L’ANTIQUITÉ DE LA CHIRURGIE
e bon sens seul suffit pour assurer quela chirur-
gie doit être le plus ancien de tous les arts. Les chutes, les rixes mêmes ont dû donner lieu à des fractures ou à des luxations qu’il a fallu réduire, et on peut regarder comme le premier chirurgien celui qui le premier eut l'idée de secourir ses semblables dans ces circonstances malheureuses.
Moïse est peut-être le plus ancien auteur qui fasse mention de la chirurgie et des chirurgiens, lorsqu’il ordonne que celui qui frappera ou blessera un de ses semblables, paiera au blessé son temps, et le salaire dû au chirurgien qui l'aura guéri.
Homère parle de plusieurs princes et chefs d'armées qui pansèrent les blessés pendant la guerre de Troie.
Nous lisons dans Tile-Live, que Massinissa, roi de Numidie, guérissait les blessures, pendant les guerres de Carthage, avec quelques simples.
Denys, tyran de Syracuse, a aussi exercé la chirurgie, et pansait les plaies.
LA CHIRURGIE CHEZ LES ANIMAUX
Josinc, roi d’Ecosse, pendant son séjour en Irlande, apprit la chirurgie, et, pour imiter son exemple, toute la noblesse d’Ecosse étudia cet art, en sorte (pie cent ans après il n’y avait point de gentilhomme écossais qui ne fût chirurgien, ainsi que nous l’apprend Boèce dans son Histoire d’Ecosse.
La chirurgie chez les animaux.
Certains auteurs ont prétendu que les éléphants exercent la chirurgie, quand ils se trouvent auprès de quelque animal blessé et qu’ils ont 1 adresse de retirer d’une plaie les dards, flèches et autres instruments, sans provoquer la moindre douleur. Nous avons dit que les chèvres de l’île Candie, dès qu’elles se sentent atteintes, cherchent le dictante, qui a la vertu de faire tomber les flèches d’elles-mêmes, aussitôt qu’elles en ont mangé.
« Des crustacés chirurgiens, voilà qui peut paraître bizarre, écrit M. II. Coupin ; mais il faut se rendre à l'observation, et reconnaître que ces animaux ont une certaine chirurgie qui leur est d’ailleurs très profitable.
« Saisissez un crabe vigoureux et bien vivant par une patte sans vous laisser pincer, bien entendu, à moins que vous n’y teniez particulièrement, et le voilà tout-à-coup (pii tombe à terre, et pourtant la
LES CLniOSITES DE LA MEDECINE
palte est toujours entre vos doigts. Le crabe, lui, détalc à toute vitesse, vous laissant une patte, et employant les neuf autres à fuir au plus vite ou à s’enfouir dans le sable, montrant par là combien votre société lui est désagréable. Vous insistez pour le garder auprès de vous, et vous le rattrapez; la scène recommence, et généreusement il vous abondonne une seconde patte. Si vous voulez voir le phénomène dans toute sa netteté et d’une façon constante, au lieu de prendre le crabe par une patte, déterminez dans celle-ci une douleur quel- 1 conque, par une coupure, une piqûre, une brûlure, ou l’électrisation : du moment où l’une ou l'autre de ces excitations porte sur un point quelconque de • l’une des pattes — sauf le dernier segment ou article, celui qui sert de griffe, et la moitié de l'avantdernier — la patte se détache immédiatement, et il m’est arrivé, rarement car l’expérience est. cruelle, bien qu’instructive, et je n’ai pas voulu la répéter inutilement de faire couper successivement à un crabe chacune de ses dix pattes, l'animal ne réfléchissant pas que, dans ces conditions, la vie lui devient à peu près impossible. Que peut-il faire, en effet, sans un seul membre ; comment se 1 nourrir ou se défendre ?
« Mais, me direz-vous, où est la chirurgie dans l tout cela ? Je vois bien une fracture; mais je ne J vois ni chirurgien ni opération. Le chirurgien, | c'est le crabe lui-même, et l'opération, c'est la frac-
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ture. Cette fracture est produite par le crabe luimême, plus ou moins volontairement, et elle a une utilité très grande. En effet, tandis que la fracture de patte que vous pourrez déterminer vous-même, avec un couteau ou des ciseaux, saigne abondamment, celle que le crabe lui-même se fait aussitôt, ne saigne pas du tout : la vôtre lui serait mortelle, la sienne lui sauve la vie. Et si sa fracture ou amputation ne saigne pas, c’est qu’elle se fait dans un point où les conditions anatomiques rendent l’écoulement de sang très difficile ou impossible. L'amputation spontanée est donc indispensable dans les cas ou la patte est levée d’une façon quelconque ; et dans les cas où l’animal, sans être blessé, se sent retenu par une patte et en danger d’être fait prisonnier, il se dit sans doute que mieux vaut perdre une patte ou deux ou plus encore, mais garder sa liberté. Le raisonnement est d’autant plus juste que le crabe, en renonçant à une patte, n’y renonce point pour toujours, comme cela serait le cas chez un oiseau, un mammifère ou l’homme : à la première mue — ou le changement de carapace — la patte perdue repousse ».
M. Patio a cité, devant la Société médicale de Genève, l’observation d'une bécassine, qui, à l’aide de son bec et de ses plumes, faisait un véritable pansement, appliquait sur une plaie saignante un
emplâtre, et même soutenait un membre cassé à I l’aide d’une ligature solide.
Dans une autre occasion, M. Patio captura une 1 bécassine, portant sur sa poitrine un large pansement composé de duvet emprunté à d’autres parties | du corps et fortement maintenu sur la blessure j par du sang coagulé. Deux fois, il rapporta chez lui des bécassines portant au niveau d'une fracture j des plumes entrelacées et solidement iixées.
L’exemple le plus intéressant est celui d une j bécassine dont les deux pattes avaient été fracturées par un coup violent. L’oiseau fut recueilli le 1 jour suivant et déjà il avait réussi à appliquer un pansement et une sorte d attelle aux deux membres. Mais, pendant ce travail, des plumes s’étaient j fixées dans son bec et dans l’impossibilité où il se j trouva de les enlever, le pauvre oiseau était mort de faim.
Dans un cas rapporté par M. Magnier, une bécassine aperçue volant avec une patte cassée fut j trouvée avec les fragments placés dans une position parallèle, et maintenue ainsi à l aide d'une forte ; ligature de plumes avec de la mousse interposée. 1 Ce qui frappa surtout les observateurs, ce fut l’application d’une ligature d’une sorte d’herbe plate, I de forme spirale, fixée autour du membre à l'aide i d’une sorte de glu.
11 existe, au Brésil, un oiseau que l'on appelle le
LA CHIRURGIE CHEZ LES ANIMAUX
chirurgien ou le Jacana armé, pour le distinguer des deux autres espèces qui fréquentent les marais du nouveau continent.
Le chirurgien est ainsi nommé parce qu’il porte, à la partie antérieure de chaque aile, une manière de lancette ou d’éperon, jaunâtre, fort effilé, d’une consistance de corne, dont il se sert pour se défendre contre ses ennemis. Le chirurgien brun armé ou Jacana brun armé, qui ne diffère pas sensiblement du précédent, se trouve au Mexique, à Cayenne et à Saint-Domingue.
Une troisième espèce, qu’on nomme le chirurgien varié ou la foulque épineuse, fulca spinosa, de Linné, se rencontre dans l’Amérique méridionale ; on a vu exceptionnellement des Jacanas armés en Afrique.
Il existe également un poisson, qu’on nomme le chirurgien, parce que sa queue se termine par deux petites pointes, fermées et aiguës comme une lancette.
Enfin le thalictrum, plante qui croît en abondance sur les vieux murs, et parmi les décombres des bâtiments, est appelée Sophia cliirurgorum, science des chirurgiens, parce que, pilée et appliquée sur les blessures et les ulcères, elle a la vertu de les guérir en très peu de temps.
LES CUlUOSI'l'ÉS DE LA MEDECINE
Chirurgiens de robe longue et chirurgiens de robe courte.
A l’article Chirurgie du Dictionnaire des sciences médicales, on peut lire qu'en 1372, un édit royal fixa la part des barbiers dans les opérations. 11 est
ajouté :
« Cependant les chirurgiens à robe longue (ou de Saint-Côme) conservèrent leur suprématie, leur juridiction sur les barbiers, leurs droits à conférer
les grades. »
En 1640, ce titre : Chirurgien de robe longue était encore en usage, mais, vingt ans plus tard, il semble avoir perdu le droit d’exister. En effet Guy Patin dit ceci :
« 11 se plaida, le 21 du mois de février 1660, une cause à la Grand’chambre entre les médecins et les
chirurgiens de notre ville.
« L’avocat dit bien des choses inutiles il con- 1
dut enfin, et pria la cour de permettre aux chirur- 1
giens de porter la robe et le bonnet.
& « Dès qu'il eut fini, M. Langlet, recteur de l’Université, harangua pour l’Académie de Paris contre les chirurgiens. 11 les a traités comme ils méritent et a conclu à ce qu’ils n’eussent ni robe, ni bonnet,!
ni aucune qualité que de manœuvres chirurgiens sous la direction et intendance des médecins pour