‹ Les curiosités de l'Exposition universelle de 1867Chapitre 48 sur 174 · FRANCE. — TRAVAUX USUELS · texte numérisé non relu

FRANCE. — TRAVAUX USUELS

Viennent ensuite une foule de petites industries toutes très-simples, mais toutes curieuses parce quelles ne sont guère connues que de ceux qui les pratiquent. Ici ce sont les machines à coudre, au mouvement précipité, aux formes variées et propres à toutes sortes d'ouvrages ; bientôt elles seront si multipliées que les aiguilles seront des raretés, et qu’on donnera en cadeau à une femme une machine à coudre comme aujourd'hui on lui donne un dé ou un nécessaire. Là, on voit fabriquer les perles, armure de la coquetterie à bon marché. Un peu d’écaille de poisson mise à l’intérieur de globules de verre agités très-vivement par une machine sur une surface horizontale, et vous avez ces parures à la portée de toutes les bourses, et qu’on rencontre aussi bien dans le salon que dans l’antichambre. Les bijoutiers verront-ils de bon œil une exhibition qui dévoile ainsi le secret de leur métier ; et qui met à jour le peu de valeur des objets qu’ils vendent si cher ? je crois qu’ils sont sans crainte aucune ; ils savent bien qu’ils s’adressent à la coquetterie féminine, passion que les leçons de l’expérience ont toujours été impuissantes à guérir. Plus loin c’estle cristal, dont on montre la taille et l’ornementation. Un petit cylindre mis en mouvement, entame le verre qui lui est présenté, et imprime tous les dessins qu’imagine la fantaisie de l'artiste. Tout auprès, une fleuriste, un bâton d’émail à la main, le présente à une flamme ardente, le tord, l’aflonge et le transforme en fleurs qui vont servir de parure aux chapeaux de femme et à mille autres objets. Les fleurs ordinaires sont voisines; un peu de gomme, une tige de fil de fer, et les reines de nos jardins ont trouvé des rivales. Les fabriques de bois sculpté, de pipes et de porte-monnaie fournissent aussi l’occasion de voir en pratique des procédés intéressants.

Deux graveurs de camée travaillent aussi sous les yeux du public ; en les voyant on se croit transporté à Naples, sur le quai de Sainte-Lueie, où de nombreux ouvriers derrière leurs vitrines taillent la lave du Vésuve, et lui donnent les formes antiques les plus gracieuses.

Les ouvrières en dentelles de Bayeux sont également là, entremêlant leur fil sur leur métier que de longues épingles transforment en véritable échiquier. La composition typographique n’excite pas moins vivement la curiosité : la presse est comme la langue, qu'Ésope définissait la meilleure et la pire des choses. Aussi la foule est-elle toujours très-grande autour des ouvrières qui tour à tour composent, corrigent et impriment; tandis que tout près une machine fabrique des caractères d'imprimerie. Il est bon de signaler l'initiative de l'imprimerie Paul Dupont dans l’emploi des femmes : c’est leur ouvrir une nouvelle industrie.

Bijoux faux.

Le public voit aussi fabriquer en quelques instants des bijoux faux, tels que clefs de montre, bagues, épingles, boutons de manchettes, qui coûtent seulement un franc ou 50 centimes. Quoique ce ne soient pas, on l’avouera, des bijoux de prix, l'or n’y est pas complétement étranger ; il est représenté par une feuille, très-mince sans doute, appliquée sur cuivre; sa solidité est assez grande pour résister à un long frottement. Il n’est donc pas tout à fait exact de dire que ce soit de la bijouterie fausse, c’est plutôt de la bijouterie pour tous.

Est-on curieux d’assister à la toilette de ce cuivre qui va se draper dans l’or, comme uu bourgeois-gentilhomme. Le vêtement métallique dépasse en finesse les plus fines batistes. On le taille d’abord dans une feuille épaisse tout juste de cinq millièmes. L’ouvrier qui la tient dans la main la fait trembler comme une frêle mousseline. Il l’ajuste sur une plaque de cuivre d’un centimètre d’épaisseur. Puis, au moyen d’une pression à chaud, habillement et habillé prennent une adhérence qui les rend inséparables. C’est dans cet état qu’on les comprime et qu’on les mincit encore en les faisant passer sous un laminoir. Le ruban métallique qui sort de là se découpe et reçoit les contours, les reliefs, les empreintes qu’on veut lui donner au moyen d’un estampage mécanique. Le bijou est fait.

Fabrication de chapeaux de feutre.

Il y a habituellement foule autour du carré où se confectionnent les chapeaux de feutre. C’est en petit la reproduction de tout le travail d’un immense atelier. Ce qu’on voit faire ici par pones ouvriers qui en cinquante minutes transforment du poil de lapin en un Chapeau que le visiteur peut mettre sur sa tête, occupe dans l’usine à vapeur de M. Haas à Aix un vaste espace et des centaines de travailleurs. 11 y a une très-curieuse alliance du travail mécanique et du travail manuel.

Dans toutes les opérations, soit celles qui préparent, soit celles qui perfectionnent, on retrouve face à face deux par deux ces inséparables collaborateurs, l’homme et la machine. Ici c’est l’homme qui livre à une machine, nommée bastisseuse, la quantité de poil de lapin qu’elle doit démêler. Ce poil très-divisé par elle, tombe comme en vertu d’un aimant, attiré par une puissante aspiration sur une cloche en cuivre tournant rapidement sur un pivot. Cette cloche a aussi, elle, son compagnon de travail; à mesure que la machine aspire la pluie de bourre, l’homme a le soin d'en étendre et d’en égaliser les couches sur toute la surface circulaire. Puis on la coiffe d’une autre cloche et d’une toile mouillée et l’on plonge le tout dans une cuve d’eau bouillante. Au sortir de ses enveloppes le

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