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OREILLE

nement, on doit encore retrouver cliez lui la trace d organes ayant servi dans ses étals transitoires antérieurs. Jadis, les oreilles remuaient; donc elles peuvent encore remuer. Et, en effet, on rencontre encore aujourd'hui des personnes aux muscles auriculaires actifs. Autrefois, on en rencontrait également, puisque les Ephémérides des Curieux de la Nature, de 1085. parlent d'une jeune fille dont les oreilles se mouvaient. Quelques érudits du temps mirent en doute 1 authenticité de l’observation. Le rédacteur des Nouvelles de la République des Lettres, en septembre 1680, lit remarquer qu'il n’était pas permis de « nier celle singularité après ce que M. 1 abbé de Marolles atteste du philosophe Crassol. »

Né à Langres et mort à Paris, au collège de la Marche, cet original, malpropre comme un cynique, portant la barbe long’ue, touffue, et les cheveux mal peignés, avait (dit l’abbé de Marolles qui l’a connu) une chose bien particulière : c’était de plier et de redresser ses oreilles à volonté, sans y toucher.

Selon Pierre Messie, saint Augustin a vu un homme qui non seulement remuait les oreilles comme il le voulait, mais encore ses cheveux, sans faire aucun mouvement ni des mains ni de la tète.

Vesalius, un anatomiste très expérimenté pour son temps, dit fort bien qu’il a rencontré à Padoue deux hommes dont les oreilles se dressaient.

Est-ce que Procope ne compare pas Justinien à un âne, « non seulement à cause de sa pesanteur d’esprit et bestise, mais encore eu égard à ses oreilles mobiles, qui le firent nommer en plein théâtre maître baudet par ceux de la faction Verte ou Prasine dont il était l’ennemi? »

Il y a mieux : cette anomalie musculaire a été signalée chez une divinité grecque, chez le dieu de la force brutale, chez Hercule. Hercule possédait des oreilles mobiles. On les voyait se dresser quand il mangeait. Athénée rapporte des vers d’Epicharme où il est dit : « Sa mâchoire choque bruyamment, ses molaires frappent avec éclat, ses canines grincent, il siffle par les narines, il agite ses oreilles ! »

Le chirurgien belge Jean Palfm ou Palfyn dit, dans son Anatomie chirurgicale (Leyde, 1710). que Jean Méry, chirurgien berrichon, faisait exécuter à volonté toutes sortes de mouvements à ses oreilles.

Valsalva, autre chirurgien italien, soutient, dans son ouvrage : De aure humana tractatus (Bologne, 1704), que si l’oreille humaine n’exécute point les mêmes mouvements que certains animaux, ce n’est pas qu’elle est dépourvue de muscles, mais

OKEILLE

c’est qu ils sont dans un état de paralysie par l'effet de nos habitudes sociales; il ajoute que les Africains, chez lesquels on ne comprime point la tête des enfants nouveau-nés par l’usage des bandeaux, ont les oreilles avancées en dehors et que leurs muscles auriculaires jouissent de tous leurs mouvements. Aussi ces peuples entendraient-ils beaucoup mieux que nous.

La duchesse d Abrantès, dans ses Mémoires , rapporte qu’un des plaisirs de la Cour était devoir l'Impératrice Marie-Louise faire tourner son oreille sur elle- même ; elle accomplissait ce curieux phénomène par un mouvement des muscles de la mâchoire qui faisait tourner son oreille presque en un cercle entier.

D'un homme humilié, triste ou déçu, l’on dit qu’il baisse l’oreille. Cette expression vient d’observations faites sur certains animaux qui dressent ou rabattent les oreilles suivant ce qu’ils éprouvent. Elle se rencontre dans les écrits de Platon. Horace s’en est servi pour lui-mème.

La Fontaine nous montre le renard qui, dupé par la cigogne, s’en va,

Serrant, la queue et portant bas l’oreille .

Chez l’homme, les muscles auriculaires sont, en

général, assez atrophiés pour ne pouvoir déterminer aucun mouvement du pavillon.

On lit dans le second volume des Anecdotes anglaises que le poëte Prior, étant devenu sourd dans sa prison, on lui reprochait à sa sortie d’avoir négligé sa santé : « Comment pouvais-je. disait-il, prendre soin de mes oreilles, quand je n’étais pas sur de ma tète. »

Cheveux

On prétend que toutes les femmes dont l'histoire a gardé la mémoire, — ou presque toutes — ou bien celles qui vivent encore dans le souvenir des hommes de par les traditions mythologiques ou légendaires, que toutes ces créatures, charmantes et souvent fatales, avaient des cheveux clairs, cendrés, dorés... ou enflammés.

Adam était rouge, Eve était blonde.

Les cheveux de Vénus ruisselaient comme des Ilots d’or sur ses divines épaules rosées.

La chevelure de Cérès avait la couleur des moissons qu’elle enseigna aux hommes à tirer delà terre.

La belle Hélène, que les vieillards de Troie ne pouvaient regarder sans émotion, relevait savamment ses cheveux, blonds comme les blés mûrs.

en km: i .\

Salomé, fille d’Hérodiade, ([ni dansa devant Ilérode et lui demanda la tète de saint Jean-Baptiste, Salomé avait des cheveux jaunes. Du moins, les vieux maîtres la représentent avec une chevelure claire, parce qu’on prétend que les jeunes tilles juives de haute naissance étaient blondes.

Saint Jean-Baptiste, le supplicié, avait des cheveux couleur noisette — - une teinte qu’on trouve assez souvent en Russie.

Lucrèce Borgia était blonde.

Blonde aussi Catherine de Médicis, ou du moins elle teignait en blond ses tresses brunes.

Marie de Médicis avait également des cheveux clairs.

C’est Y. Cousin, je crois, qui nous décrit ainsi les cheveux de Mme de Longueville : a d’un blond cendré, de la dernière finesse, ils descendaient en boucles abondantes, ornaient l’ovale gracieux de son visage et inondaient d’admirables épaules, très découvertes, selon la mode du temps. »

Blonde encore, Anne d’Autriche ; blonde, Mme de Sévigné, dont la coiffure bouclée est restée célèbre. Blonde, la douce La Vallière. Les cheveux blonds de Mme de Lamballe et de Marie-Antoinette furent teints du sang de celles dont ils étaient le plus superbe ornement

LES CUIilOSITÉS DE LA TETE

Mme de Girardia eul aussi une chevelure blonde; elle était (louée, en outre, d’un teint si fin qu'il supportait, sans désavantage, le voisinage du vert glauque.

Une des beautés de l’impératrice Eugénie, c’étaient ses cheveux d'un blond... hardi.

Les Anglais ont une nuance de blond charmant, qu’ils appellent auburn. C’est un blond foncé, à reflets dorés.

Leur lady Macbeth et Mary Tudor étaient blondes. La reine Bee (Elisabeth) avait des cheveux rouges.

Les plus grands dieux des Grecs : Jupiter, Apollon, Vulcain étaient cramoisis.

Samson, dont la force titanesque ébranlait de puissantes colonnes, avait des cheveux flamboyants, et Dalila, la perfide, était blonde. La conservation du royaume de Mégare était attachée à un cheveu pourpre du roi Nisus.

Parmi les blonds vénitiens, on cite encore Shakespeare, Millon, Lafayette et l’auteur de « Robinson » dont la tête était ornée de cheveux roux.

Les possesseurs de chevelures rousses et blond doré jouiraient, du reste, d’une immunité bien consolante (s’ils se plaignaient de leur couleur). Ils ne seraient jamais atteints de la petite vérole, d’après les statistiques. Par contre, ils seraient des candidats-nés à la tuberculose.

CHEVEUX

Dodonée mentionne des plantes qui favorisent ou arrêtent la pousse des cheveux.

Ainsi les cendres de l’armoise champêtre [Artemisia eampestris L), dans un peu d’huile claire, empêcheraient la calvitie, et feraient pousser rapidement et fortement la barbe qui serait un peu lente à venir.

On emploie encore à cet effet des plantes sympathiques, par leurs tiges velues ou capillaires ; c’est par exemple le cas pour l’ortie et V Adianthurn eapillus vend is L.

Cette dernière plante, coupée menue et- appliquée sur la tête, qui est devenue chauve par la teigne ou quelque autre maladie, fait repousser, d’après Galien, une nouvelle chevelure.

Si, pour avoir les mains blanches, on lave cellesci dans une décoction de racines d’orties, les mains se couvrent de poils; voilà pourquoi il faut ensuite les frotter avec de la fiente de moineau et les laver dans de l’eau tiède.

En Nouvelle-Calédonie, les hommes teignent leurs cheveux en jaune avec de la chaux et les parsèment de grains de corail et de perles de verre.

En Micronésie, les femmes blanchissent les leurs avec des liquides spéciaux.

ATaïti, les femmes, au temps de Cook, se coupaient les cheveux autour des oreilles ; aujourd'hui, elles les laissent flotter en grandes boucles sur les épaules, à l’exemple des hommes, ou les réunissent en deux tresses, relevées en double fronde sur la nuque.

A 1 imitation des Européens, les Taïtiens utilisent les cheveux des morts, mais, au lieu d’en faire des portraits, ils en fabriquent des ficelles d’une o-pande longueur, dont on conserve plusieurs brasses au musée de Londres.

Les sauvages qui ont la moustache peu fournie se la coupent ou se l’épilent presque toujours. Ceux qui sont peu avancés en civilisation obtiennent ce résultat au moyen d’une pierre tranchante; tels les insulaires de 1 île de Pâques, au dire du missionnaire Eyraud.

Les Javanais s’épilent la barbe, et leurs femmes ont horreur de cet attribut sexuel: elles traitent de boucs les hommes barbus.

A Taïti, on s’épile jusque sous les aisselles; de meme aux Philippines, où les naturels portent pour cet usage de petites pincettes de métal suspendues au cou.

Les Péruviens, racontent des historiens espagnols, s’arrachent avec grand soin les rares poils de barbe dont les pourvoit la nature.

Dans les huacas ou anciennes sépultures, on retrouve fréquemment tics momies munies de pinces : de cuivre pour s’épiler la face.

CHEVEUX

Les Peaux-Rouges pratiquent encore aujourd’hui un usage analogue.

Par opposition, citons l’exemple de la race velue des Aïnos. Les femmes ne se trouvant pas des favoris assez abondants, s’en peignent en bleu au-dessus des lèvres.

Dans bien des pays, comme autrefois chez les Francs, les longs cheveux étaient un signe d’autorité. Les prêtres du soleil au Mexique les laissaient croître danscebut; et, d’après Herrera, Cortezobligeait les prêtres idolâtres à couper leur chevelure avant de transformer leur temple en chapelle catholique. La noblesse et l’armée avaient aussi le droit de porteries cheveux longs. Le peuple, au contraire, les conservait courts ou se les coupait avec des rasoirs de pierre.

Mais il ne suffit pas a certains peuples de laisser croître leurs cheveux naturellement. Ils en font d étranges édifices, auprès desquels pâliraient ceux de nos coiffeurs parisiens. Les Vétiens se constituent ainsi des coiffures qui ont jusqu’à 5 pieds anglais de circonférence et donnent à l'être humain 1 aspect d un énorme champignon. Pour ce faire, ils ont un coiffeur spécial auquel ils consacrent plusieurs heures tous les soirs.

Ln Afrique, dans la vallée du Niger, la chevelure

tressée des jeunes femmes ressemble à un casque de dragons.

Sur l’Oubanghi, nous rapportent les derniers voyageurs français, les femmes, pour grossir leur chevelure, l’entremêlent de paquets de ficelles.

On comprend que les cheveux étant tenus pour une possession si honorifique, l’habitude soit venue d en dépouiller les ennemis et de s’en servir comme trophée de gloire: lel le scalp usité chez les Indiens d’Amérique.

Chez les Abyssiniens, au contraire, le vainqueur avait droit de se tresser une tresse avec ses cheveux pour chaque ennemi tué. Après dix faits d’armes, on pouvait se tresser la chevelure à volonté.

D’autres peuples se rasent soigneusement la tète; mais celte pratique existe surtout chez des peuples assez civilisés : telle la pratique des Indous. Les Chinois, on le sait, s’en rapprochent, ne conservant qu'une queue.

Chez nos moines, c’est une idée de sacrifice à Dieu qui impose cette mutilation (1).

Les races se déplument au fur à mesure qu’elles s instruisent, en raison directe même de leur civilisation. Gloire aux chauves ; ils sont les hommes d’après-demain, ils sont les précurseurs. Et puis

(1) Dr F. Régnault in Médecine Moderne.

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n est pas chauve qui veut, mais bien chauve qui peut.

Les chauves ont d’illustres ancêtres: Socrate, César et Louis XIV. Ces deux derniers étaient même tellement fiers de leur calvitie qu’ils la cachaient jalousement à tous les regards comme un porte-bonheur. César la dissimulait sous la couronne impériale de laurier et Louis XIV sous la perruque. C’est même pour complaire à leur souverain que les courtisans du Roi-Soleil portèrent perruque ; et ce fut une mode, presque une règle de 1 étiquette royale pendant le grand siècle.

Plus près de nous, le chancelier de fer, M. de Bismarck, n’est-il pas une des figures les plus considérables de l’histoire moderne? Or, il possédait trois cheveux, trois, qui se dressaient comme un trident sur son sommet marmoréen.

Il est curieux de constater que, depuis un temps immémorial, les cheveux sont considérés comme concentrant la force vitale de l’homme. C’est à cela que l’on doit la coutume qui consiste à conserver quelques cheveux d’un personnage célèbre, ou même, tout simplement, d’un être aimé.

La légende des cheveux, centre de la vie, se retrouve de toutes parts en Judée, avecSamson ; en Grèce, avec l'Alceste, d’Euripide; chez les Védas et aussi à Rome, où Virgile parle des cheveux d’or de Didon.

LES Cl’HIOSITÉS UE LA TETE

La vie de Nisus, d’après Pausanias, tenait à ses cheveux de pourpre et celle de Ptéréleas, d’après Apollodore, était due à son unique cheveu d'or.

Est-ce de là que viendrait la locution familière: « Sa vie ne tient qu’à un cheveu ?... »

Notre système pileux change de couleur avec l’âge, ce qui n’est pointle cas dans l’espèce animale. La neige des années tombe surlecràne des vieillards mais à d’autres causes encore il faut quelquefois attribuer la décoloration capillaire.

On raconte que les cheveux de Thomas Morus, chancelier d’Angleterre, devinrent blancs dans l’espace d’une nuit lorsqu'on lui eut annoncé sa condamnation à mort(1534).

On a prétendu que Marie-Antoinette, emprisonnée à la Conciergerie, vit ses cheveux blanchir d’une nuit à l’autre ; mais le fait n’est pas historiquement prouvé. D’autres exemples sont et scientifiquement confirmés : à Solférino, un jeune soldat autrichien, terrifié par le combat auquel il prenait pari, devint blanc instantanément. (I)

(1) « Mademoiselle..., d’une très forte constitution, d’une taille élevée, avait passé son enfance dans le château de Chantilly et avait souvent joué avec le duc d’Enghien, enfant lui-même. Lors de l’émigration, Mademoiselle... fut confiée à une dame chargée de veil-

CHEVEUX

Byron h démontré qu’il n ignorait pas la canilie subite dans son Prisonnier de Chillon :

« Mes cheveux sont gris, non à cause des ans — Et ils n’ont pas blanchi — En une seule nuit, — comme les cheveux de ceux qui sont sous le coup de soudaines frayeurs. «

La littérature offre, au reste, de nombreux exemples de canitie émotionnelle. Ludovic Sforze, dit le More, devint subitement blanc dans la nuit même qui suivit le jour où il tomba au pouvoir de Louis XII, son plus mortel ennemi.

Sanson, dans les Mémoires d’un bourreau de Paris, rapporte un grand nombre de cas de canitie subite chez des condamnés à mort.

Le cardinal Donnet, qui faillit être enterré vivant, en ressentit une telle émotion que ses cheveux en devinrent blancs.

Presque tout le monde connaît le cas historique d’Henri IV, qui aimait à montrer une partie de sa barbe et des cheveux, blanchis en une nuit à la suite do la douleur causée par lemassacrede la St-Barthé-

lor à son éducation. Les événements politiques devinrent plus graves, cette jeune enfant sentit la misère, son éducation fut négligée. A la mort du duc d’Enghien, mademoiselle tombe dans la lypémanie la plus profonde, elle avait 16 à 17 ans,.se.s cheveux devinrent gris presque subitement , Mademoiselle lut envoyée à la Salpêtrière, où elle a vécu un grand nombre d’années avant de succomber.» Esquirol, Des maladies mentales, t. i.

lemy. Il avait dormi pendant 24 heures la tète et le menton appuyés sur la main (1).

Les cheveux portent malheur : en astronomie, la comète, présage de terribles événements, a une chevelure ; le soleil qui dore les moissons et fait mûrir les fruits, les étoiles confidentes de nos rêves, ne sont point embarrassés de cet encombrant appendice.

La Bible ne nous rapporte que des histoires fâcheuses arrivées à des gens chevelus. C’est d’abord l’aventure d’Absalon, qui resta accroché aux branches de la forêt. C’est Ilolopherne que Judith prit par les cheveux pour lui couper la tète. C’est Samson, a qui Dalila coupe les cheveux et qui vaniteusement laisse repousser cette broussailleuse auréole ; la force revient à Samson, il ébranle les colonnes du temple de Dagon et meurt enseveli sous les décombres. 11 fut resté tête rase, coupée « à l’ordonnance », qu’il eût vécu vieux.

L’histoire de France n’est pas moins instructive : en 93, les bourreaux prenaient les têtes des eriillo-

(1) Cf. De la canitic subite émotionnelle , par le 1 )r Rousseau. Thèse de doctorat en médecine, Bordeaux

Ces faits de canitie subite auraient été mieux placés à la lin du volume, au chapitre: Les Emotions morbides. Nous nous excusons d’y avoir songé trop tard.

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tinés par les cheveux pour les montrer au peuple ; jamais ils n'ont osé prendre la tète d’un chauve à deux mains. Rappelez vous Hernani de Victor Hugo: n’est-ce point à sa calvitie que le vieux Ruy Gomez doit d’échapper à la mort, quand le roi Don Carlos lui dit :

La tête qu’il me faut est jeune ! 11 faut que morte On la prenne aux cheveux. La tienne ? Que m’importe! Le bourreau la prendrait par les cheveux en vain ;

Tu n’en a pas assez pour lui remplir la main.

On ne cite qu’un seul accident dû à la calvitie : La Fontaine, dans une fable intitulée Y Horoscope (livre VIII), nous raconte la mort du poète grec Eschyle ; mais il est bon d’ajouter que La Fontaine est fataliste et que sa fable tend à prouver qu’on ne peut se soustraire à sa destinée. Ecoulez plutôt :

Cette précaution nuisit au poète Eschyle.

Quelque divin le menaça, dit-on,

De la chute d’une maison.

Aussitôt il quitta la ville.

Mit son lit dans les champs, loin des toits, sous les cieux- Un aigle, qui portait en l’air une tortue,

Passa par là, vit l’homme, et sur sa tête nue,

Qui parut un morceau de rocher à ses yeux,

Etant de cheveux dépourvue,

Laissa tomber sa proie, afin de la casser :

Le pauvre Eschyle ainsi vit ses jours avancer.

LES CUIilOSITÉS UE LA TETE

Les dames romaines, à la fin de l’empire, portaient souvent de faux cheveux, des perruques volumineuses, poudrées, parfumées, teintes en pourpre, couvertes de poussière d’or. Les premiers Pères de l’Eglise se sont fort élevés contre cette mode, qui cependant persista longtemps à la cour d’Orient.

11 ne paraît pas que l'usage de porter perruque fut admis en Occident pendant le moyen âge, et celte habitude ne s’introduisit en France que vers la fin du xve siècle. C’était une importation italienne.

Quant aux faux cheveux, il est à croire que de tout temps les femmes en portèrent pour suppléer à ce <pie la nature leur refusait. Cependant nous ne trouvons, à propos de cet usage, que des allusions trop obscures pour affirmer qu’il en fut ainsi.

A la fin du xve siècle, les gens de robe portaient perruque, ainsi que nous l’apprend Villon, si toutefois les Repaies franches sont de ce poète :

Et mettez tous peine délire (1).

Entre vous, jeunes perrucatz (2),

Procureurs, nouveaulx advocatz,

Aprenant aux despens d’aultruv.

(1) Laissez, de côté toute préoccupation ».

(2) « Gens à perruques », c’est ainsi qu’on désignait,

CHEVEUX

On jurait anciennement sur les cheveux comme on jure aujourd’hui sur son honneur; les couper a quelqu’un c'était le dégrader, le flétrir.

On obligeait ceux qui avaient trempé dans une même conspiration de se les couper les uns aux autres. Frédégonde coupa les cheveux a une maîtresse de son beau-fils et les lit attacher à la porte de 1 appariement du prince. L’action parut horrible.

En saluant quelqu’un, rien n’était plus poli que de s’arracher un cheveu et de le lui présenter. Clovis s’arracha un cheveu et le donna a saint Germier, pour lui marquer à quel point il 1 honorait ; aussitôt chaque courtisan s’en arracha un et le présenta à cet évêque, qui s en retourna dans son diocèse, enchanté des politesses de la cour.

On lit dans le Cours d,’ Histoire Naturelle (tome I, page 197, édition de Paris, 1770), que, dans une famille de Verneuil-sur-Oise, près Senlis, le père et ses fils seulement étaient nés absolument sans cheveux.

L’histoire nous offre un exemple où les femmes se couvrirent de gloire en faisant le sacrifice de leurs cheveux.

234 les curiosités de la tête

Au siège de Carthage, comme on manquait de matière pour faire des cordes, elles coupèrent leurs cheveux et en fournirent abondamment.

Ce lut un temps la mode de porter les cheveux courts. A propos de l’origine de celte mode, on a fourni l’explication qui suit :

Cette mode s était établie a la suite d’un accident arrivé à François Ier dans une de ces batailles que se livraient le roi et les seigneurs de la cour par façon de passe-temps. Voici les détails qu’Etienne Pasquier nous donne à ce sujet : « Advint par aventure que le roy François Ier de ce nom ayant esté lortuitement blessé à la teste d’un tizon par le capitaine Lorges, sieurde Montgommerv, les médecins furent d’avis de le tondre (1521). Depuis, il ne porta plus de longs cheveux. »

Par flatterie, les courtisans s’empressèrent d’imiter le roi; puis, la vanité s’en mêlant, cette mode finit par gagner de proche en proche. La petite noblesse se fit un point d’honneur de copier les gens de la cour. La bourgeoisie voulut à son tour ressembler aux gens d’épée ; et de là la manie de se faire tondre, suivant l’expression employée par Lyon Jamet, pour avoir quelque chose de l'homme de guerre.

Les Egyptiens offraient aux dieux des vœux pour a guérison de leurs enfants malades ; et lorsque ces

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derniers étaient hors de danger, ils les conduisaient dans le temple où ils leur coupaient les cheveux, qu’ils mettaient dans une balance avec une somme d’argent du même poids, qu’ils donnaient a ceux qui avaient soin de nourrir les animaux sacrés (Diodore de Sicile).

Ce fut Philippe-le-Bon qui donna le premier exemple des perruques. Une longue maladie lui ayant fait tomber les cheveux, ce prince, sur le conseil de ses médecins, couvrit sa tète chauve d une chevelure artificielle, et par une politesse de courtisan, cinq cents gentilshommes en firent autant dans la ville de Bruxelles. C'est sans doute depuis cette époque qu’on a pu compter parmi les courtisans tant de tètes à perruques.

Dans l’Armorique, les enfants conservent encore, dans les échanges de leurs petites propriétés, un usage très ancien : on confirme la cession qu’on venait de faire en soufflant au vent un cheveu. Ainsi se terminaient sans signature et sans notaire les marchés des premiers âges.'

Le cheveu était l’emblème de la propriété. On y renonçait en le jetant : c’était déclarer par un acte matériel qu’on ne reviendrait pas sur l’accord

LES CL ' It I USITÉS DE LA TETE

arrêté, puisqu’il serait impossible aux contractants de rendre le cheveu que le vent avait emporté.

De ces cheveux, dans les temps plus modernes, ont été trouvés sous des sceaux : ils tenaient lieu de signature.

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des régions

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