‹ Les curiosités de l'Exposition universelle de 1867Chapitre 4 sur 174 · DISTRIBUTION ET CLASSEMENT · texte numérisé non relu

DISTRIBUTION ET CLASSEMENT

d’abord que les diamants de la couronne seraient abrités, mais qui, pour être privé de ces précieux hôtes, n'en sera pas moins visité avec intérêt. C’est une des conceptions les plus originales des organisateurs de l'Exposition. (Voir pages 11 et 176.)

Distribution du Palais.

On entre dans le Palais par seize portes. Quatre d’entre elles correspondent aux extrémités de deux grandes voies transversales, disposées en croix, l’une suivant la longueur, l’autre suivant la largeur de l’édifice. L'entrée principale ou porte d'honneur fait face au pont d’Iéna. Les autres portes donnent accès dans des voies intermédiaires qui traversent également le Palais de la circonférence au jardin central, irradiées comme les rais d’une roue, comme les rayons d’un soleil, comme les palettes d'un éventail. Elles ont une longueur de 110 mètres. On donne à ces voies le nom de Rues et chacune porte le nom d’un pays (Rue de Flandres, rue d'Afrique, rue de Belgique, ete.). La plus spacieuse, dite le Grand vestibule, où l’on pénètre par la porte d'honneur, mésure 25 mètres de large sur une partie de son parcours, 15 mètres ensuite.

Entre le promenoir extérieur et le jardin central, s’échelonnent sept nefs circulaires formant des anneaux concentriques, enveloppées l’une par l’autre et nt le circuit du Pälais. On appelle ces nefs des Galeries. L'une d’elles abrite à la fois par un véritable cumul une double voie, ce qui donne pour ces voies longitudinales un total de huit, elles croisent forcément les rues transversales; ainsi se complète le système de circulation intérieure qui offre de la sorte aux visiteurs la faculté de parcourir successivement le Palais dans toutes les directions, soit circulaires soit rayonnantes.

Le grand avantage de cette distribution du Palais a été de pouvoir inaugurer un classement des produits exposés plus rationnel, plus méthodique, plus commode qu’à aucune des expositions précédentes. Se souvient-on combien il était difficile de se reconnaître dans l’inextricable labyrinthe du palais de 1862? A tout moment interrompu dans ses recherches, on ne parvenait ni à saisir l’ensemble de la production d’un pays, ni à suivre la série des diverses nations relativement à un même produit. Cette année, rien de plus simple. Les rues transversales laissent entre elles un intervalle ou secteur auquel elles servent de frontières. Chacune des nations exposantes prend pour son territoire un ou plusieurs de ces secteurs, ou bien simplement une subdivision, mais toujours dansle même sens, c’est-à-dire transversalement. Ceux donc qui, entrant par une des seize portes, iront directement au jardin central, puis reviendront au dehors, pour retourner encore par un perpétuel lacet au jardin central, auront parcouru territoire par territoire chaque nation à tour de rôle.

Tandis que la ligne transversale nous promène dans les installa-

tions d’un même pays, chacune des lignes longitudinales au contraire, affectée à un genre unique de produits, nous fait passer en revue successivement les expositions similaires de tous les pays.

Telle est cette double division, dont on a tant parlé, par natio nalités dans un sens, par spécialités dans l’autre ; permettant au choix, l’une les études ethnographiques, l’autre les recherches technologiques ; présentant ainsi les avantages de deux sortes d'expositions en une seule, les expositions collectives et les expositions successives : un classement en un mot tel que l’eût rêvé Pythagore, l'inventeur très-illustre de la très-ingénieuse table de multiplication. On remarquera du reste qu'il y a analogie ; c’est la disposition même de cette table à double parcours qu’on a reproduite en l’adaptant à la forme arrondie de l'édifice.

Grâce à cette combinaison dont tout l'honneur revient à M. Le Play et qui est bien de l’aveu de tous l'innovation fondamentale de cette année, le visiteur peut facilement embrasser d’un coup d'œil l'importance industrielle et la richesse de tout un pays. Il peut aussi en continuant sa route le long des zones concentriques comparer entre elles les forces productives des différentes nations dans tel genre donné. Chacune de ces zones contenant un groupe particulier de produits, il pourra consacrer telle promenade à l’6 tude des machines, telle autre à l’étude des Beaux-Arts. Est-il dans la galerie du vêtement ou dans celle du mobilier, et veut-il savoir comment s’habillent les Russes, les Esquimaux, les Mexicains, les Chinois ? de quels meubles, de quelles tentures on fait usage en Norvége, en Turquie, au Japon, en Égypte ? qu'il suive toujours la même galerie. En quittant la France, il entrera dans les Pays-Bas, puis en Belgique, puis en Prusse et dans les divers États allemands ‘ : les distances géographiques ne sont pas observées. En quelques instants il sera parmi ces peuples orientaux, chez qui tout vise à l’éclat extérieur, et qui ont, comme le disait à ce propos M. Wolowski, « l’art de cacher leur misère intellectuelle et matérielle sous le clinquant des oripeaux, » ou parmi ces peuples de lInde, amoureux des riches tissus, des broderies, des ciselures et des vivescouleurs, mais naïfs etgrossiers artistes mettant à la place du beau qu'ils ignorent les fantaisies d’une admirable imagination. 11 y a loin de leur informe céramique aux beaux modelés de notre porcelaine de Sèvres. Mais c’est triompher à trop bon compte. Les Italiens, les Anglais ne sont pas loin... En continuant ainsi nous revenons à la France notre point de départ, d’où nous pouvons entreprendre une nouvelle excursion pour un autre genre de produits.

Une pensée philosophique a présidé à l’ordonnance générale du Palais. À mesure qu’on s'approche du centre, les produits passent graduellement ie ovtte matériel à l’ordre intellectuel. Ce qu’on

1. Voir à la Table, l’ordre suivant lequel sont rangés les pays.

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