MEUBLES DE LUXE. — ONYX
supports, au-dessous de la tablette une sorte de nid de fleurs où jouent deux amours. Tout le meuble est enlacé de guirlandes d’une légèreté exquise, lair circule sous chaque pétale, sous chaque pistil. C’est d’un fini qui fait l'étonnement de tous.
A côté, un dressoir moins remarquable par lui-même que par les admirables faïences qu’il encadre, surtout deux paysages peints sur émail par Michel Bouquet.
En face : Guéret frères, très-remarqués pour leurs sculptures en bois. Dans leur installation se dressent deux pages, porte-flambeaux, d’une bonne attitude ; en bois de noyer, mais vivants et palpitants sous leur dalmatique fleurdelisée.
Loremy et Grisey, qui se font remarquer par un bel encadrement de glace, distribuent aux visiteurs une brochure intéressante : Du style dans la décoration intérieure des habitations.
Leglas-Maurice aussi a, mais dans de moindres dimensions, un beau cadre de glace, genre vénitien.
Tant de noms s'offrent en même temps à nos souvenirs : Racault et Ce , Pecquereau, Mercier, Gallais, Brun, Grohé....
Grohé a exposé : un bahut noir incrusté de lapis-lazuli et de marbres de couleurs, — un autre bahut d’un style tout différent, enguirlandé et même surchargé de cuivre doré. Les battants sont formés d'’imitations des laques japonaises. L'intérêt qu'excite ce meuble est redoublé par cette indication : « commandé par S. M. l'Impératrice. »
Si le style Louis XVI était près de tomber en discrédit, Beurdeley le réhabiliterait.
De Gallais nous citerons une jolie armoire en bois peint en blanc.
Barbizet, le faïencier, est près de nous. Son dressoir en bois de chêne, parsemé de faïences en relief est très-discuté. Ces faïences dites Bernard de Palissy, parce qu’elles contiennent des poissons et des écrevisses, ont letort, selonles uns, de produire par la crudité des tons un effet discordant. Au dire des autres, c’est une heureuse idée d’avoir marié ainsi l’art céramique et l’ébénisterie. Maisle tout n’est pas de marier, ne faut-il pas que les époux fassent bon ménage? On
eut visiter ce dressoir comme un des spécimens qui font ressortir e plus vivement l’avantage ou l'inconvénient des applications de la poterie à l'architecture des meubles.
Nous voici devant la fameuse estrade des onyx d'Algérie, exposés par Viot et Ce. D'abord (évitez doncd être séduits !), une rangée de divinités esclaves, chargées de porter des flambeaux et une horloge; elles ont des chairs d'argent, la tunique ou peplum en marbre blanc rayé de brun, les ornements en or. Du haut de l'horloge à cadran bleu, que deux d’entre elles soutiennent, un amour décoche ses flèches sur les visiteurs, tous, jeunes et vieux, touchés de l'attention et déjà gagnés à MM. Viot et Ce. Reste à voir la suite : deux singuliers meubles formés de têtes d’éléphants; les trompes
servent de pieds à des vases de marbre, et disparaissent sous des feuillages en émaux cloisonnés. — Puis des coupes de toutes sortes, même des vasques de fontaines, en onyx, des coffrets en onyx aux ciselures dorées et émaillées. Enfin derrière l’estrade une de ces statues-horloges en vogue qui tiennent suspendu à leur main un globe bleu semé d’or qui tourne poussé par une aiguille.
Cristallerie française.
Le miroitement qui éblouit quand on passe devant le féerique étalage des cristaux de Baccarat, et des autres fabriques de la Meurthe ou de la Moselle, ces transparences infinies, ces éclats de lumière scintillante, ces feux croisés des prismes, ces vives couleurs d’arc-en-ciel, et au milieu de toute cette magie, le soleil qui se joue et qui rit à travers les mille reflets des lustres, des candélabres, des gobelets et des flacons, nous empêchent peut-être de juger sainement du mérite de la cristallerie. Mais l’œil s’y entaille, pour ainsi dire; il se déchire à tous les angles aigus de ces découpures multipliées. Le verre fondu qui s’entremêle çà et là en festons verts ou rouges aux caprices du cristal est loin d’y remplir un rôle harmonieux et artistique. Certes, il y a là des merveilles, des prodiges de travail et d'invention. L’utile à foison; mais l'art? mais le goût? Ce sont des absents que nous ne pouvons oublier. Sans doute, ils font leur possible pour être de la fête. Mais que peuvent pour eux ces froides matières aux roides contours? Les plus beaux modèles confiés au cristal deviennent affreux. Voyez l'effet que produisent des fijures humaines, quand elles deviennent transparestes? Et les fleurs, les feuiliases, ces grandes ressources de l’ornementation. Les fleurs s’alourdissent, les feuilles s’épaississent, les amours, les nymphes, les bergers, au travers desquels on voit le jour, semblent de glace et prêts à se fondre. Et c’est inévitable. On ne peut donc pas prévoir que l'art se réconcilie jamais avec le cristal, ou plutôt il y sera voué éternellement à l'unique recherche de la forme. Il se réfugiera dans l’harmonie des lisnes, dans la proportion, dans l'élégance des courbes ; c’est par là justement que nous pouvons louer la cristallerie française.
Il est un point cependant où l’art se retrouve avec toutes ses franchises, c’est dans la ciselure du cristal. On verra des sujets
avés ou taillés avec une rare finesse sur les minces parois des
acons, et qui valent des bijoux. Mais on en voit aussi, et de meilleurs, chez les Anglais.
Enfin il faut encore faire exception pour les verres émaillés, les verres opaques coloriés, les vitraux. La peinture y produit des chefs-d'œuvre.
Disons de suite ce que tout le monde regarde dans les deux salons de la cristallerie française, qu’on prendrait pour les palais de diamants des Mille et une Nuits. Des vases égyptiens, à supports