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LES CURIOSITES I)E

La confrérie des sages-femmes, comme, du reste, j celle des médecins, était placée sous le patronage î des saints Corne et Damien. Les aspirantes sagesfemmes ne recevaient pas une instruction théoiique des plus perfectionnées. 11 n’existait aucun cours j officiel. Toutefois, il était fait chaque année, par un des chirurgiens du Châtelet, « une anatomie de | femme pour l’instruction de ce qui est de la pratique des sages-femmes, où elles seront averties se trouver ( si elles en ont commodité.» Cela fait, les aspirantes j subissaient une sorte d’examen, où elles étaient interrogées par le médecin, les deux chirurgiens et les deux matrones jurées du Châtelet. Si elles étaient admises, elles pouvaient, une semaine après, j « mettre et apposer au-devant de leurs maisons, ,] enseignes de saiges-femmes, comme ont les autres : | qui sont une femme portant un enfant, et un petit garçon portant un cierge, ou un berceau avec une fleur de lys, si bon leur semble ».

Une fois reçues, elles devront rigoureusement ; observer les statuts de la corporation. En toutes J circonstances, elles se comporteront « sagement, honnestement et vertueusement, et n’useront de parolles ny gestes dissolus ». Elles ne toucheront les patientes, qu’autant qu’elles auront ôté leurs bagues de leurs doigts, si elles en ont, et lave leurs mains. Si l’accouchement est difficile, elles devront faire appeler aussitôt soit un médecin, soit un chirurgien, soit une « des anciennes maîtresses et matrones jurées »,

LES PREMIERES SAGES-FEMMES

Une ' déclaration de septembre 1664 chargea les chirurgiens d’instruire les sages-femmes; à partir de ce moment, elles sont « agrégées » officiellement à la communauté des chirurgiens , au même titre que les renoueurs, les herniaires, les dentistes, les oculistes et les litothomistes.

Cela n’empêchait point les sages-femmes, alors comme plus tard, de pratiquer, quand l'occasion s'en présentait, des avortements criminels. Quand le crime était découvert, le châtiment était exemplaire. A la date du 14 décembre 1596, le chroniqueur L’Estoilc écrivait ces lignes : » Y eut une garce pendue à la place Maubert, qui avait jesté son enfant dans les privés, chose assez commune à P a ris. » On apportait à l’Hôtel-Dieu une telle quantité de fœtus mort-nés qu’une religieuse était spécialement chargée de les jeter au fond de la tour du limbe , avec « un minot de chaux-Uve par dessus, pour les brusler et consommer et empescher la trop grande puanteur ». (1)

On cite peu de noms célèbres de sages-femmes, avant les Lachapelle, les Dugès, les Boivin, qui ont été l’honneur de leur profession. La première qui ait occupé l’opinion publique de son temps est Louise Bourgeois « femme de M. Martin Bours-

(1) Aib. Rousselet, Notes sur l’ancien Hôtel- Dieu de Paris, p. 37.

sier » reçue le 12 novembre 1598, et dont le docteur Chéreau (1) s’est jadis constitué l'historiographe.

Louise Bourgeois accoucha six fois Marie de Médicis. Elle perdit sa réputation dans les circonstances suivantes : En 1627, elle avait accouché la duchesse de Montpensier, qui mourut d’une affection offrant tous les symptômes d’une péritonite puerpérale. Bien que, dans le procès-verbal d autopsie, les médecins et chirurgiens se fussent gardés d’incriminer la sage-femme, celle-ci se crut offensée par les termes du rapport, et attaqua ceux qui l’avaient signé avec une rare violence. Mal lui en prit. Guillemeau, premier chirurgien du roi, lui répliqua de bonne encre, et déclara brutalement que la mort de la duchesse était imputable aux manœuvres de la sage-femme. Louise Bourgeois dut bientôt après se retirer des affaires : son renom était mortellement atteint.

Jadis, en temps d’épidémie, il y avait des sagesfemmes spécialement désignées pour accouchei les femmes atteintes de la peste, et il semble même

que partout la charge de sage-femme des pestiférés ait existé avant celle de sage-femme des pauvres. La sage-femme des pestilérés s appelait sagc-

(1) Chéreau, Esquisse historique sur L. Bourgeois (1852, in-8°).

LES PREMIÈRES SAGES-FEMMES

femme rouge , parce que, comme les prêtres, les médecins et les chirurgiens, affectés au service des pestiférés, elle devait porter un vêtement de couleur écarlate qui la désignait de loin au public. On voulait ainsi permettre à ceux qui avaient besoin de ses soins de la distinguer facilement, et prévenir en même temps les autres de s’écarter de son dangereux contact. Du reste, son costume lui était fourni par la ville, qui lui délivrait 5 à 6 aunes de drap rouge par an, tant que l’épidémie sévissait.

Pline fait mention de plusieurs femmes célèbres qui ont pratiqué les accouchements, qui même ont composé des traités d’obstétrique : telles Artémise, reine de Carie, Livie, Laïs, etc.

Le médecin grec Aélius parle, à plusieurs reprises, d’une sage-femme du nom d’Aspasie, très habile dans son art, et qui pourrait bien être la célèbre courtisane qui fut la maîtresse de Cyrus le Jeune et d’Artaxercès, roi de Perse. Aétius nous a conservé les fragments d’un volume où Aspasie enseignait les meilleurs procédés pour rendre les femmes stériles ou pour les faire avorter.

La mère de Socrate était sage-femme. (1)

(1) « Ce que raconte Hyginus « qu’au commencement il n’y avait point de sages-femmes chez les Athéniens, attendu que les lois défendaient à toute femme libre ou esclave d’étudier la médecine et « qu’une jeune

Vers la fin du xvne siècle (1692), les sages-femmes étaient peu nombreuses et d'autant plus considérées. Mme Parfait, au pavillon des Tuileries, près des grandes écuries (pavillon de Marsan), était une sage-femme de distinction.

La célèbre Mme Pilon, d’après l’abbé de Clioisy [Mém. , Coll . Petitot, 2e série, t. 63, p. 515), était une accoucheuse de mérite ; de môme, la grand tante de Racine, Mme Vitart(Mesnard, Vie de Racine , p. 40j.

A Amsterdam, on avait donné aux sages-femmes pour les instruire le fameux Ruysch, dont les préparations anatomiques étaient, à juste titre, si

universellement admirées. (1)

fille nommée A gnodice, déguiséeen homme, avait appris la médecine chez Hèrophile , et avait sous ce travestissement porté secours aux parturientes », a un tel cache d’invraisemblance, que la donnée ancienne de la pratique des accouchements par les femmes n a pas pu en être ébranlée. La suite du récit d Hyginus qui dit que les médecins, n’étant plus appelés chez les femmes, portèrent plainte devant l’Aréopage, pourrait prouver tout au plus que la jeune femme-médecin avait outrepasse les^li mites de son devoir, et quelle avait ete appelée à la place des médecins.» Siebold et Hergott, Essai d uni histoire de l’obstètricie , p.53-o4.

(1) 11 v a une école pour les sages-femmes au Caire.

« Les élèves sont renfermés comme dans un harem, jamais elles ne sortent; et chaque mois, la sage-femme £ chef les visite, afin de bien constater qu elles sont toujours vierges. Elles sont payées et reçoivent de bO à Sis1 plltres "par mois. On les marie à leur sortie Je l’école ». Lr Godârd, Eg'ipte et Palestine , p. 19--0.

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