LES AUTOPSIES VIVANTS
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encore vivant. 11 fut déféré pour cet acte à l’Inquisition. à laquelle Charles-Quint parvint à le soustraire, en lui faisant faire un pélérinage en Terre-Sainte, pour expier son erreur.
Le célèbre abbé Prévost succomba brusquement, le 23 novembre 1763, en revenant de Chantilly. Une attaque d’apoplexie l’étendit au pied d’un arbre. Des paysans qui survinrent le portèrent chez le curé du village le plus voisin. On rassembla avec précipitation la justice, qui fit procéder sur-le-champ par un chirurgien à l’ouverture du corps. Un cri du malheureux, — c’est ici que commence la légende, (1) — qui n'était pas mort, arrêta l’instrument, et glaça d'effroi les spectateurs; mais le coup mortel était déjà porté ! l’infortuné abbé Prévost n’aurait rouvert les yeux que pourvoir l’appareil cruel qui l’environnait, et la manière horrible dont on lui arrachait la vie. C’est ainsi qu’il aurait terminé sa carrière, presque aussi romanesque que celle de ses héros.
Guillaume Rondelet, fameux médecin de l’Université de Montpellier, avait un zèle outré pour les
(1) Nous rétablirons ce qui parait être la vérité dans notre volume, actuellement en préparation, sur Les Morts mystérieuses de l’Histoire.
dissections. On assure qu’un de ses enfants étant mort, il en fit lui-môme la dissection. C était pousser furieusement loin l’enthousiasme de l’anatomie.
Posthius, son disciple, nous apprend de son cote que Rondelet, voyant Fontanus, son ann et col eo-ue, très dangereusement malade, le pria instamment d’ordonner par son testament quapiès sa mort on lui remit son corps — pour le disséquer .
Jadis les médecins et les savants ne se faisaient aucun scrupule de faire des expériences sur des condamnés à mort. Hérophile, d’Alexandrie, opéra des vivisections sur six cents condamnés ; il leur ouvrait le ventre pour sentir les mouvements de 1 intestin et la poitrine, pour senlir battre leur cœur.
Attale, roi de Pergame, et Mitlmdate, icn Pont, abandonnaient àleurs médecins des scélérats
sur lesquels on essayait des poisons.
Le christianisme provoqua une telle reactio , qu'au temps de Galien on ne put même plus d.ssequer les morts.
Les premières secouristes.
Une fonction particulièrement généreuse passionnaillesfemmes au moyen-âge : c’était celle de panse les blessures et de guérir les navres. Elles J livraient avec zèle, et, si I on encrait les témoignages des poètes, elles y réussissaient à miracle. Ces suc
LES PREMIERES SECOURISTES
doivent-ils être attribués aux recettes simples et éprouvées qu’elles se transmettaient de mère en fille, aux potions et oignements, dont quelques spécimens sont venus jusqu’à nous, sous le nom de « remèdes de bonnes femmes » ? Etaient-ils en majeure partie le résultat du contact magnétique de leurs blanches mains, délicates et attentives, de leurs voix douces et pleines de tendres consolations? Les guérisons avaient, nous le croyons, toutes ces causes à la fois.
Ceux qui en ont écrit ont donné, pour but unique de leur soin d acquérir la science de g’uérir, le devoir de panser elles-mêmes leurs parents et leurs amis blessés à la guerre ou dans les tournois. C’est un de leurs motifs en effet, le passe-temps favori étant alors de donner et de recevoir des coups de lance ; mais ce motif n’est assurément pas le seul. Au talent d étancher une pdaie, de l’entourer de bandelettes, de réduire une fracture, les femmes joignaient celui de saigner, de ventouser, de composer des élixirs et des potions, d’oindre les parties malades du suc de bonnes herbes et de les désenfiévrer. (1)
Dans sa dissertation « sur l’état des sciences de lOoi à 1314 », 1 abbé Lebœuf nous apprend qu Abailard voulut, dans sa communauté du
(1) Cf. Antony Méray. La Vie au temps des Trouc ères , c
Paraclet, que l’infirmière au moins fut experte en médecine, et qu’il y eût une des religieuses capable de donner des soins aux autres sœurs. Les lettres d’Héloïse nous montrent qu’elle-mème était loin d’être ignorante à cet égard.
C’est au point de vue du pansement héroïque, il est vrai, que les preuves sont les plus nombreuses. A chaque page de nos innombrables épopées chevaleresques, apparaît une dame ou une demoiselle piteusement penchée sur un corps meurtri.
Dans le roman de Percevais lorsque l'illustre chevalier a cassé le bras du sénéchal de sa cour, le roi Artus « qui le cuer a tendre » envoie chercher pour le guérir un médecin et trois jeunes filles ses élèves.
Autre exemple, fourni encore par Chrestien de Troyes, l’Homère de la table ronde, dans son roman d 'Erec et d’Enide : Le chevalier Erec, rapporté sanglant, est soigné par sa femme et par les deux sœurs du comte de Guivres. Ces habiles guérisseuses, « qui moult en savoient », enlèvent premièrement la chair gâtée, « la morte car », puis lavent soigneusement les plaies.
Dans la jolie nouvelle 6iAucassin et Nicolète, Aucassin, tombé de cheval sur une pierre, s’est démis l’épaule. Sa mie ne charge personne de sa guérison ; elle-même opère la cure et le pansement : « Elle le portasta et trova qu’il avoit l’espaule hors du liu (lieu) ; elle le mania tant à ses blanches
les premiers hôpitaux
mains et porsaça, si com Diex le veut qui les amano aune, qu’èle (l’épaule) revint à liu (en place) ; et puis si P List des Hors et de l’herbe fresce et des feuilles
vertes, si les loia sus au pan de sa cemise, et il fut tost gari. » *
La belle sarrazine Floripe, dans le vieux roman de Fierabras, panse Olivier avec la mandragore, cette plante mystérieuse aujourd’hui perdue.
Gérard de Nevers, blessé dans un combat, n’eut pas d’autre médecin qu’une demoiselle : « Une pucèle de céans le prist en cure ; si le pansa tèlement que en pou d’espace en commença à amender, telement et si bien le pensa la pucèle, que, avant
que le mois fust passé, il fut remis sus et du tout guari. »
Egalement dans le dramatique lai de Gugemer par Marie de France, le chevalier de ce nom’ atteint à la cuisse par sa propre flèche, est soigné
par une dame et sa nièce, avec les memes soins touchants.
On pourrait multiplier à l’infini les citations.
Les premiers hôpitaux
Saint Jerome dit que Fabiola, dame romaine fort opulente, vendit tous ses biens et, avec le produit, fonda (vers l’an 380) un hôpital dans lequel on recevait les malades que l’on allait chercher dans
les rues et sur les places publiques, où ils gisaient consumés par la faim et les douleurs.
Saint-Jérôme fait observer que c'est le premier établissement de ce genre auquel on ait donné le nom de nosocomium. Cependant il parait certain que, depuis près de cinquante ans, il existait déjà en Orient quelques établissements qui avaient beaucoup de rapports avec celui de Fabiola.
On voit par les écrits de saint Épiphane qu au milieu de ive siècle, il y avait à Sébaste, ville du Pont, un hôpital destiné à recevoir les pauvres, les étrangers, les estropiés et les infirmes. Il paraît, d’après ce que dit ici saint Épiphane, que 1 hôpital de Sébaste n’était pas alors le seul en Asie, et qu’a peu près à la même époque, il en existait quelques autres, qui étaient tous administrés par des évêques.
Ce ne fut que plus tard qu’on commença à en établir en France; l’Hôtel-Dieu de Lyon parait être le plus ancien dont il soit fait mention.
Les hôpitaux de Reims et d’Autun le suivirent de près.