ITALIE
Il y a trois ou quatre siècles, l'Italie eût brillé au premier rang dans ce concours universel des produits de IVsprit humain, tandis qu'aujourd'hui, par un triste retour d^ s choses d'ici-bas, elle reste conlondiie dnns la foule, pour ne pas dire effacée parmi les derniers. L'JtaLe indubtr elle et commerciale des treizième, quatorzième, et quinzi' me siècles n'est plus, l'Italie artistique des seizième et dix-scpiième siècles est éteinte en pariie ; quaiit à l'Italie nouvelle, • celle qui est en train de se fermer sous de nouvelles conditions sociales et économiques, elle n'a pas encore porté ses fruit»» et nul ne peut dire oe qu'elle sera. Toutefois son mince contingent à
ITAUE. — MOBILIER. — VERRERIES. — GËRiLMIQUE. 1 17
l'Exposition universelle mérite une attention spéciale, son œuvre est toute de transition, et on peut y étudier le principe qui doit relier l'avenir au passé.
Les verreries de Morano.
Venise, eélèbre jadis pour ses miroirs et ses verreries, a fait une
exposition des verres et émaux provenant de ses fabriques actuelles, de la fabrique Salviati surtout. Ce sont pour la plupart des verres historiés, des verres soufflés dits de Murano, des verres colorés, tor-ius, quadrillais, festonnés, des miroirs encadrés de fleurs en verre fondu: le vieux style vénitien se retrouve partout; l'antique cité veut soutenir sa gloire en faisant de même, et non en faisant mieux. Car il faut bien le dire, ces imitations du seizième siècle ne sont pas des progrès. Loin de là, le copiste moderne ne perfectionne même pas l'exécution. Venise a pris soi^ de nous en donner la preuve; les * anciens modèles, eux aussi^ sont venus au Champ de Mars. Le musée de Murano en a envojé une très-belle collection, qui montre que le passé défîe le présent.
Dans la môme salle on remarquera de fort belles mosaiques également imitées du moy n âge et représentant des rois et des prélats, Henri VIII, Charles P»", etc. ; à côté, le portrait de l'empereur Napoléon III également en mosaïque.
La céramique italienne.
Ce n'est pas seulement l'ancienne verrerie vénitienne dont l'Italie poursuit la rénovation. Ule a encore uno réputation à sauver, celle des falencrs peintes, qui oot fait la gloire autrefois d'UrbinOi
de Faenza, de Gublio, de Pesaro.
Le marquis Laurent Ginori-Lisci en possède à Florence une remarquable fabriqi^e, au Champ de Mars une abondante collection. Ce sont vnses de faïence à figurines en relief, aiguières, coffrets, corbeilles, candélabres, services de table, et, toujours dans le môme genre, un large coffre à pans d^éhène dont tous les célés et le couvercle sont garnis de faïences. Ce sont aussi faïences unies à sujets coloriés. Mais s'il y a profusion, il n'y a pas variété. Les fiçunnes en relief sont toutes mytholocriques , voilà pour le sujet; les chairs et les vêtements sont de couleurs fades et pâles, oîi le rosé domine, voilà pour la peinture. Quant nux faïences unies elles sont uniformément, selon l'antique coutume, couvertes de nudités jaunes et d'ornements verdâtres; les vases portent en guise d'anses, des serpents enroulés.
m GALERIES DES PRODDItS IHD0STRIBL8. — VtJdIE.
Ce qu*il y a de mieux dans l'exposition du mobilier italien, ce sont les meubles de liuB. Ce j>euple éminemment artistique a une entente admirable de rharmonie en toutes choses. Fait-il de la ptinliirsf ses tableaux ne seront jamais gauches, les couleurs n'en seront jamais discordantes; Mirû de la sculpture? les attitudes aaitMt une grâce infinie, les groupes se présentercmt naturels et sans ligne choquante. Fait-il de rsrchilecture? la symétrie se combinera avec l'imagination pour former un ensemble à la fois proportionné et riche d'ornements. L'harmonie domine dans toutes ses œuvres. Ces qualités innées chez lui le servent jusque dans la fabrication des meubles, qu'il comprend, ii est vrai, d'une manière un peu architecturale. Presque tous ses bahuts ont des colonnettes etaes frontons. C'est du raite rantique s^e de Floiwce* Il se j/rétiê aux inonistatioas de marbres ei de moselqpieSf aoK marqueteries d^lToire gravé, aux sculptiires de ebîmèrM etd'arabempiiB. Gomme type de ce genre, nous avons remarqué un meuble monumental en ébène, imité du seizième siècle, dessiné et exécuté par À. Pialri; mélange de couleurs, de boiSi de cuivres, de marbres variés, vraiment curieux.
En style plus pur peut-être MM. Antoni (Luigi) et Brambilla, de Milan, ont exposé une armoire d'une grande magnificence. Elle est enguirlandée jusque dans ses frises et ses colonnettes de très-fines marqueteries d'iyoire; ses vantaux sont remplis de sculptures d'ébène et de plaques d'iyoire çravé.
Dans la même salle, ne laissez pas inaperçue une des osutresles plus riches de la marqueterie itaûemie, c*est unelarge table ronde appuyée sur des chimères ou sphinx aorés; toute la tablette n'est qu'une mosaïque de différents Dois, bois de houx, bois d'oranger, bois d*ébène combinés pour produire des figures et des feuilles d'ornementation. Il y aura là une preuve de plus du goût italien, de cette intuition harmonieuse dont nous parlions tout à l'heure. Tout autre artiste eût recherché les disparates : blanc contre noir, rouge motee blane, et serait arrivé à des craditésde tons agaçantes po«r is iMEf optique. L'artiste Italien a fondu toatos ces nuances mms leitOD général. La table n'est pas Vmam d'to.mMlste paftioitt, <dle est plutôt celle d'un p«i!itre«
Ainsi en est- il de beaucoup d'autres ouvrages analogues oue nous pourrions citer, qu'il faudra voir. La salie abonde en tables couvertes de mosaïques de marbre ou de mosaïques de bois. U y en a de charmantes.
notera de beaux supports, de très-jolis encadrements de feuillages et de fruits. Nous passerions bien sous silence le pumo des frères Margbiho de Turin, car nous savons que les pianos sculptés ne
I168 meules ttaSiens.
La sculpture sur bois fi
dans l'exposition du mobilier. On
sont pas en faveur. Le public n'admet guère cette alliaDoe des deux arts; la musique poumit soaflHr des soins éoi«(s à PomsBieiilatkm. Mais ce pisuio ddt trowcr grâce. Ses trois nelicii (bnés Mamours qui jouent ensemble), les deux amoun <mii porietffc méiédgemment à chaque coin les candélabres, sont oes sculptures fort jolies. Dût-on ne jamais jouer de ce jpiano, on voudrait le posséder ches soi au moins pour le voir.
L'art médical en Italie ne passe pas pour très-avancé. Cependant ^ pourrait en juger favonhblement par PexposHicm da docteur BauNETn, de Florence, qui, stes se donner la peiDe, comme notre ■èot Hoa t AusoM, de mouler les organes de Fhonmie et des animaux,
momifie par un procédé particulier les oiganes naturels «t leur enlève tout aspect répugnant, tout en leur conservant une 'élastiioité
^ui permet de les étudier.
Uranie, la muse de Fastronomie, a aussi inspiré le professeur Vincenzo Fioritoni, de Rieti : il a trouvé une iiig-énieuse machine géocyclique qui donne les trois mouvements simultanés du soleil (représenté lumineusement par un globe de lampe), de la terre et de la lune. Notre planète et son satellite tournent merveilleuse- SMDt pour dmmer dans les fismiUes ou dans les éeoles m» leçon de «esmograpbîe MsHûnq^llMeb
Dans Texposition romaine, un objet qui excite vivement la curiosité du visiteur, c'est le météorograpbe électrique du P. Secchi, oui enregistre automatiquement «t d'une manière continue tous les phénomènes météorologiques ; il le feit au moyen de courbes graphiques tracées sur des tableaux dont le mouvement est réglé par une horloge. Cet appareil m deux faces : la pteit al è re est surmontée d'une borToire et contient un tableau qui enregistre les indications du baromètre, du thermomètre sec, du thermomètre humide, et qui donne de plus l'heure de la pluie. Ce tableau fait sa course en deux jours et demi, et présente ainsi des courbes très-dcveloppées, sur lesquoUes on peut apprécier les détails des phénomènes, surtout pendaRït les bi/urrasques. Sur le tableau de la seconde face se Imuvent^nregistrées la mee «t la direetlon du vent, aîuflà qoss lesfn* dicatkms do fhermograplie métallim. De (toi, oelieà qui sont relatives au baromètre el à la plme j sont répétées. Le piriilic regarde curieusement ces crayons qui marchent tout seuls, traçant les lignes les plus réguliéreS| et let petits noarleaux qoi s'agitent.
Sdeucos.
AOiC
Météorogrifplie.
variant sans cesse seloa la directirn du vent. Cet appareil, s6m-
blable à celui qui fonctionne depuis sept ans à robservatoire du Collège romain, est appelé à rendre les plus grands services à la science naissante de la météorologie, ^
La Roumanie n*est guère plus avancée que la Grèce ; à mi dire' soii existence est plus récente, et elle n'a pas eu le temps de profiter encore des bienfaits de rautonomie. Quoi qu'il en soit, la commission roumaine a fait de lou.ibles rfforfs. dent on doit lui^tenir compte, et qui promettent pour Taveiiir de rapides progrès, '■-.^rrfs
Ici encore les objets 1< s plus intéressants sfuit 1rs costumes des diverses provinces roumaines, qui offrent une ass* z grande variété. On y remarquera des chemisettes et des manteaux en peau, brodés de laines de toute couleur, représentant des fleurs, formant de ca-
Sricieux enlacements; des cemtures à boucle d'argent repoussé; es coiffures en piécettes d'or et d^ar gent, d'étroits tabliers aux nuances vives composant avec la chemise toute la toilette des paysannes.
L'histoire naturelle est représent«^e par des fourrures variées et une collection d'ornithologie as^^ez complète.
L'industrie indigène a fourni, avec les modèles de costumes nationaux, des tapis inférieurs à ceux de la Bulgarie, des poêles en faïence, un magnifique traîneau doré, capitonné de soie bleue, des ornements d'église, des fru ts artificiels et des instruments de musique^ parmi lesquels on distint: ue des musettes de berger et un joli violon à cannelures. On remarque aussi quelques petits tableaux a cadre de cuivre, représentant des saints au nimbe lamé, imitation un peu gauche de Tart religieux des Russes.
9 LES CALEBIES D'ORIENT.
Les installations orientales dans l'intérieur du Palais sont exclusivement consacrées aux produits indigènes, tant naturels que manufacturés ; mais comme en Orient les formes extérieures ont une importance réelle et que le pittoresque s'y mêle aux moindres détails, le décorateur s^est donné carrière dans l'arrangement des produits. Le bazar a dû sacriOcir aux exigences locales ses boutiques étroites à Péclairage insuffisant ; on a su toutefois conserver aux galeries qui les remplacent le cachet particulier auquel on reconnaît rOrient. Rien n'a été épargné pour éblouir des regards accoutumés à l'uniformité monotone des installations européennes : les couleurs vives, les tons criards familiers à ces pays du soleil, se confondent dans un désordre apparent qui cache un art profondément étudié et une harmonie savante.