TRAVAUX ACCESSOIRES. — SERVICE DES EAUX
d’eau, dissimulé d’une manière pittoresque sous l’apparence d’une tour en ruines, soit dans le lac où se mire le grand phare. A elles se joint l’énorme machine du Friedland, que nous visiterons dans notre promenade sur la berge (p. 28).
Ces pompes et cette machine ne desservent que la partie basse du Champ de Mars. C’est la ville de Paris qui fournit ce qu’on appelle le service haut. Le réservoir des eaux de la ville étantsitué au Trocadero, à 35 mètres au-dessus du sol qu’elles doivent approvisionner, ces eaux descendent et arrivent avec une force qui leur permettrait de monter jusqu’à la toiture du Palais. On peut juger de leur impulsion par le mouvement qu’elles communiquent à un ascenseur, plateau mobile, qui amène les visiteurs jusqu’au sommet de la plus haute galerie (voir p. 71).
La communication avec le réservoir du Trocadéro se fait par une conduite de 0,35, placée sous le trottoir du pontd’Iéna, et traversant le Palais dans sa longueur. Là des embranchements entourent la conduite et figurent sous le jardin central une étoile à seize rayons; chacun d’eux correspond à l’une des rues transversales et aboutit sous la grande galerie à un tuyau circulaire placé le long d’un souterrain que nous connaissons déjà : celui de l’aérage. Ainsi on a utilisé pour le pourtour du Palais les voies creusées pour le ventilateur.
Quant au Parc il est labouré en tous sens par un réseau de canalisation, adapté soit au service bas, soit au service haut. Le public ne voit rien de ces travaux inouïs, qui ont eu le premier mérite de ne point effrayer les ingénieurs par la difficulté, ni les organisateurs par la dépense (une dépense d’environ 200 000 fr.). Il ne se doute pas que partout sur son passage il foule un sol rempli à grand’peine d’excavations qui seraient à elles seules, si elles étaient visibles, une des curiosités du Champ de Mars.
L'écoulement des eaux.
Une autre difficulté vaincue que le public ne soupçonne même pas. Le Champ de Mars était un marais autrefois. Hier encore on pouvait remarquer qu’en temps de pluie l’eau y séjournait presque sans écoulement et formait volontiers des flaques abusives. C’est que le sol superficiel repose sur une couche de glaise. Dans le bas surtout l’eau, retenue par cette nappe imperméable, restait accumulée au point qu’il aurait fallu de véritables travaux de drainage pour dessécher cette partie du sol. Qu’a-t-on fait? Dans l’impossibilité de chasser l’eau, on lui a donné un rôle pour l’embellissement du Parc. Ce creux, tapissé de terre glaise, on l’a transformé en bassin, en lac même. C’est ce lac qui est chargé de représenter la mer au pied du grand phare.
L'éclairage.
Après la circulation de l’eau, celle du gaz. Elles se font parallèment dans le Champ de Mars. La vie se distribue à cet immense corps par des artères de fonte ramifiées côte à côte, les unes transportant l’eau, les antres le gaz. Nous savons par quels poumons wvigoureux l’eau est lancée dans ce labyrinthe de canaux entre-croisés. Quant au gaz, il arrive au Parc par une énorme conduite d’un demimètre de large, que les usines de Grenelle se chargent d’alimenter. Deux compteurs pouvant entretenir dix mille becs à la fois mesurent la quantité reçue; et le gaz se répand ensuite par des tuyaux souterrains partout où l’appelle la lumière. Mais il n’entre pas dans les galeries du Palais qui restent toute la nuit silencieuses et obscures. Il n’est pas moins entraîné à un voyage de longue haleine. Sa canalisation ayant 6000 mètres de long, ses embranchements en plomb mesurant 5000 mètres, il est telle molécule du fluide, qui a pu parcourir près de trois lieues avant d’arriver au bec qui l'attend.
Les moteurs à vapeur.
Les machines exposées sont mises en mouvement par divers appareils moteurs, distribués de distance en distance, dans ce vaste pourtour. Ces appareils constituent eux-mêmes une exposition au profit de leurs constructeurs respectifs. Les arbres de couche destinés à transmettre l’action de ces appareils, longent la plate-forme centrale. Ces arbres de couche jouent le rôle de poulies; ils communiquent leur mouvement de rotation par l’mtermédiaire de courroies, aux rouages de chaque machine.
Les générateurs à vapeur sont installés dans le Parc dans des constructions qui se signalent à l'attention par leurs hautes cheminées.
Service intérieur de l'Exposition.
Le service intérieur de l'Exposition est fait par 553 sergents de ville, 52 agents du service secret, 29 brigadiers et 110 gardes de Paris. Durant la nuit, outre les gardes placées aux quatre grandes portes qui restent seules ouvertes, il y en a auprès de tous les ob- Fe de valeur importante, et une ronde de 100 gardes munis de
anternes sourdes parcourt les diverses allées du Palais pendant toute la durée de la nuït.
DISTRACTIONS ET RAFRAICHISSEMENTS.
Si la visite d’un musée ordinaire passe avec raison pour être fatigante; que doit-on dire de celle de l'Exposition, qui occupe la toté du Champ de Mars? Quels seraient les jarrets assez solides pour parcourir, sans se lasser, ces bongues et immenses galeries, dont une seule, celle des machines, ne mesure pas moins de douze cents mètres? Quel serait le cerveau assez fort pour résister à la simple inspection de tant d'objets divers accumulés sur un même point? Aussi une excursion à l'Exposition, c’est-à-dire un véritable voyage à l’une des extrémités de Paris, n’était possible qu’autant que le visiteur pourrait y demeurer toute la journée, y trouver toutes les facilités, toutes les distractions même qu’il rencontre dans l’intérieur de la ville. C’est ce que la Commission a compris, et c’est pour cela qu’elle s’est prêtée aux offres que les industriels de tout genre sont venus lui faire. On la blâmée d’abord d’avoir accordé une si large place aux cafés, aux restaurants, qui occupent presque toute la partie extérieure du palais, sur une longueur d’un kilomètre et demi, mais expérience lui a donné raison quand on a vu nombre de visiteurs altérés chercher en vain une place parmi ces milliers de tables dressées le long du promenoir.
L’'Exposition est un monde où la nécessité de vivre, et le désir de vivre agréablement se font sentir comme ailleurs et sont traités en convives obligés, avec tous les égards dus à leur importance.
Avez-vous faim, soif? voilà des cafés, des restaurants par centaines. Voulez-vous un habit, un chapeau, des souliers, vous n’avez qu'à parler et l’objet demandé, fabriqué devant vous, est mis à votre disposition. Vous plait-il de jouer à la Bourse tout en parcourant les galeries, un bureau est là pour recevoir vos ordres? D’al: ler le soir même dans un des théâtres de Paris, la succursale de l'Agence dramatique vous en facilite les moyens, et vous délivre des coupons avec lesquels vous n'avez qu'à vous présenter au contrôle.
Un barbier est à la disposition des hommes, un lit de repos à celle des dames.
Êtes-vous délicat, fatigué, malade, impotent? aux deux extré-
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mités de l'Exposition des fauteuils roulants vous attendent qui vous conduiront dans toutes les galeries du Palais, et celui qui vous voiturera vous servira en même temps de guide.
La poste, le télégraphe sont là pour servir de messagers à vos plus secrets désirs, et sauf l'intervalle qui sépare minuit de huit heures du matin, vous pouvez vivre confortablement sans sortir de l'enceinte du Champ de Mars.