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LES PREMIERS BANDAGES

Les appareils que les Lequeux, Blégny, Tipliaine croyaient avoir inventés, avaient été déjà réalisés par les médecins, les fabricants, les couteliers d’Hadrumète, près de vingt-cinq siècles avant l’Académie de Chirurgie !

Ce premier bandage, que nous révèle une fouille faite à Sousse, se rapproche beaucoup de la dernière variété de brayer, qui fut construite avec cette môme arcade pubienne, vers 1865, par Dupré et Robert, à Paris.

Les premières autopsies

Galien, nous l’avons vu, n’a disséqué que des animaux.

Aristote n’avait pas pratiqué, semble-t-il, l’anatomie humaine, mais il avait disséqué un grand nombre d’animaux, quadrupèdes, oiseaux, serpents, poissons.

A l’Ecole d'Alexandrie cependant, la dissection avait été cultivée avec ardeur, sous les Plolémées.

Les médecins pouvaient opérer sur les cadavres humains et l’on ne tenait pas compte du préjugé qui faisait considérer l'ouverture du corps de l’homme comme une violation et un crime (1).

(1) A Rome, le Saint-Siège, sans interdire les dissections, en rendait la pratique excessivement difficile. Le praticien devait, sous peine d’amende, préalablement solliciter l’autorisation du vicaire pontifical, obtenir de l’autorité municipale la remise d’un cadavre, fixer

Cuise, Galien et ses commentateurs nous ont fait connaître les deux plus gTands anatomistes de 1 école d’Alexandrie, Hiérophile et Erasistrate, dont les ouvrages ont disparu. Tous deux vivaient sous Ptolémée Soter, entre 305 et 280 avant 1 ère chrétienne. Ils firent faire de sensibles progrès à l'anatomie en disséquant un grand nombre de cadavres. Selon Celse et Tertullien, Hiérophile disséqua même vivants des malfaiteurs condamnés à mort.

En 1213, Frédéric II, empereur d’Allemagne et roi des deux Siciles, promulguait une ordonnance par laquelle il élait défendu de se livrer à l’exercice de la chirurgie sans avoir lait un an d anatomie sur le corps humain. Et, en exécution de cette oïdonnance, il prescrivit aux écoles de Salerneetde Naples d’anatomiser publiquement un cadavre humain au moins tous les cinq ans (!)•

d’avance le programme des expériences et recherches auxquelles il allait se livrer, veiller personnellement au choix du local ainsi qu’à la préparation des instruments. Les expériences terminées, il devait s’assurer que le cadavre était enseveli d’une façon honorable et taire dire, à son intention, en guise d’expiation, au moins

vingt messes. ,

S’il s'agissait d’un porc, les formalites étaient un peu moins compliquées ; cependant aucune dissection ne pouvait avoir lieu en public et sans que 1 autorité en ait été dûment avisée.

C’est, du moins, ce que dit E. Rodocanachi dans son ouvrage sur les Corporations à Rome (Picard,

(1) Dans un bas-relief de Donatello, Saint Antoine de radoue est représenté pratiquant une autopsie : en

LES PREMIERES AUTOPSIES

Cent ans plus lard, une nouvelle ordonnance fut rendue, entrant dans plus de détails et accordant plus de cadavres.

Ce ne fut réellement qu'en 1306 que Mundini (I) disséqua publiquement à Bologne le cadavre d une femme. Dix ans après, il en anatomisa deux autres , c’est alors que Boniface I\ lança un édit « contre ceux qui osaient attenter à la dignité de 1 homme ». Et les études de dissection furent interrompues.

Pendant tout le moyen-âge, les progrès de l’anatomie furent donc lents, pour ne pas dire nuis (2).

ouvrant la cavité thoracique d un avare il trouve une pierre à la place du cœur. ....

Saint Antoine, né en 1195, mort en 1~31, vivait a une époque où les dissections étaient à peine tolérées. Mais Donatello, l’auteur du bas-relief figurant le saint, pouvait en avoir vu pratiquer, car il vécut vers le milieu du quinzième siècle.

(1) Mundini de Luzzi était professeur à Bologne, où, le premier, il fit publiquement la dissection de deux cadavres féminins en 1315 : l’un en janvier, 1 autre en mars, ainsi qu’il le dit lui-même. En 1316, il publia son anatomie, ainsi que cela ressort de ses paroles : « quam anatomizavi onus prœterito ». Mundini parle toujours des testicules féminins, et il appelle le vagin « collum matrieis, cujus extremitas est vulva ». Par contre, il décrit très exactement 1’ « os uteri » qu il compare à un « os catuli nuper nati, ou avec 1 « os tincœ » (museau de chat nouveau-né, ou museau de tanche; ce nom lui est resté).

(2) Au début du xme siècle, une ordonnance royale avait prescrit à Salerne la dissection d un cadavre. Jusque-là on se servait de porcs pour les démonstrations anatomiques.

Le 7 mars 1308, parut une ordonnance, fixant le

L’ouverture d’un cadavre était considérée comme un événement tellement extraordinaire, que les auteurs contemporains l’enregistrent dans leurs écrits comme digne de passer à la postérité. Dans un traité de chirurgie publié en 1546, on lit qu’en 1429, le 8 février, fut disséqué un individu de Bergame, et qu’en 1430 on fit à Venise la dissection d’une matrice de femme.

Berlapaglia, qui professait à Padoue vers 1424 et qui fut chirurgien universitaire, savait peu d’anatomie ; il fait remarquer qu’il a assisté à l’anatomie d’un cadavre en 1429 et à celle d’une matrice en 1430. Quelque cent ans plus tard, d’ailleurs, et alors que l’anatomie était entrée dans une phase nouvelle, les étudiants en médecine, surtout dans les universités françaises, mentionnaient encore dans leurs notes les séances publiques de dissection ou d’autopsie auxquelles ils avaient assisté.

En France, les premières dissections furent faites à Montpellier, dont la Faculté de médecine avai1 obtenu en 1376 du duc d'Anjou l’autorisation d’anatomiser chaque année le corps d’un criminel exécuté.

nombre de cadavres dont les médecins pourraient disp oser.

Dès 1302, Guillaume de Varignana, assisté de physiciens et de médecins-chirurgiens, avait pratiqué dès autopsies, soit pour rechercher les causes d'un empoisonnement, soit dans un but d’enseignement.

Dans celte même ville, Guillaume de Salieet, avant Varignana, avait ouvert des cadavres.

LES PREMIERES AUTOPSIES

Cette autorisation fut ratifiée l'année suivante par Charles le Mauvais, roi de Navarre, alors seigneur de Montpellier, et, de plus, en mai 139G, par lettres patentes de Charles VI.

Mais les sujets livrés aux Facultés françaises étaient peu nombreux. Au commencement du xve siècle, à Paris, on disséquait un cadavre de pendu trois à cinqfois par an seulement. C’est peu, si l’on songe qu’au moyen-âge on faisait assez bon marché de la vie humaine.

Au xv° siècle, un chirurgien du Châtelet devait, chaque année, faire « une anatomie de femme, pour l’instruction de ce qui est de la pratique des sagesfemmes, où elles seront averties de se trouver. »

Un arrêt de 1660 porte « que les anatomies doivent se faire dans les écoles, au nombre de deux au moins par an. »

Un passage des Œuvres anatomiques de Jean Riolan, complétées et mises en français par Pierre Constant, publiées à Paris en 1629, montre que les sujets d’amphithéâtre étaient aussi rares à Paris qu'à Montpellier, quand parut Pantagruel. « Au temps de Vesalius, a écrit Riolan, Charles-Quint fit mettre en question dans son université de Salamanque s’il estoit permis aux médecins chrestiens de disséquer les corps humains. Il luy fut respondu que cela étant utile et nécessaire à la médecine, il leur devoit estre permis. C’estoit en l’année 1556. »

Dans les registres delà Faculté de médecine de

Paris (Reg. ms. s. de la Fac., t. VI, fol. 149, v°) il est fait mention — propter raritatem cas us, à cause de la rareté dn cas — de 1 autopsie du corps d'une femme, morte en travail puerpéral, pratiquée dans les premiers jours de mars 1551, à 1 Hôtel- Dieu de Paris, sous la présidence de Jacques Goupil. En dehors des cadavres de criminels ou de suppliciés, les médecins de cette époque ne pouvaient guère, en effet, disséquer que ceux qu ils avaient dérobés la nuit dans les cimetières, en bravant la

hart et la répulsion publique.

Un médecin bâlois, Félix Platler, qui a étudié à Montpellier, nous a laissé dans ses Mémoires un récit curieux de sa première expédition à la recherche de « sujets d’expériences ».

« Elle date, dit-il, du 11 décembre 1554. La nuit était déjà sombre quand Gallotus (1) nous mena hors de la ville, au monastère des Augustins. Nous y trouvâmes un moine qui s'était déguisé et nous prêta son aide. Nous entrons furtivement dans le cloître et nous restons à boire jusqu à minuit. Puis, bien armés et observant le plus profond silence, nous nous rendons au cimetière Saint-Denis. Nous déterrons le mort en nous aidant des mains seulement, car la terre n’avait pas eu le temps de s’affermir; une fois le cadavre à découvert, nous

(1) Un des collègues et amis de Félix Flatter.

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lui passons une corde, el tirant de toutes nos forces nous l'amenons en haut. Après l’avoir enveloppé de nos manteaux, nous le portons sur deux bâtons, jusqu’à l’entrée de la ville. Il pouvait être trois heures du matin ; nous déposons notre fardeau dans un coin et frappons au guichet. Un vieux portier se présente et ouvre; nous le prions de nous donner à boire, prétextant que nous mourons de soif. Pendant qu il va chercher le vin, trois d’entre nous introduisent le cadavre et vont le porter dans la maison de Gallotus. Le portier ne se douta de rien. Quant aux prêtres de Saint-Denis, ils se virent obligés de garder le cimetière, et de leur cloître ils décochaient des traits d’arbalète sur tous les étudiants qui s’y présentaient. » (1)

Quand les médecins ont eu acquis le droit de disséquer, ils l’ont refusé aux chirurgiens. Les chirurgiens de Saint-Côme et leur prévôt Mauriceau, déjà célèbre par ses travaux sur les accouchements, ont dû, le 24 février 1672, après avoir vu forcer les portes de leur collège par un serrurier flanqué de plusieurs archers, remettre à Puylon, doyen des Écoles de médecine, un cadavre qu’ils avaient reçu plusieurs jours auparavant de l’exécuteur de haute justice.

(1) Le 23 avril 1565, « le fils aysné de Monsieur le comte de Tende (gouverneur du château de Valognes) mourut le matin. Le lendemain, on l’ouvrit (pour reconnaître sans doute la cause de sa mort) ». Journal du sire de Goubercille, p. 575.

Une sentence du lieutenant de police, rendue le 16 avril 1683 contre de Blégny, chirurgien du duc d’Orléans et de La Noue, son complice, prouve, au surplus, mieux que toutes les paroles que nous pourrions ajouter, quelle valeur la Faculté a attaché primitivement aux moindres sujets et avec quelle énergie elle a entendu s’en réserver la propriété, même au détriment de ses frères en Eseulape, les chirurgiens-barbiers. Cette sentence « condamne par contumace de Blégny à être banni du royaume à perpétuité, ses biens confisqués au profit du roi, et le complice de La Noue à être battu et fustigé nu de verges aux carrefours et lieux accoutumés, et de plus à trente

livres d’amende. » Et cela pour avoir acheté

du fils du fossoyeur de Saint-Sulpice plusieurs cadavres exhumés !

Disons bien vite que cette abominable sentence ne reçut pas son exécution ; que, sur l’appel de Blégny et de La Noue, qui s’étaient constitués prisonniers à la Conciergerie de Paris, le Parlement se contenta d’admonester les délinquants et de les condamner à des peines pécuniaires assez fortes.

Les autopsiés vivants

Yesale, originaire de Vesel dans le duché de Clèves, est le premier qui ait disséqué des corps humains; il disséqua un gentilhomme qui était

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