‹ Les curiosités de la médecine (volume 2)Chapitre 23 sur 86 · L ORIGINE DE L'OPERATION CESARIENNE · texte numérisé non relu

L ORIGINE DE L'OPERATION CESARIENNE

Lucien raconte positivement (. Dialog . Deor ., IX), que Hermès, sur l’ordre de Jupiter, ouvrit le ventre de Semele morte dans les flammes,' pour en retirer l’enfant de sept mois qu’elle portait, et que Jupiter cousit dans sa hanche jusqu’à sa maturité. D’après d’autres (Appollodore, III; 4. Diod. Sicul., IV, 2), Semele aurait mis au monde dans les flammes, avant terme, un enfant que Jupiter prit auprès de lui. Il va plus de concordance dans la manière dont est racontée la naissance d’Asclepios, que Phœbus sauva du sein de sa mère Coronis, brûlée sur le bûcher après avoir été tuée par Artemise (Pind., PyLh. , III, 76; Apollod, III, 10; Pausan., II. 26). On voit que 1 histoire de ce qui a été appelé « opération césarienne sui la femme morte», se perd dans les temps les plus anciens, car le 1 ai L de la possibilité de sauver l’enfant après la mort de la mère ne pouvait avoir échappé aux peuples anciens.

Toutefois il est extraordinaire qu’aucun des médecins de 1 antiquité n’ait mentionné celle opération dans ses écrits, d’où l’on pourrait tirer la conclusion qu’elle n’avait pas été pratiquée par les médecins, et qu’elle avait été entreprise et pratiquée tout simplement et sans art. La frayeur des morts, l’impureté de leur contact, font penser que les médecins »e la pratiquaient pas, et qu’elle avait été abandonnée aux esclaves.

La provenance du mot « Cœsar », a utero corso,

que Pline donne, que Festus répète (ouv. e., p. 262),

« cœsones appellantur ex utero malri exsecli » ; le dire d’écrivains postérieurs, qui, dans les mots de « primas cœsar» veulent voir Jules César si connu, est aussi inexact qu’irréfléchi, car lors de la guerre dans les Gaules, sa mère vivait encore, ainsi que cela est prouvé par les anciens auteurs.

L’opération pratiquée sur la femme vivante appaitient à une époque bien postérieure. Aussi Festus déjà donnait-il une autre origine du mot Cœsar ajouté au nom de Jules (1).

Un ventre pensionné

On lit dans les Mémoires de Feiiquières, que François de Pas, un des meilleurs officiers de l’armée de Henri IV, ayant élé tué à Ivry, sous les yeux de ce prince : « Ven/re saint gris, j’en suis fâché! n’y en a-t-il plus? », s’écria-t-il. Et sur ce qu’on lui dit que la veuve du mort était grosse : « Eh bien ! répliqua-t-il, je donne au ventre la pension qu’avait cet officier. »

Ne nous étonnons pas de voir un ventre pensionné; n’y en a-t-il pas eu un de couronné ? Sapor II, roi des Perses, ce barbare dont la fortune triompha du génie de l’empereur Julien, était encore dans le

(1; SiEBOLDetHERGOTT, Essai d’une histoire de l'Ohstètricie .

: LA COUVADE

ventre de sa mere lorsque le trône devint vacant par la mort d’Hormisdas. Les mages ayant annoncé que la reine était grosse d’un enfant mâle, le ventre fut couronné et régna. D’autres ventres ont régné depuis, mais tous n’ont pas été aussi virils que ce ventre féminin.

Superstitions relatives à l’obstétrique.

La Couvade

Combien d’usages qui nous apparaissent à première vue singuliers, combien de légendes naïves, dont le sens allégorique cache le sens exact, et qui, à l’analyse, nous révèlent chez nos ancêtres, des états d’âme, si l'on peut ainsi parler, qu’on retrouverait difficilement chez les sujets habituellement disséqués par MM. Barres et Bourget!

Au risque de sembler vieux-jeu, nous ne sommes pas de ceux qui sourions aux récits fantastiques, aux contes de Mère l’Oye, qui font encore la joie des veillées. Nous osons même dire qu’il est regrettable qu’on ne recueille pas, alors qu’il en est encore temps, les débris épars du traditionnisme : les recettes populaires, les formules magiques, les proverbes et les dictons, tout ce qui constitue, en un mot, ce que les Anglais ont appelé le Folk-Lore. Les médecins de campagne emploieraient leurs loisirs à interroger, à interviewer, puisque le mot est de mode, nos braves paysans sur ce sujet particulier, que nous ne trouverions point là matière à

raillerie. Quelle ample moisson pourraient-ils faire! Il y a tel remède, dit de bonne femme, qui réussit : pourquoi ne pas en chercher l’explication au lieu de le rejeter de parti-pris? La chimie excite notre admiration, mais elle nous cause parfois de pénibles déceptions. On a trop médit des herbes et des simples, et le temps de leur réhabilitation n’est peut-être pas si éloigné qu’on le pense.

11 est un autre point «pie chacun de nous pourrait tenter d’éclaircir dans sa sphère : comment se sont perpétuées, à travers les âges, et dans quelques régions déterminées, des coutumes qui touchent de près ou de loin à la médecine ?

Ainsi, par exemple, quelle est l’origine de celle coutume bizarre qu’on nomme la couvade ? Combien de nous qui ignorent la signification de ce terme !

La couvade, qu’on prononce «la coubade» dans le Midi, c’est, comme l’étymologie l'indique, l’action de couver. Ceci ne vous dit rien? vous n’allez pas tarder à être tirés d’embarras.

Lorsqu’une femme vient d’accoucher, il est d’usage, dans certains pays, qu’elle se lève dès le premier jour. Le mari s’alite à sa place, et se couche auprès de l’enfant, qu'il couve, pour ainsi dire, pendant plusieurs heures, sinon pendant plusieurs jours. Alors les voisins, les amis, de s'empresser autour du lit où repose le père du non-

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