‹ Les curiosités de la médecine (volume 2)Chapitre 25 sur 86 · I. A COI' VA l)K · texte numérisé non relu

I. A COI' VA l)K

tain temps. Vous jureriez que c’est lui qui vient d’accoucher. J'avais lu cela autrefois et j’en avais ri. ne pouvant ajouter foi à pareille folie, et supposant que celte coutume barbare était contée plutôt en plaisanterie que sérieusement, mais, à la fin, je l'ai vue, de nies propres yeux , chez eux. »

Plus près de nous, en 1842, M. Mazé, commissaire général à la Guyane française, constate la couvade chez des tribus indiennes, riveraines de l’Oyapok.

En 1852, M. Voisin, juge de paix d’une commune de la Guyane, reçoit, pendant une nuit, l’hospitalité dans une cabane d’indiens Galibis, et, le lendemain, apprend avec stupéfaction que, derrière la cloison de feuillages qui séparait son hamac de celui de ses hôtes, il était né un enfant. La mère n’avait pas poussé le moindre cri. Mieux encore : elle était, dès l'aube, à la rivière, occupée à faire sa toilette et celle du nouveau-né, tandis que, pendant ce temps, le mari restait couché et geignait.

Plus récemment, en 1884, le Dr Lenoël, professeur suppléant a l’école d’Amiens, chargé par le gouvernement français d’une mission dans la région qu’on appelle le territoire contesté , partie de la Guyane comprise entre l’Oyapock et l’Amazone, écrivait au Dr Maurel, à propos de la couvade :

« La couvade existe chez tous les Indiens que j’ai

rencontrés ; je l’ai vue chez les Marouanes du haut Ouassa. Pendant dix jours, l’homme est resté dans son hamac, ne mangeant pas de poisson, « qui aurait été pour l’enfant une cause de mort », et ne se nourrissant que de viandes rôties. Au bout du deuxième jour, la femme était remise de son accouchement. Elle avait passé ces deux jours dans une des petites huttes que les Indiens construisent dans les savanes, à quelques mètres de la rivière. Tous les soirs, pendant tout le temps qu'a duré la couvade, les hommes s’assemblaient dans la case du mari, et s’enivraient de cachiri en dansant au son d’un tambour. Les femmes n’étaient pas admises. »

En Europe môme, la couvade existe de nos jours. Dernièrement, un Russe assurait à M. Letourneau, qui a rapporté le fait dans un de ses ouvrages (1), que la couvade était encore en usage dans les provinces baltiques. Le mari se mettait au lit, poussait des gémissements, et voisins et amis venaient lui rendre visite.

Léon Donnât avait également raconté à l’auteur de l 'Evolution du mariage qu’il avait trouvé la couvade dans la petite île de Markens dans le Zuyderzée.

En Sardaigne, dans le Campidano. la couvade se pratique.

(1) Letourneau, L’Evolution du Mariage et de la Famille, 397.

LA COUVADE

Du temps de Diodore de Sicile, on l’avait observée dans certaines localités de la région montagneuse du Tallano.

Fait qui paraîtra plus surprenant: la couvade existerait, encore à l’heure actuelle, dans notre propre pays, dans le Béarn (1) !

11 n'y a là rien de bien surprenant. Nous avons vu que les Anciens avaient mentionné l’existence de la couvade chez les Ibères, ces peuples vaillants qui lurent les alliés de Carthage lors de la deuxième guerre punique. Or, nos Basques modernes ne sont autres que les Ibères. C’est pour le même motif que les Ibères, ayant peuplé la Corse et la Sardaigne, la coutume de la couvade se retrouve dans ces pays.

On a longuement disserté sur l’existence de la couvade en Béarn, et, comme dans toute controverse, tout le monde n’est pas tombé d’accord. A MM. Beauregard et Hervé (2), qui sont pour l’affirmative, ont répliqué MM. Vinson et Hovelacque (3), qui penchent pour la négative (4).

(1) On a aussi parlé du Haut-Limousin, mais un supplément d’enquête serait nécessaire pour l’établir.

(2) Bull.de la Société d Anthropologie, 2 novembre 1 882.

(3) J. Vinson et Hovelacque, Etudes de linguistique.

(i) M. Bladé, dans son Etude sur l'origine des Basques, 18G9, in-8°, conclut aussi pour la négative.

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M. de Quatrefages, qui a séjourné près de huit mois parmi les Basques, allirme, dans ses Souvenirs d’un naturaliste, que la couvade existe encore et qu’elle remonte à la |)lus haute antiquité il : il s appuyé sur l’autorité d’un auteur (2), originaire du pays basque, qui, en celte qualité, devait être bien renseigné sur les mœurs de ses compatriotes. Pour qui connaît la sûreté de documentation de M. de

(1) Le médecin Sacombë, qui écrivait à la fin du siècle dernier, en parle ainsi dans sa Luciniade :

En Amérique, en Corse, et chez 1 Ibérien,

En France, même encore chez le A énarnien,

Au pays navarrois, lorsqu’une femme accouche, L’épouse sort du lit et le mari se couche ;

Et quoiqu’il soit très sain et d’esprit et de corps, Contre un mal qu’il n’a point l’art unit ses efforts ; On le met au régime, et notre faux malade Soigné par l’accouchée, en son lit fait couvade ;

On ferme avec grand soin portes, volets, rideaux ; Immobile, on l'oblige à rester sur le dos.

Pour étouffer son lait qui, gêné dans sa course, Pourrait, en l'étouffant, remonter vers sa source, Un mari, dans sa couche, au médecin soumis. Reçoit en cet état, parents, voisins, amis,

Qui viennent l’exhorter à prendre patience Et font des vœux au ciel pour sa convalescence.

(2) Chaiio, Hist. basques, Bayonne, 1817; Légende d’Aitou, 91 et suivantes.

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