‹ Les curiosités de l'Exposition universelle de 1867 suivi d'un indicateur pratique des moyen de transport, des prix d'entrée, etcChapitre 57 sur 154 · FRANCE · texte numérisé non relu

FRANCE

SALL£S 1 , 2 £T 3.

Jusqu'à la fin de juin, les deux premières salles de l'exposition française ne contenaient c[ue des sculptures : d'abord une assemblée de bustes qui semblaient réunis en séance solennelle, sous la présidence du Prince Impérial^ debout, au milieu d'eux, appuyé sur son escorte fidèle, un fort beau chien, ma foil (œuvre de Carpeaux).

A droite, à gauche avaient pris rang des tôtes disparates qui n'avaient pas pour habitude de penser ensemble : la tête très-artistement comprise en terre cuite par GARRitR-BELLEUZE, d'un véritable artiste aussi, Théophile GafOter. (P us lo/n nous trouverons son portrait par Bonnegrace.) La figure carrée, calme et forte, de l'apôtre du Saint-Simonisme, le père Enfantin, par Millet. A côté de lui Auguste Comte le chef de l'école positiviste, par A. Etex. Tout auprès Richard Cobden faisant vis-à-vis au R. P. Veiitura, ancien général des théatins. Entre les deux, parmi plusieurs officiers supérieurs de l'armée, le général Bigot. Puis M. Le/ue/ architecte de l'empereur : ces quatre bustes, de tons si différents, font honneur au ciseau souple et impressionnable de M. Oliva. Puis, dans la salle suivante, deux groupes d'animaux sous verre: L'un en piâtre, de Moioniëz : Coq défendant sa famitte contre une fouine ; les poussins eflkroachés se jettent au hasard sous Faile de leur mère. Toutes les plumes légères et fines se détachent à merveille. Cette volaille a des émotions qui sont à la hauteur d'un drame.

L'autre en cire , par Mène : La prise du renard ; chasseur écossais, chiens et chevaux sont réunis avec ce goût d'amateur et d'artiste auquel on reconnait toutes les compositions de Mène. Nous le retrouverons dans les salles des bronzes d'art. ^

A l'autre bout de la salle :

La Sdmce^ plâtre bronzé, par GuifERT* Une attitude sévère, digne, réfléchie qui rappelle un peu celle du Pennaro.

LES TROIS PREinfiRES SALLES. * 137

Famille de tigres^ plâtre jauni, par Gaïn. Rien de majestueux comme cette tigresse qui, sa proie à la bouche, fière de nourrir ses petits de sa conquête, reste campée devant, leur joie et leur admiration.

Quelques beaux émaux. La promenade^ une charmante grisaille sur fond rouge, par Hamon.

La salle 3 contenait quelques peintures reraarqual;les qui y sont encore pour la plupart : dfe Daubiont, un de ces paysages griamornee. a teintes argileuses, qui ont séduit son tailent.

De SuERLS dont l'œuvre se continue salle 5, nous avons ici un bon tableau : PamnMèreî (467). ,

Et de Cabanel un tableau appartenant à l'Empereur et qui a figuré ces derniers tem[)S à l'Elysée -Napoléon : La l aissanve de Vénus (122). N'''e vaporeusement d'un flot d'éciime et d'un jeu de lumière, cette intention de femme, ce lé forme transparente vient à peinf' de prendre un corps, mirage ou illusion! Mais déjà les amours s'ébattent autour d'elle.

Citons comme études orientales, pc^r feindre à ce que le Parc nous a déjà appris : Un café de Gàliua à Ùmtaniinopk (de Frère, . V9 267). Le baxof des ta^ dans le Khan-Kbalil au Caire (de Mou- GHOT, n* 490).

La disposition de ces trois premières salles a été modifiée récemment par l'admission d'un ^rand nombre de tableaux provenant du salon de 1867 et qui avaient été exposés jusqu'alors au Palais des Champs-Elysées. Les quarante artistes médaillés à cette exposition avaient de plein droit leur place marquée au Champ de Marà. Nous retrouverons donc, réunies à leurs sœurs aînées, des toiles à peine nées d'hier et déjà célèbres :

La Syn agogue d^AmsUrâcm (sermon de Dalan Cnrdoso), de Brandon, qui a obtenu un grand succès à force d'exactitude et d'observation vraie.

Le Marché de Saragosae^ de Tabar, un peintre exact aussi, qui a le don de saisir les traits caractéristiques et de les rendre avec fidélité, avec chaleur, avec entrain.

Les Bouffons au seizième s<ec e, de Zamacoïs. C'est une assemblée de.difformités joyeuses, de nains qui grimacent, de fous qui s'évertuent à rire ; mais il n^ a rien de triste comme cette folie de commande, comme cette gaieté de profession. — Un autre tableau du même : la ContribuHon indirecte (un moine mendiant se gobeigeant dans un château).

La Tentation de saint Antoine, de Vibf.rt.

Ad. Webpr a exposé une scèn*î charmante de pastorale ai. tique : une jeur e fille surprise à son réveil par un chœur de jeunes ber- - gers chantant naïvement au pied de son lit.

Tony Robert-Fleury : une assemblée de vieilles en prières dans une église ; la dévotion leur a donné à toutes les mêmes traits,. UQ nez en croix avec leur menton. . .

1)8 GALfiRIB B£S BBÀ0X-ÀRT8. — fBANGB.

Metnicr% Les premiers chrétiens, prière de martyrs au clair de la looe.

GuauD : Un marM ^mdiÊim à Bmm; un Romain de bonne makon, de hante Tenue, dioîaH avec une élégante déwrrolture parmi les marchandises hanudnes qne lui offire un vieil moriei:.

Lewis Brown et Schreter se sont à peu près rencontrés sur le mfime siqei. Le Lendemain de l'un, comme V Abandonnée de Tautrei représente un champ de bataille d'une effrayante désolation; Des chevaux sur un tertre, hennissant dans la solitude, souaua ciel lugubre, S'-mblent tout ce qui reste du combat.

Une HaHe de cavaliers ^ de Gros, que l'on pourra comparer à celle de M£issoMsi£K, son maître.

Une Junt$ à Cadix ^ de Rodhiquez. — Quelcrnes beaux pay toges de firanoi, de César de Gogk, de Miisut, â*£m. Brkioh, eto.

Yoilà, parmi les nou?e«iiz hdtes du Ghaunp de llars, quelques- ' uns des plus choyés par la foule.

On a transporté dans la 2« salle im tableau que nous svioiis remarqué précédemment dans la rue de Flandres :

Une charmante composition de Gompte-Galix : Le vieil ami (157). Comme il est accueilli, ce vieil ami de l'ancien régime ! les enfants s'empressent à lui porter un de ces lourds et bons fauteuils d'autrefois. Une jeune fille lui prend sa canne, l'autre lui défait sa doidlette, la marquise atteirarie lui atendoine sa main, le tien marquis ne eacbe pas sa joie, il prépare déjà des projets de trio-trae* Toit le château s'émeut et se réjouit. Xe vieil ami est revenal

l£S «aàMDia 8ALLB8 DS PEIMTDIUE gnAWÇALSK (<t et 5).

L'impression en entrant est très-favorable. Les deux salles sont bien disposées et bien remplies. On retrouve çk et là quelques tableaux connus, vieux anus qu'on n'avait pas oubliés, mais qute ]i*avait pas occasicm de revoir ; on les niue des j9m et mèam du Cflsur. &i lesTvon, les Hamon, les Gérôme, lesBmMgnT... ; là, dans la seconde salle les Meiasonier, les. Mes Breton, les Rosa Bonheur...* On espère les revoir tous. Hélas, la mort a fait des vides dans les rangs. Elle nous a enlevé romantiques et classiques, les maîtres, Ingres, Delacroix, ces deux athlètes, ces deux croyants, si passionnés et si discutés dans leur foi, qui ont soutenu leur dernière grande lutte à l'Exposition de 1855. Horace Vemet, Decamps, Delaroche. Qui encore? Ce malheureux Troyon, Bellangé, Hippolyte Flandrin. Mais au moins ces trois noms sont-Us représentés ; lents œuvres sont encore là ; salut aux nobles orphelines! Que de fîn- -Geauz créateurs et puissants perdus pour les arts!

'As milieu de chacune des deux granies salles, à la place d'honneur, se tot le portraU de VEmpt/mw^ d'abord en coitnme de

I£9 BBOZ GStAKXXtS 8ALLEES. 139

général, par feu Hippolyte Flandrin; puis en costume de cour,

{)ar Cabanel. On Toît aussi en plus petite (iimeiisiD& le jtortrait de ^Impératrice^ par Wimterhalter.

Les grands Tableaux.

Les premiers regards te portant toujours sur les œuyres de grande dimension, il faut nien en parler d^abord. VQioi eellés qp^ûn a posées dans la première d s deux salles :

La prise de la tour Malakoff en Crimée, 1655, par Yvox*

La gorge de Malakoff^ par le môme.

Du même peintre un tableau plus petit, qui n*est point ssuis mérite : Convoi de blessés, traînés par des bœufs à travers une brûlante poussière (jop 620). Qu'on sqnge après cela aux ambulances si soignées et si confortables^ qu'on voit exposéesrdans lePml *

V Enfant predi^ye, par Edoaard Dubufi.

Ceux qui ont vu le salon de 1866 se rappellent l'effet produit par cette peinture théâtrale où se trouve brillamment réuni tout ce ju'aime la jeunesse : la poésie, Tamour, la musique, la danse, le jeu. Au milieu, le terrible étourdi affolé de sensualisme. — « Où est donc Tenfant ? » demandent des gens qui prennent le livret trop à la lettre. L'enfant! il se retrouve eu cet adolescent qui croit aux fôtes éternelles de la vie !

Les grandas toilos qui frappent les yeux àks Tabord, sont dans k fàlle fuitantiB :

, JBc^taille de VAIma (Crimée 185%), par Pils»

L^artillerie trayerse nn torrent, escortée dotiraiUeiirsalgértens.

Placé comme pendant, un tableau du môme peintre (le même, le croirait-on?) nous transporte dans la patrie de ces tirailleurs :

VErnpereur à Alger (1860) reçoit la soumission des chefs des tribus kabyles. Comme lui, debout sous le dais, l'impératrice en toilette blanche (peinte au savon, semble-t-il), se détache sur les vives couleurs de tous ces costumes éclatants. — La bonne volonté de Tartiste peut seule excoser nne pareille toile.

VanoviB le 8 aTrii 1861, par Tony RoBiRT-f liurt;

8«r kl ftmle pokmaise, à genoux et sans armes, les troupes rwsiu ftntrfdu. Au salon de Tannée dernière, ce tableau, amèreet ua^ante protestation contre Ja A>rce brutale, ayaitdéjà produit «ne gnade sensation.

Le Paradis perrfti, une autre œuvre de Cabanel, qui ne fait pas oublier sa ^^aissance de Vénus^ ni sa Nymphe enlevée par un faune, L*Écriture sainte ne se reconnaît plus sur cette palette mythologique. On se demande pourquoi le dieu vengeur s'est revêtu d'un manteau violet à rinstar des prélats, ses ministres sur terre. La toile- ust

frande, mais on dirait obe les coutours se sont délires et dlslaaues pour couvrir tant d'csMoe*

Voih les (SUfrcs solennelles (d, par dn^t de grandeur, de lofse

i40 6ÂLERIE DES BEAUZ*ARTS. — FBÀNGE.

et de conquête, prélèvent sur nos regards un tribut d'entrée. Nous avions hâte de les nommer, pour ces visiteurs précipités qui ne font que passer au pas de course et n'aperçoivent que ce qui est grand. £t maintenant, aux intimes!

l'e grande sotte {taUe' 4). 2n« grande saUe (saUe ^),

19 à 25 feu Hipp. Bellangé. 50 à 59 f Rosa Bonheur.

991101 Brion. 83 à 92 Jules Breton.

106 à 112 Henriette Browne. 158 à 160 Comte.

185 à 192 Daubigny. 161 à 167 Corot,

ilO à 214 Biaise Desgoffe. 171 à 174 Courbet.

388 à 300 Gérôme. 371 à 375 Jalabert.

324 à 330 Hamon. 381 à 382 Jourdan.

443 à 445 Maréchal. 396 à 401 Landelle.

523 à 525 Protais. 449 à 462 Meissonier.

539 à 542 Th. Rousseau. 466 Merle.

484 à 485...... Moreau.

599 à 603 feu Troyon*

Feu Hippolyte Bellangô.

Nous devrions parler de lui longuement; c'est la dernière fois que son œuvre parait dans nos expositions, il est représenté II celle-ci par sept tableaux dont le sujet touche la fibre i^^ opulaire. Jamais la foale, surtout celle du dimanche, ne laissera maperçu laRetmepiw V Empire, en 1810. On n'a pas assez d'yeux pour ce splendide défilé de la vieille garde, devant Tare du Carrousel; le tambour-major semble prendre pour lui toute cette ovation.

Que sont devenus quatre ans après ces brillantes parades, ce soleil radieux des revues impériales? Triste contraste! tout à côté de ce tableau qui sourit d'orgueil, viennent des tableaux qui pleurent de di^sespoir : la Retraite de Russie^ les Cuirassiers de Waterloo, la Garde meurt {\Sib), ' •• j

Et cependant il y eut encore un jour d'heureux au milieu de cas désastres; une lueur d'espoir renaissant; une preuve de cette adoration tenace que les Français ont pour la gloire. Ce jour-là, Bellangé Ta saisi de son admirable pinceau en nous montrant un épisode du Retour de Vile d'Elbe. L'empereur salue; les paysans acclament et pleurent de joie. Ils reçoivent leur maître, et marcheront encore avec lui sous les feux croisés de la coalition.

Mlle Rosa Bonheur.

, Quelques critiques croient bon de se tenir en i?arde contre les distinctions officielles qui ont tant de fois récompensé la célèbre artiste; ils craignent que sa réputation ne soit surfaite. Contre ce doute, le public proteste toujours. Sans lire la signature, il devme un pemtre qui connaît la vi^ agreste et la retrace avec vérité, parce

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