FRANCE. — L’ASCENSEUR. 'E
qu’à vous de goûter les produits que vous venez de voir fabriquer et emmagasiner, et une dame de comptoir au sourire très-gracieux, vous tend d’une main une pastille qu'il vous est permis de prendre, de l’autre un sac qu’il vous est recommandé d'acheter.
Les machines de M. Hermann valent bien la peine cependant qu’on les regarde aussi triturer le cacao et le transformer en chocolat. L'importance de l’exposition de ce constructeur dit assez quel développement a pris la préparation d’un aliment aussi agréable que sain. La science est venue prêter son concours à la gourman-
ise, ainsi que l’en accusent les bassines à faire mécaniquement les dragées de M. Jacquin, mais le visiteur le lui pardonnera en faveur de l’excellence des produits. Si l’on craignait que le sucre manquât pour cette fabrication, on serait rassuré, en remarquant à côté les énormes appareils de sucrerie de M. Cail.
Mais passons, et traversons rapidement la classe 48, en cunsta- ‘ant seulement que nos constructeurs d'instruments agricoles ont beaucoup progressé depuis dix ans, et que la collection qu’ils:ont réunie sera vue avec intérêt par les hommes spéciaux.
Une gigantesque charpente métallique où se meut une cage élégante en fer ouvragé, frappe maintenant nos yeux. C’est l’ascenseur qu’on appelle aussi le monte-charge de M. Edoux. Dix personnes peuvent prendre place sur une plate-forme entourée d’une balustrade; le signal est donné, un robinet est ouvert, à l’instant un piston en fer, obéissant à une pression hydraulique, sort de son corps de pompe comme d’une gaine, et soulève la plate-forme, entrainant les voyageurs en moins de deux minutes et sans secousse jusqu’au faite de la galerie, c’est-à-dire à 25 mètres au-dessus du sol. À mesure que vous monterez, étranges seront vos sensations ; il vous semblera que tous les objets se dérobent sous vos pieds; mais bien plus étrange encore la vue qui s’offrira à vous du haut du toit. C’est d’abord le bâtiment même de l’Exposition, immense carapace de fer et de verre; puis c’est le vaste panorama de Paris avec ses monuments, ses flèches, ses dômes et Les collines environnantes à demi effacées par une brume lointaine. Si de semblables appareils, construits à l'instar de ceux qui existent depuis longues années dans les grands hôtels de l'Angleterre et des £tats-Unis, remplaçaient partout nos escaliers si pénibles à gravir, chacun voudrait chercher, aux étages supérieurs, le grand air et les perspectives agréables qui manquent ordinairement aux appartements confortables.
Redescendons au niveau commun, et traversons les modèles de ponts, de phares, etc., exposés par le ministère destravaux publics, et qui témoignent du degré avancé où est arrivé l’art de l'ingénieur. On peut y remarquer un plan en relief du canal Saint-Louis qui va faire de l’étang de Berre un port inviolable et très-commode pour la marine militaire. Ne passons pas non plus sans regarder une carte de France, sur laquelle sont plantées des épingles, re-
liées par des fils : ces épingles sont des stations télégraphiques, et cette sorte de toile d’araignée, c’est le réseau des communications télégraphiques exécuté depuis quinze ans, qui grandit chaque jour et envahit l’Europe, en détruisant les distances, enrapprochant les peuples, en créant les bases d’une paix générale. Ceux que la question de la télégraphie électrique intéresse, trouveront largement de quoi rassasier leur curiosité. Les appareils sont nombreux, deuis ceux qui doivent porter les dépêches d’un bout de l’univers à ’autre jusqu’à ceux plus modestes qui ne sortent pas de la maison ou du salon. On s'arrêtera avec étonnement devant le pantélégraphe Caselli, et l'on admirera la précision avec laquelle il reproduit, à distance, une signature, un dessin quelconque : c’est la téléautographie.
L'exposition du matériel naval n’est vraiment complète que dans l'annexe établie sur la berge, et c’est là qu’il faut aller l’examiner. Celle des wagons français nous révèle trop l'indifférence des Compagnies pour les voyageurs qu’elles transportent un peu trop à la manière de colis; quelques améliorations ont cependant été introduites dans les compartiments de 2° et 3° classe, sans compter l'innovation présentée par la Compagnie de l'Est qui ajoute un second étage à ses wagons!
Quant aux locomotives, elles frappent vivement l'imagination par Jeurs dimensions et le soin apporté à leur construction, mais il faut une étude sérieuse pour pouvoir apprécier leurs qualités. Pressons donc notre visite et arrivons à la classe 47.
Nous y trouverons le matériel de l'exploitation des mines, trop peu connu et si digne d'intérêt. Il faut les grandes machines d’extraction comme celle que M. Quillacq a construite pour la Compagnie de Béthune, pour aller chercher à des profondeurs qui, aujourd’hui, atteignent souvent un kilomètre, cette houille qu’on a si justement appelée le pain de l’industrie. Les efforts les plus louables ont été faits pour diminuer les dangers inhérents à la profession du mineur, mais il succombe encore trop souvent dans sa lutte contre tous les éléments réunis. Si le temps ne manquait, nous aurions examiné les modèles assez complets qui existent. Contentonsnous de voir fonctionner le perforateur de M. de la Roche-Tolay, qui, actionné par un moteur à pression d’eau, creuse rapidement des trous de mine dans une roche de moyenne dureté. Tout à côté, le marteau-pilon de M. Schmerber offre un élégant spécimen de l’une des machines qui ont le plus contribué au progrès de la fabrication du fer; telle est la sûreté du fonctionnement et la précision de cet appareil que les mécaniciens aiment à faire voir au public qu’ils peuvent, avec un marteau pesant souvent plusieurs milliers de kilogrammes, casser une noisette sans l’écraser ou enfoncer un bouchon dans le goulot d’une bouteille.
Un coup d’æil suffit pour la carrosserie, la bourrellerie et la sellerie. I1 y a là plus de déploiement de luxe que d’esprit d’innova-