‹ Les curiosités de l'Exposition universelle de 1867Chapitre 97 sur 174 · ANGLETERRE. — MOBILIER. — ORFÉVRERIE · texte numérisé non relu

ANGLETERRE. — MOBILIER. — ORFÉVRERIE

empilées, ses voûtes, ses retombées, ses nervures ne sont que des enroulements de fils bleus, rouges, verts, jaunes. C’est là plus qu'un chef-d'œuvre de patience. Ces arrangements qui mercantilisent l'art, qui en font le serviteur de la réclame, sont tout un trait de mœurs.

Mais comme correctif l’art, l’art véritable est aux deux côtés de cette exhibition, représenté par de magnifiques groupes d’argent, sortis des ateliers de Hancock and son. Par là nous entrons dans l’orfévrerie.

Orfévrerie anglaise.

Il est dédié à Shakspeare, le premier des groupes que nous remarquons dans les vitrines de Hankock and son. Cela se devine à la figure du poëte élevé par une sorte d'apothéose au-dessus des divers personnages de ses tragédies, Hamlet, Ophélie, etc. L'autre est évidemment consacré aux victoires anglaises ; c’est un trophée de drapeaux gardés par trois cavaliers anglais de différentes époques, 1661, 1742, 1855. Est-ce une omission, est-ce une délicatesse internationale de l’exposant qui lui a fait taire la date de Waterloo!

L’orfévrerie anglaise a envahi par ses vitrines le Grand Vestibule. Là s’étalent les coupes (racing cups) données en prix dans les courses et conquises par les jockeys anglais; celle aussi gagnée ‘ par les volontaires dans le concours international de tir. Nous en recommandons la devise : « defence not defiance ».

Ce qu'il faut voir encore, c’est le magnifique pavillon occupé dans la galerie III par Hunt et Rosskell; là le bouclier offert en 1857 à sir James Outram, général des armées anglaises dans l’Inde par ses compagnons d'armes ; là aussi un combat de cerfs où ru parait avoir triomphé des plus effrayantes difficultés de ciselure.

Le Cygne d'argent.

Où est le cygne? telle est la question qu’on entend le plus souvent dans la galerie anglaise, et quand on est en présence du superbe animal qui nage sur des flots argentés et qui étale ses ailes emplumées, tous les souhaits sont pour le voir bouger. Car il bouge à ses heures. Il ondule son long cou, il cherche dans les vagues quelques poissons innocents et précieux comme lui, il en fait sa proie et les avale tout simplement. Le plus beau spectacle est encore celui des spectateurs, les yeux petillent dans cette foule avec un éclat que tous les reflets de l’or ou de l’argent ne rendront jamais.

Mobilier anglais.

Les Anglais n’ont pas craint de rivaliser, pour le mobilier, avec l'exposition française; ils ont posté en avant-garde, sur le Grand

Vestibule, comme pour les opposer aux noms de Roudillon et de Lemoine, ceux de Crace et de Gillow.

Les visiteurs qui ne jugent du goût anglais que par ces deux installations à qui revient la lo irde tâche de soutenir les premiers feux de la critique, se font l’idée peut-être exagérée que nos voisins d'Outre-Manche ont la main lourde dans leurs dessins; — qu'ils s’'embarrassent à la recherche d’un style qui leur manque; — qu'ils n’ont ni sobriété ni simplicité dans la combinaison de leurs ornements. ;

Ce qu’on voit dès l’abord, en effet, ce sont de lourds dressoirs, plus chargés encore de couleurs que de sculptures; un piano d’un goût douteux, aux lignes indécises, aux mélanges discordants de bois mal accouplés. — Mais: la critique, dans ces termes sévères, ne doit pas être généralisée. Pénétrez plus avant.

Les Anglais ont quelque pas plus loin un très-bel ensemble, de quoi effacer cette première impression. Dans le magnifique carré qu’occupent MM. Trollope and son, on notera une armoire en noyer, à cinq panneaux avec une glace au milieu; ce meuble est incrusté de filets de divers bois, et cette fois l’alllance des couleurs est combinée avec une sagesse très-heureuse. A côté se trouve un bahut à pavillons contenant chacun entre quatre colonnettes une urne en bronze. Ce bahut a par son style et sesinscriptions latines quelques prétentions poétiques.

En face est l'exposition de MM. Wright et Mansfield. Ils ont une armoire en citronnier assez délicatement ornée qu'ils donnent comme un Spécimen du style anglais au dix-huitièmé siècle.

Le citronnier semble être un bois de prédilection pour les fabricants de ce pays. Ils en tirent du moins un parti remarquable, d’excellents effets. C’est là surtout que se réfugient la simplicité et l'élégance. Tout en sacrifiant à la mode du jour, le style pompéien, MM. Heal and son sont parvenus à donner une physionomie exempte de bizarrerie à plusieurs meubles du même bois. Ce sont: une armoire, un lavabo, un lit, une glace forme psyché flanquée de deux panneaux ; tout ce mobilier a le même caractère: quelques filets dorés disposés en légers méandres en relèvent l’uniformité.

Dans un style emprunté aux traditions gothiques de l’ancienne architecture anglaise, on remarquera un dressoir d’un aspect miféodal, mi-religicux, de MM. Holland and son. Nous placerions ce meuble dans une sacristie.

Les curieux qui n'ont pas une sympathie marquée pour ces retours au moyen âge, se pressent plus volontiers devant la table ronde de MM. Filner and son. Ceci est une invention moderne ; c'est plutôt le mécanisme que la forme qui fait le mérite de ce meuble: Une difficulté vaincue était celle-c.:.Agrandir à volonté une table ronde sans l'ouvrir pour y placer des allonges, cette éternelle et unique ressource utilisée par nos pères en pareil cas. Là, les allonges sont circulaires et extérieures. Voilà limprovement.

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