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L’envoûtement consiste à reproduire en cire la fiouire de la personne à qui l’on veut du mal, et de piquer celte effigie soit au crâne, soil dans les membres, le plus souvent dans la région du cœur.
Un exemple d’envoûtement fameux est celui du roi Louis X ou Louis le Mutin, qui aurait été, dit-on, envoûte par la femme d’Enguerrand de Marignv, laquelle vivait au commencement du xivc siècle.
Même accusation, en 14(51, à propos du comte de Cliarolais et de Louis XI; puis, en 1574, contre l’astrologue Ruggieri, condamné aux galères avec La Môle et Coconas pour avoir tenté d’envoûter le roi Charles IX.
Nous avons vu renaître les mêmes pratiques de nos jours. En 1850, un cœur de mouton traversé d’un poignard, servait aux conjurations d’une nécromancienne du faubourg Saint-Martin.
Deux ans plus tard, on ramassait dans un cimetière parisien un cœur, tout hérissé de longues épingles noires, disposées dans un certain ordre.
On sait que le maréchal de Rais (Gilles de Laval) s était donné au diable corps et âme pour refaire sa fortune, et lui avait offert, en guise de sacrifice, la main, les yeux, le sang et le cœur d’un enfant égorgé.
Dans les théories des astrologues, le cœur était placé, comme le foie, sous l’influence de Mars, probablement à cause delà similitude de couleur deces viscères avec la coloration de la planète elle-même.
Le cœur était un tel objet de vénération chez les Anciens qu’ils interdisaient de faire servir le muscle cardiaque des animaux aux usages comestibles.
Le biographe de Pythagore, Elien, nous assure que ce philosophe interdisait de manger le cœur des animaux ; Jamblique ajoute que Pvthagore défendait également la cervelle.
L’arrachement du cœur a été, de tout temps un des supplices les plus cruels qu’on infligeât aux coupables. En Angleterre, ce raffinement de cruauté était mis en usage contre ceux qui se rendaient coupables de haute trahison.
Le cœur des animaux tenait une grande place chez les Romains, dans les sacrifices et les au<nires C était, nous dit Plino, un liGurcux présage quand, une certaine quantité de graisse enveloppait la pointe du cœur.
Suivant le scoliasle de Marcien Capella, cité par Mont faucon, dans le Supplément à l’Antiquité expliquée, les aruspices observaient sept organes avant de prononcer leur sentence: la langue, le foie, la rate, le poumon, les reins et le cœur. Si ces oro-anés étaient pâles et livides, c’était mauvais signe; s'ils étaient frais et vermeils, le présage était heureux.
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Riolan rapporte qu’il a trouvé des cœurs qui pesaient jusqu’à deux ou (rois livres ; enlr autres celui de la Reine Marie de Médicis, qui était environ de ce poids. «Peut-être, ajoute-t-il. que les chagrins et les afflictions de celle malheureuse P fincesse, n'avaient pas peu contribué à lui grossir le cœur ; au moins esl-ce le proverbe, qui n’est pas fondé sur rien : que les gens outragez ont le cœur gros. »
Terlullien reproche à Marcion d avoir un melon à la place du cœur, puponem loco cordis habere. Notre expression avoir un cœur de citrouille ne viendrait-elle pas de là ?
On se souvient des vers de la Chanson de Musette.
Non, ma jeunesse n’est pas morte,
Il n’est pas mort, ton souvenir;
Et si tu frappais à ma porte,
Mon cœur , Musette , irait t'ouorir.
On trouverait facilement dans nos poètes, et non des moindres, des vers où le cœur joue un rôle bizarre.
Lisez la dernière scène de Ruy-Blas , vous y
verrez :
LES CUIMOSITÉS DES REGIONS
Permettez, ô mon Dieu, justice souveraine ?
Que ce pauvre laquais bénisse cette reine.
Car elle a consolé mon cœur crucifié.
Vivant par son amour, mourant par sa pitié...
Concierge citez Miirger, le cœur est devenu Christ chez Hugo.
Nous allons maintenant le voir sous le costume militaire :
Le cœur, pourquoi, je l’ignore,
Aime à changer de garnison.
Ces derniers vers sont de Nadaud.
La langue française emploie, comme on voit, des métaphores plutôt hardies.
Estomac
Chez les Arabes, non-seulement l’éructation est tolérée, mais elle est une marque de politesse et le témoignage bien accueilli de satisfaction d’un estomac reconnaissant.
Tous les voyageurs en font foi. Gustave Flaubert, pour n’en citer qu’un, dans une lettre adressée à Jules Cloquet, s’exprime ainsi : « Quelquefois nous nous arrêtons pour déjeuner dans un restaurant turc; la on déchire la viande avec ses mains, on recueille la sauce avec son pain, on boit de l’eau
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dans des jattes, la vermine court sur la muraille, et toute l’assistance rote a qui mieux mieux, c est charmant ».
L'invasion arabe paraît même avoir laissé sur ce point, en Espagne, des traces de son passage ; elle en a laissé heureusement beaucoup d autres plus importants et d’un meilleur goût.
T alternant des Réaux raconte dans ses Mémoires que au cours d’un certain repas, offert a la cour d'Henri IV au connétable de Castille et aux gentilshommes espagnols de sa suite, un de ces derniers, assis en face du maréchal de Roque-* laure. « faisait de grands rots en disant: Lasanita delcuerpo, senor mareschal». Le senor mareschal se contenta d’abord de faire la grimace, mais comme l’autre réitérait fréquemment, il se lève, tourne le dos, et lui fait un gros p... en disant : « La sanita del culo, senor espagnol. »
La conduite du gentilhomme espagnol et la phrase qui lui sert de commentaire indiquent bien qu’une idée d utilité et d hygiène est attaché à cet usage si universellement répandu dans les pays orientaux.
Les copieux repas emplissent l’estomac et la tension desgazsejoint au poids des aliments pour dilater l’organe. On a fait grand bruit dans ces dernières années et non sans raison delà dilatation de l estomac et de sa thérapeutique. Les Orientaux ont depuis long-
lemps appliqué à cet étal un moyen prophylactique et curatif qui ne paraît pas inférieur à maints autres plus vantés.
En diverses localités du département de Saùneet-Loire, on a pu observer et recueillir plusieurs < ni i< -uses particularités a propos de ce mouvement convulsif de l’estomac, connu sous le nomde hoquet.
\<>iu quelques-uns des moyens couramment employés pour le guérir.
1. — D’abord le couplet enfantin que les mamans ne manquent pas de faire dire à leurs « petiots [», certaines que ces mots traditionnels vont conjurer et faire cesser la désagrésble convulsion:
J’ai l’loquet (le hoquet )
Dieu m'ia fait Vice Jésus Je n’ lai pus...
La naïve formulette est efficace ou non ; mais elle n’en reste pas moins en pleine faveur parmi la population des mères, qui toutes y ont une aveugle confiance.
2. — Ensuite une expérience un peu moins bénigne et à laquelle on a, dit-on, reconnu maintes fois une véritable influence.
Nous la détaillons: on prend de la main droite un verre aux trois quarts rempli d’eau. De la main
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gauche, on prend un couteau, dont on plonge la lame jusqu’au fond du verre, en tournant le coupant du côté des lèvres: on le tient par le manche, et Ion boit. C’est une position difficile, la tête se penchant forcément en arrière, afin de tenir les lèvres aussi éloignées que possible du lil du couteau. Le résultat de cette posture serait de faire cesser le désagréable hoquet.
3. — Puis enfin, il y a le coup de la peur. Si 1 on parvient à se glisser mystérieusement derrière la personne ennuyée de la secousse trop longtemps répétée, et que, par un cri subit ou un brusque contact sur l’épaule, on réussisse à 1 effrayer, il a été souvent reconnu que celte frayeur ferait immédiatement cesser l’indisposition.
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Le Foie
»x savant a remarqué que les écrivains orientaux plaçaient le siège des sentiments affectifs plutôt dans le foie que dans le cœur, à l’exemple des poètes grecs, et il cite Anacréon, qui dit que l’amour tend son are et me perce le foie.
Dans le langage vulgaire, les Allemands disent aussi ■Tirer ses paroles du foie (Von der Leber weg spredien), pour dire parler avec sincérité et sans détour, comme si cet organe était le siège de la franchise.
Ils disent aussi, en parlant de quelqu’un qui a un accès de mauvaise humeur : qu’il lui a passé quelque chose par dessus le foie, ou que quelque chose lui est tombé sur le foie [Es ist ihm etwas ii ber die Leber gelait feu, ou Es ist ihm et, va s attf die Leber gefallen).
Les Français, au lieu de l’organe sécrétoire, parlent souvent de la sécrétion : émouvoir la bile , échauffer la bile, décharger la bile , sont synonimes d exciter la colère, décharger sa colère.
Une bile triste signifiait en latin: deuil, tristesse
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affliction. L’élégant Tibulle, pour exprimer uno époque calamiteuse, dit que les temps sont mondes d’un triste fiel.
Omnia jatn tristi tempora felle madent.
Lib. III. Eleg. IV.
Les anciens, dit Virey ( Dict . des sc. mèd ., à l’article Passion), avaient fondé une théorie, erronée sans doute, sur le siège des diverses affections; mais qui prouve qu'ils avaient observé leur influence sur plusieurs de nos viscères. Ainsi l’on a dit que les hommes splene rident, felle irascunt, jecore am int, pulmone jactantur, corde sapiunt.
D'autres regardent les vapeurs ou l’hypocondrie nerveuse, et la sombre tristesse qui l’accompagne, comme émanant de la rate, etc.
Ces expressions matérialistes, dont chaque langue a les siennes, quoique différentes selon les nations, mériteraient plus d attention qu’on ne leur en a donné, qu’on les emploie dans le style élevé ou dans le langage familier.
Les Hébreux localisaient l’amour dans le foie ; comme les Hébreux, les Arméniens rapportaient l’amour à la glande hépatique. Un poète arménien
(lit, en parlant d’un amant délaissé par sa maîtresse, qu'il se retire le foie brisé.
Les Persans plaçaient dans le foie le courage, et même toutes nos facultés intellectuelles et morales.
Les Chinois le mettaient dans la vésicule du fiel. Comme nous dirions un homme de cœur , les Chinois disaient un homme de bile. Les Chinois croyaient, du reste, qu’en mangeant le foie ou en buvant le fiel de leurs ennemis, leur courage et leur ardeur au combat en étaient accrus.
Pour Galien, il y avait au contraire un rapport inverse entre le courage et le volume du foie : il cite a ce propos le lièvre dont le foie est remarquablement développé.
Pour Platon, le Joie est le siège des passions charnelles.
Si Horace veut nous peindre la colère, c'est le foie et la bile qu’il met enjeu.
Senèquele Tragique fait siéger dans le foie la miséricorde et, dans un autre passage, la peur.
Perse y voit le point de départ de toutes nos passions.
On a employé le foie des animaux à divers usages thérapeutiques.
Cen’csl pas sans fondement, nousdit Celse, qu’on recommande contre l’asthme le foie du renard desséché, réduit en poudre et administré en potion. Et
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il ajoute : les personnes qui distinguent passablement les objets dans le jour, mais qui ne peuvent rien voir pendant la nuit, doivent faire rôtir un loic de bouc ou de chèvre, se faire des onctions sur les veux avec le jus qui découle pendant la cuisson et mander ensuite le foie lui-même.
Pline donne le même conseil, relativement au foie de chèvre, en le motivant par ce fait que les chèvres, dit-d, voient aussi clair la nuit que le jour.
Le foie de l’àne mangé à jeun, d’après Dioscoride, est convenable contre le mal caduc, et le même auteur estime que le foie du chien enragé, mangé rôti par ceux qui sont mordus, préserve de l’hydrophobie.
Le fiel lui-même, en dépit ou peut-être à cause de la répulsion qu'il inspirait, jouissait, aux yeux des anciens, de propriétés curatives : « Le fiel de l’hyène et la présure du phoque, animaux d’ailleurs très dangereux, ont des propriétés éprouvées pour certaines maladies, » nous assure Plutarque, et le fiel, confirme Pline, est utile contre les affections des yeux, ad oculorum médicamenta utilius habetur.
Les malades atteints d’ictère (jaunisse) en étaient guéris en regardant un loriot. D’après Plutarque, cet oiseau « attire et reçoit en son corps la jaunisse qui sort et s’écoule par les yeux du malade. «
Divers objets à l’usage de l’homme ont, depuis
les temps les plus reculés, emprunté leur nom à certains organes du corps humain, soit à cause de l’action médicamenteuse de ces substances, soit par suite de certaines analogies de forme ou de couleur. Ainsi chez les Grecs, la plante hepatorium était ainsi nommée à cause de sa ressemblance extérieure avec le foie ; 1 hépatite, présent précieux chez les Latins, devait son nom à sa couleur analogue à celle du foie.
De même le foie de soufre, le foie d’antimoine, etc., sont des médicaments se rapprochant par leur couleur de la glande hépatique.