionnent dans la partie basse du Champ de Mars. L'intérieur de la tour renferme un réservoir en tôle de quatre mètres de diamètre sur cinq de hauteur, lequel est alimenté par les pompes puissantes situées sous les hangars du quai d'Orsay, et par les curieuses machines du Friedland.
Manutention civile et militaire.
L’admiration est une fort belle chose sans doute, mais elle ne aurait suffire même aux visiteurs les plus romanesques; aussi
n’est-on pas fâché de trouver sur sa route la boulangerie à la vapeur, qui fabrique des pains si Da Là aussi la machine à remplacé l’homme dans Le travail matériel et pénible ; c’est elle qui pétrit le pain; l’ouvrier n’a plus qu'à le mettre au four et à l’entirer pour satisfaire à ceux qui tendent la main, désirant goûter ce pain qu’ils viennent de voir faire sous leurs yeux. Dans cet ingénieux appareil, la chaleur perdue ordinairement est utilisée, ele sert à produire la vapeur qui met en mouvement les machines destinées à pétrir le pain.
Tout près de là, sur la porte d’un vaste pavillon, mais modes te d'apparence, on lit ce simple nom :
Le Creusot.
Voilà un rom qui est devenu l’orgueil de notre industrie métallurgique. Il faut entendre lintonation d'un Français qui prononce Creusot, surtout en face de l'Angleterre. Depuis que la puissante et active compagnie a triomphé si vaillamment des épreuves du libre échange et qu’elle est parvenue à exporter ses travaux non-seulement en Suisse et en Allemagne, mais même au delà de la Manche, son prestige nous fait un peu oublier les efforts de ses rivales. Aussi trouve-t-on naturel que le Creusot occupe à lui seul un bâtiment, et l’on s’empresse d’y chercher les témoignages de sa prospérité.
On est frappé dès l'entrée par la vue d’une immense machine, d’une force nominale de 950 chevaux. Du haut d’une plate-forme, le visiteur peut voir l’étonnante dimension des pièces d’acier qui doivent faire mouvoir les roues du navire cuirassé l'Océan. Il faut avoir foi dans notre siècle, pour ne point s’émerveiller qu’une pareille machine soit destinée à se balancer comme une plume à la surface de l’eau.
Une autre belle machine, exposée dans ce pavillon, peut passer pour une des merveilles de l'industrie nationale. C’est une locomotive express, commandée pour le chemin de fer de Great- Eastern anglais. Elle pèse 29 000 kilogrammes ; elle peut parcourir 90 kilomètres à l’heure, en trainant 27 wagons. Le diamètre de la roue motrice est de 2 mètres 20 centimètres. Vingt locomotives semblables sont, dit-on, sorties des mêmes ateliers pour la même destination.
Des plans en relief font connaître sur quels gisements houillers est établi le Creusot; comment sont disposées les mines, et de quelles constructions se composent les forges et les hauts fourneaux.
Le long des murs sont appendus des tableaux qui attestent la gloire du Creusot : ils représentent les principales constructions dont il a fourni les éléments : le pont tournant de Brest, en 1860 ;
le nouveau pont de Fribourg, en 1859; le pont de fonte jeté en 1866 sur la rivière El-Cinca.
Nous aurons le secret de cette puissance productive si nous ne laissons pas inaperçue la collection des travaux scolaires qui prouvent que l'instruction des ouvriers est à l’ordre du jour dans cette usine. Ces programmes d’études, ces cahiers d’arithmétique, de géométrie et de dessin, ces spécimens d'écriture et d'analyse grammaticale sont plus que des signes d'intelligence dans cette population, ce sont les prophètes de l’avenir qui lui est réservé.