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GALERIE FRANÇAISE DU MOBILIER

Les meubles de luxe.

L'art est tellement le maître chez nous qu’il nous fait souvent oublier le confortable. Que de meubles on aime regarder dont on n’aimerait point se servir ! C'était surtout le défaut des dernières expositions. On nous donnait des chaises, des fauteuils à nervures plus ou moins gothiques qui semblaient prêtes à défoncer tous les dos. On nous donnait des dressoirs, des bahuts tellement garnis de bas-reliefs et de statues qu'il fallait renoncer à les ouvrir ; d'immenses bibliothèques où 1l n’y avait place que pour une dizaine de volumes.

Aujourd’hui l’art domine encore, mais moins brutalement, ce ne sont plus ces grosses guirlandes massives, ces corniches accentuées, ces statues monumentales; mais il s’en faut que nous soyons arrivés à un confortable parfait. Le style nous gêne, car on veut absoiument un style DATANT et cette année la mode est au style pompéien, au style étrusque, au style égyptien, toutes sortes de styles peu faits pour nous.

tant dit que nous devons en passer par là, mieux vaut encore l'antiquité que ce moyen âge ou cette renaissance dont nous avons tant abusé les années précédentes. Le genre pompéien permet au moins la légèreté des ornements, sinon des meubles, ces lignes

sobres, ces fleurons accompagnés d’un trait léger et d’un feuillage sans profusion ont peut-être aussi le tort de nous rendre esclaves d’une manie d'imitation, et de placer chez nous plutôt de l’archéologie que du bien-être; mais enfin l’aspect en est harmonieux. C'est beaucoup dans un meuble d’érudition.

En dehors de ces pastiches qui tuent l’art national, en dehors de ces modèles déterrés dans les fouilles des villes mortes, il en est d’autres qui accusent une réminiscence plus moderne, un retour à l’art florentin.

Le beau meuble de la collection Sauvageot au musée de Cluny a été pour beaucoup dans ce caprice. De tous côtés on a voulu de ces bahuts à colonnettes d’ébène, à incrustations de marbres, de mosaïques et d'ivoire, à compartiments secrets, ouvragés à l'infini, cachettes mystérieuses qui ont pour les dames d’irrésistibles séductions. Lemoine a dans son exposition sur le grand Vestibule un meuble de ce genre, un beau bahut bibliothèque en poirier peint en noir. Obtenez de lui qu’il vous montre l’intérieur, ici des cases à bijoux, là des tiroirs à médailles. A l’extérieur le meuble se pare de très-beaux émaux de Charlot.

Sous le dais voisin, dans le grand Vestibule aussi, l'exposition de Roudillon. En évidence par sa position, elle est forcément remarquée et mérite de l'être; elle fait honneur au goût français. Ce n’est pas seulement de l’ébénisterie, c’est tout ce qui se rattache à l’art décoratif, les tapisseries, un lit à baldaquins d’une couleur difficile et très-harmonieusement composé de satin et de velours, un sofa, un délicieux paravent à panneaux de glaces, à soubassement brodé. Il y.a dans toutes ces compositions une élégance qui s'arrête juste à temps devant les surcharges et l’outrecuidance du luxe.

Un très-beau meuble de Fourdinois rappelle un des grands renoms de l’exposition de Londres. Tout le monde a parlé en 1851 du meuble Fourdinois. Réputation oblige; une œuvre vulgaire ne pouvait pas sortir de ses ateliers. Son bahut aux fines sculptures, aux heureuses combinaisons de couleurs, est aux yeux des connaisseurs une œuvre d'art, dans la force du terme. On remarque aussi un lit à dôme et à baldaquins d’une grande richesse.

Le mobilier français mérite qu’on en parle ; il tient toujours la tête au milieu de tous les efforts des nations rivales. Mais son exposition est très-vaste, et c’est forcément avec la crainte d’être injustes, que nous citons au hasard quelques noms des plus remarqués. Notre excuse, si nous en oublions, est dans ceci : Nous ne faisons en ce moment œuvre de jurés, ni de critiques; nous suivons simplement la foule.

Elle s'arrête devant Allard et Chopin, nous nous y arrêterons aussi. D'ailleurs il est difficile de ne point noter leur charmante console en noyer d'Amérique, destinée par malheur à être enduite de vernis ou de dorures. Deux statuettes de femmes forment les

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