AMÉRIQUE. — ANGLETERRE
lon s’est beaucoup occupé d'eux. Ils n’y verront pas, mais ils y liront par le toucher, des Bibles et des Encyclopédies composées exprès pour eux en caractères gaufrés. Nous connaissons bien en France aussi ces impressions en rehef; mais ici le caractère employé est le caractère romain ordinaire et non pas le système particulier de points que l’on emploie en France pour le même usage.
Les RÉPUBLIQUES américaines ont plutôt envoyé les produits de leur sol que ceux de leur industrie, et les ont exposés dans des salles dont la disposition, l’ornementation, rappellent la végétation tropicale de leur climat. ,
L'Uruguay avec ses Costumes de Gauchos, excitera toujours un vif intérêt parmi les visiteurs. L’un représente un laceur de bœufs, monté sur un cheval, un Jacet à la main et se disposant à s’emparer de quelques-uns des ruminants qui paissent en liberté dans ces prairies solitaires; ici c'est un cavalier arrêté et interrogeant une jeune fille; plus loin, un “requires ayant derrière lui sa femme enveloppée d'une mantille noire; celle-ci est simplement assise sur la croupe du cheval et non à cheval complétement, comme le faisaient les dames du moyen âge, qui conduisaient ainsi leurs chevaliers aux tournois. Chez tous ces habitants de l’'Uruguay il y a quelque chose qui a plus de cachet encore que leurs vestes brodées, leurs pantalons blancs et leurs éperons , c’est l'expression de leurs yeux et leur épaisse barbe noire. Dans ces types il y a à la fois de l'Espagnol et du brigand.
Les îles Hawaï ont un élégant petit cabinet pour l'exposition de leurs produits. Enfin l'Amérique se termine par un assemblage complet des Bois précieux du Brésil, disposés dans une salle dont les parois et le plafond imitent assez bien par leurs peintures et par le demi-jour quiy pénètre à peine, les forêts vierges où croissent les objets qui y sontexposés.
ANGLETERRE
Quoique la rivalité de la France et de l'Angleterre soit placée sur un terrain spécial qui est plutôt de la compétence des hommes du métier que des simples curieux, l’exposition de ce peuple industrieux et commerçant par excellence ne mérite pas moins une sérieuse attention. Si l'économiste se demande comment elle peut donner ses produits à plus bas prix quand ses ouvriers sont mieux
ayés que lesnôtres, le visiteur prend plaisir à regarder son mobiier, son orfévrerie, tous les objets enfin où le luxe et la fantaisie se déploient, et où Londres essaye de faire concurrence à Paris.
On sait de quellé réputation jouit la métallurgie anglaise et quelle est Ja richesse de ses mines. Aussi, sans être spécialiste, passe-t-on avec une sorte de respect au milieu des échantillons de houille de Cardiff, des spécimens de fer du comté de Dudley, des
fils de fer et de laiton exposés par M. Everitt de Birmingham, des pièces de fonte et d’acier envoyées par les usines de Sheffield.
Les dames cherchent en curieuses les célèbres aiguilles de Birmingham ou de Londres. Elles ne passent pas non plus indifférentes devant les instruments de ménage fabriqués à Wolverhampton, ni devant le matériel de chauffage, ces fourneaux économiques luisants, coquets, qui dénotent un goût prononcé pour le confort domestique.
Le confortable règne partout dans ce royaume ; s’il se montre dans la vie intérieure, il se révèle aussi dàäns la vie du dehors; les objets de voyage, par exemple les sacs, sont des modèles de prévoyance ; on reconnait bien là ces gentlemen qui ont l'habitude de parcourir le monde et d’y porter toutes leurs aises.
Une des merveilles de l’Exposition au point de vue métallurgique, c’est la grande chaudière en platine faite d’un seul morceau,
ui a une valeur de 62500 francs. Dans la même vitrine se voit un lingot du même métal, pesant 100 kilos et valant 85000 francs. Un autre objet digne de remarque, c’est un collier de diamants australiens composé de topazes blanches de la plus belle transparence.
On sait la réputation des cotons, des draps, des dentelles, des guipures de Nottingham et des mousselines brodées d'Irlande et d'Écosse; ceux que ces objets intéressent les trouveront dans la galerie des vêtements, ainsi que les soieries qui sont belles sans doute, mais que laissent bien loin derrière elles celles fabriquées à Lyon.
Les étalages anglais.
Ce qui frappe dans les exhibitions des Anglais, c’est le métier qu’ils font faire à l’art, c’est le sentiment pratique avec lequel ils comprennent le parti qu'on en peut tirer pour les étalages ; ils utilisent partout où il leur faut quelque great attraction, ils lui font faire comme une parade devant les spectacles les plus ingrats de l’industrie. Les dentistes figurent des sujets de tableaux avec des rangées de dents; les vétérinaires, des arabesques avec des fers à cheval; les pharmaciens, d’élégants monuments avec leurs flacons finement ouvragés ; les parfumeurs, des statues de savon; les fabricants de bougie, des candélabres avec leurs blocs de cire gigantesques.
Cette habitude caractéristique déborde jusque sur la façade anglaise du Grand Vestibule. Là, parmi des merveilles d’étalage où l’Angleterre semble avoir mis en rang ce qu’elle a de mieux pour disputer à la France les premiers regards, vous voyez se dresser un monument gothique aux clochetons bariolés de vives couleurs. Il porte cette simple indication : « Manchester. » Vous croyez y trouver un modèle d’architecture ; mais approchez-vous ; cette chapelle sort d'une filature ! elle n’est qu’un spécimen des fils de coton de Warers et Cie. Ses colonnettes sont faites en assises de bobines