TAPISSERIES. — CÉRAMIQUE
de ces suaves compositions de femmes et de fleurs. Il a peint aussi des amours dormant dans de larges feuilles de pavots sur un fond de pâte dure vivement nuancé de vert; c'est d'une admirable exécution. Autour de plusieurs vases il y a d’après Fragonard des rondes d’amours jouant avec des animaux, de faunes, de bacchantes, qui sont peintes en couleurs grisailles d’un fort bel effet.
Comme bas-reliefs en pâte dure, une autre ronde d’amours fort animée. Comme purs effets de forme, un immense vase dessiné par M. Nicolle.
Toutes ces merveilles de la porcelaine se détachent sur les tentures des Gobelins. Il y a beaucoup de variété dans les sujets de ces tapisseries. Les uns sont inspirés de motifs très-sérieux de l’ancienne peinture, les autres sont d’un style léger et purement fantaisiste, presque toutes ont des nuances fondues, adoucies, comme si la couleur était appliquée au pinceau.
Les autres manufactures françaises de porcelaine.
Limoges est un nom qui se présente de suite à l’esprit quand on parle des porcelaines françaises. Les Anglais pour leur poterie mettent en avant leur Staffordshire. Pour la porcelaine, nous avons notre Limozes. C’est le centre le plus ancien, le plus considérable de cette fabrication. C’est aussi le pays de kaolin par excellence.
Et puis l’art a fait sa trouée dans cette pauvre contrée limousine, jadis si arriérée. C’est toujoursle bienfait des écoles ouvrières. Des fabricants intelligents ont fondé des cours, et non-seulement des cours de dessin, mais des cours de grammaire, de calcul, de sciences. Et comme toujours la noble semence a porté fruit. Ces ouvriers, déjà si célèbres par la finesse de l’exécution, s'élèvent peu à peu aux conceptions artistiques. On vantait la belle pâte, blanche, unie, transparente des services de tablelimousins. On aura à louer cette année d’heureuses tentatives de peinture, de visibles progrès dans l'élégance de la forme, le style de l’ornementation.
Comme moyen décoratif, Limoges recourt volontiers à l'emploi du biscuit. Le biscuit combiné avec la porcelaine émaillée se prête à des effets décoratifs tels que la couleur ne rivalise pas toujours avecavantage. Quant aux pièces coloriées, c’est un essai qui ne date que d’hier. Ordinairement c’est à Paris que se centralise la décoration des porcelaines, Maintenant à Limoges même, il s’est ouvert des ateliers de peinture. Les produits qu’ils exposent nous semblent de nature à les encourager.
Mais à Limoges ne sont pas nos seules manufactures de porcelaine. Nous comptons celles du Berry; les fabriques de M. Charles Pillivuyt, à Melun-sur-Yèvre, à Noirlac, à Nevers. Ce sont des fabriques remarquables par leurs productions artistiques. Là aussi, les combinaisons brie de pâte sur pâte, sans coloration au pinceau, donnent par l'alliance des tons, de très-beaux effets déco-
ratifs. Ce sont le plus souvent des pâtes blanches sur fond céladon. Mais on en voit aussi à couleurs variées.
A mesure que l’art se mêle davantage au métier, le public à son tour devient plus difficile et plus connaisseur. Chez lui le goût s’épure, comme chez l’ouvrier. Nous avons noté avec plaisir un dédain presque absolu pour ces affreuses imitations des vieilles pâtes noires décorées de camaïeu, pour les dorures entremêlées d’insignifiantes guirlandes qui semblent encore la prédilection des Anglais, pour tous les pastiches en général. Ne médisons pourtant pas trop des imitations de porcelaines chinoises ou japonaises. Il y en a qui prouvent une habileté surprenante.
Les faïiences.
La faïence aujourd’hui est devenue une rivale pour la porcelaine. Une vogue récente, une sorte d'engouement pour les vieilles terres émaillées du seizième siècle, ont excité nos fabricants à rivaliser avec les anciens faïenciers de Rouen et de Nevers. Ces fabricants, presque tous de la Haute-Vienne, ont formé une exposition collective. On y retrouve un nom célèbre autrefois : Avisseau, mais les faïences modernes, signées de ce nom, sont des copies serviles de Bernard de Palissy, toujours des poissons dans des paniers, des serpents sur des fougères. Cependant la mode a parfois du bon. Elle a encouragé bien des pastiches, mais aussi a-t-elle produit un réveil de la faïence, et quand des artistes comme ceux qu'emploient Th. Deck, Auguste Jean, etc., s'emparent des traditions pour les rajeunir, c’est un véritable progrès dont il faut se féliciter.
Creil et Montereau ont formé un très-bel étalige. Nous remarquerons des peintures et décors d’Auguste Gouvion sur fond bleu vif ou vert pâle, avec des figures qui ont une légèreté de nuances à faire envie au pinceau d Hamon.
Citons encore: Laurin, qui s’est adonné aux peintures jaune-brun du style ancien; Utzschneider, qui a de très-riches coloris, et dont les faïences font honneur à la manufacture de Sarreguemines; Boutigny, qui peuple ses vases de hérons aux longues pattes, aulong col; Barbizet, lointain imitateur de Palissy; Pull, qui présente les meilleures imitations du genre renaissance.
On peut être étonné au premier abord que les poteries du Japon soient dans cette salle. Mais on le sera encore bien plus,
uand on saura que ce Japon est tout français. La signature du abricant ne laisse aucun doute; et cependant quelle identité! L’imitation peut-elle être poussée jusqu’à de telles ressemblances!
Orfévrerie française.
Cireule qui pourra dans les salles consacrées à l’orfévrerie , c’est une des plus fréquentées. A voir avec quel entraînement les re-