‹ Les curiosités de la médecine (volume 2)Chapitre 77 sur 86 · LES REINS · texte numérisé non relu

LES REINS

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Une superstition très répandue prête à 1 urine des vertus prophylactiques et médicales.

L’urine humaine, chez les Romains, préservait de la sorcellerie.

Les juges qui condamnèrent Sainte-Luce. la firent arroser d’urine afin qu’elle ne put s’échapper par un maléfice, ou se préserver des sortilèges en se lavant les mains dans l’urine.

Pour éviter le nouement de l’aiguillette, le promis urine trois fois au travers de l’anneau destiné à sa future en disant : In nomine patris , etc.

Dans le comté de Mark, en Wesphalie, la nuit de Walpurgis, on lave le bétail avec de l’urine dans laquelle on a fait cuire de la matricaire.

Les excréments sont aussi un préservatif. Les amulettes antiques représentent assez souvent un enfant nu et accroupi, les deux mains sur les genoux, dans une attitude caractéristique.

En Ecosse, pour préserver les veaux, on leur introduit dès la naissance, dans la bouche, un peu de bouse de vache.

A Amsterdam, le crottin de cheval ramassé devant la maison et placé derrière la porte éloigne tous les maux.

En Souabe, pour préserver du mauvais œil, on peint le front des enfants avec des excréments. Chez les Slaves méridionaux, le jour de la Saint- Georges, on trace sur la porte des croix avec de la bouse de vache.

LES CUHIOSITES DES IIEGIOXS

Avant l’Islamisme, les Arabes s’attachaient des ordures au cou contre le mauvais œil (1).

Les Tschuktschs offrent leurs femmes aux voyageurs; mais ceux-ci, pour s’en rendre dignes, doivent se soumettre a une épreuve dégoûtante : la fille oti la femme qui doit passer la nuit avec son nouvel hôte, lui présente une lasse pleine d’urine ; il faut qu’il s’en rince la bouche. S’il a ce courage, il est regardé comme un ami sincère ; sinon, il est traité comme un ennemi de la famille.

En Afrique, sur le côte de Rrogabott, on observe la même pratique. (2)

La vessie

Le premier qui ait pratiqué la taille hypogastrique, que l’on nommait autrefois la taille par le

(1) D1 2' F. Régnault, in Correspondant médical.

(2) Louis XIII avait besoin de demander de grandes forces à la table, car ses médecins ne l’épargnaient pas. Bouvard, son premier médecin, lui infligea en une seule année 215 médecines, 212 lavements et 47 saignées.

Obligé de passer par leurs mains, et de rester longtemps au lit, il avisa au moyen de satisfaire plus commodément aux nécessités de la nature. Il incenta les urinoirs à col et les biguiers ou vases à col avec lesquels il pouvait prendre de la nourriture sans être forcé de se déranger.

LA VESSIE

haut appareil, est un chirurgien du xvie siècle du nom de Pierre Franco, né aux environs de Sisteron.

Franco n'était pas, à vrai dire, un chirurgien, c'était plutôt ce que l’on appelait un inciseur de pierre, profession peu estimée, exercée par des empiriques. Franco n’en a pas moins laissé un grand nom dans les annales de la chirurgie. Grâce à son procédé, on pouvait aller chercher dans la vessie des calculs trop volumineux pour être extraits par la taille périnéale.

Un des chirurgiens qui ont pratiqué avec le plus

de succès la méthode du haut appareil fut Sou-

berbielle, disciple du frère Corne, qui garda jusqu’à

sa mort une physionomie des plus originales de ce

siècle. Songez qu’il avait été l’ami de Marat et de

Robespierre, le juge de Marie-Antoinette, et qu’il

vit successivement tomber l’Empire, deux rois et

qu'il assista à l’aurore de la seconde République.

On lit dans le Journal de Jean de Raye (1460- 1483). par Bernard de Mandrot, le passage suivant :

« Audit moys de janvier 1111e LXXIIÏ, advint que ung franc archer de Meudon, près Paris, estoit prisonnier es prisons de Chaslellet, pour occasion de plusieurs larrecins qu'il avoit faicts en divers lieux et mesmement en l'église dudit Meudon; et pour lesdiz cas et estranglé au gibeL de Paris nommé Monlfaucon, dont il appellaenlacourt de Parlement,

où il fut mené pour discuter de son appel. Par laquelle court et par son arrest fut ledit franc archer déclairé avoir mal appelle et bien jugié par le prévost de Paris, par devers lequel fut renvoie pour exécuter sa sentence. Et, ce mesme jour, fut remonstré au roy par les médecins et chirurgiens de ladicte ville, que plusieurs et diverses personnes estoient fort traveillez et molestez de la pierre, colique, passion et maladie du costé, dont pareillement avoit esté fort molesté ledit franc archer, et que aussi desdictes maladies estoit lors fort malade monseigneur du Boschage, et qu’il seroit fort requis de veoir les lieux oulesdictes maladies sont concrées dedens les corps humains, laquelle chose ne povoit mieulx estre sceue que inciser lecorps d’un homme vivant, ce qui povaitbien estre fait en la personne d’icellui franc archer, qui aussi bien estoit prest de souffrir mort. Laquelle ouverture et incision fut faicte au corps dudit franc archer, et dedens icellui quis et regardé le lieu desdites maladies, Et, après qu’ilz orent esté veues, fut recousu et ses entrailles remises dedens, et fut, par l’ordonnance du roy, fait très bien penser, et tellement que, dedens XV jours après, il fut bien guery et ot rémission de ses cas, et ot rémission sans despens et si lui fut donné avecques ce argent ».

C’est, vraisemblablement la première opération de la pierre qui ait été signalée.

LA VESSIE

L'histoire nous apprend qu’un grand nombre d’hommes célèbres ont souffert de la gravelle el de la pierre. Parmi eux citons : Louis XIV, Cromwell, Bacon. Bossuet, Buiïon, Chamfort, Colbert, Franklin. Montaigne, Napoléon Ier, etc.

Les médecins, qui passent, du reste, pour n’ètre pas insensibles à la bonne chère, dépensent peu de force physique, malgré leur vie active ; aussi fournissent-ils de nombreux exemples de gravelle et de pierre. Tels sont ceux de : Barthez, Hallé, Nysten, Lisfranc, Antoine Dubois, etc.

«Le Pape Innocent XI, écrit Dionis. (1) étant mort le 13 Août 1080, fut ouvert. On lui trouva deux pierres, une dans chaque rein; celle du rein gauche pesait dix onces, et celle du droit dix. J’ai trouvé ce fait si particulier, et le volume de ces calculs si extraordinaire, eu égard à la capacité naturelle du lieu où elles se rencontrent, que je les ai fait graver sur un dessein qui m’en fut envoyé de Rome, afin de vous en faire voir la grosseur et la figure. »

Le pape Innocent XI n’est pas le seul calculeux (1) Cours et Opérations de C/iiruraie .

288 les curiosités des régions

illustre dont l'histoire de la médecine ait retenu le nom.

Vers le milieu du dix-septième siècle, on porta solennellement un jour a Notre-Dame de Liesse, un calcul énorme qu’on suspendit, en façon d'e.rvolo, dans une chapelle, par un cordon de vermeil, sur lequel le donataire avait fait graver 1 inscription suivante : Cette pierre a été hree de François- Annihal d’Estrées, duc et pair, premier maréchal de France, par la grâce de Dieu et l’intercession

de la Sainte- Vierge, le 15 septembre 155' i.

Or, le maréchal d’Estrées, qui n’était autre que le frère de la belle Gabrielle, de galante mémoire, avait quatre-vingt-deux ans, lorsqu’on lui fit cette terrible opération, qu’il eut raison d’affronter avec courage, puisqu’il eut plus de vingt ans de sur\ie.

Le maréchal d’Estrées fut pendant quelque temps dans le plus grand danger. In courtisan dont la vie était très peu édifiante, mais qui joignait à des mœurs scandaleuses une dévotion outrée, envoya savoir de ses nouvelles, en ajoutant qu’il allait prier Dieu pour lui : « Qu'il s’en garde bien, répondit le maréchal, il gâterait tout. »

Quand Fagon eut annoncé à Bossuet qu il avait la pierre, l’âme du grand évêque fut saisie d lmrreur. et il préféra la mort à l’opération; Fagon la subit plus tard avec un grand courage. Boileau

LA VESSIE

eut la pierre dans son adolescence. Newton, Marmont, el, d’Alembert en furent atteints dans leur vieillesse.

La découverte de la lithotritie est la plus admirable Je la chirurgie, et nous ne craignons pas de la regarder, de même que celle des anesthésiques, comme un des présents de la divinité.

Disons, à l'honneur de Malgaigne, qu’interprète du sentiment universel, il déclara à la tribune que, s'il avait la pierre, il aurait recours à la lithotritie, c est-a-dire qu il aurait suivi l’exemple fourni à notre génération par l’un des plus grands lithotomistes de notre siècle, Antoine Dubois. Il n’avait pas oublié que, peu d’années auparavant, sollicité par son ami Hallé de lui pratiquer la taille, Dubois engagea Béclard à le remplacer. Hallé mourut des suites de 1 opération. Atteint lui-même de la pierre, il s’adressa à Civiale qui le guérit et donna un banquet pour célébrer son rétablissement. Dubois y vint, conduit par Orfila, et c’est avec une joie sans

mélange que fut célébrée cette fête de famille.

Duret de Cheverny, président des comptes, était fils de Louis Duret, médecin, Il mourut en 1037, après avoirété taillé delapierre. On fit pour lui cette épitaphe :

Cy git qui fuyait le repos,

Qui fut nourri, dès la mamelle De tributs, tailles et impôts,

De subsides et de gabelle ;

Qui mêlait dans ses aliments De l’essence du sol pour livre.

Passant, songe à te mieux nourrir, Car si la Taille le fit vivre,

La taille aussi l’a fait mourir.

L’épigramme suivante, dont l’auteur est le célèbre Saint-Just, est tirée de l’Almanach des Muses, année 1775, page 200 :

Certain Ministre avait la pierre, On résolut de le tailler.

Chacun se permit de parler,

Et l’on égaya la matière.

Mais comment, se demandait-on, A-t-il pareille maladie ?

C’est que soncœur, dit Florimon, Sera tombé dans sa vessie.

Les organes génitaux de la femme, d’après les Anciens.

Quelle idée se faisaient les Anciens des organes

génitaux de la femme ? Se représentaient-ils leur forme, leur topographie et leurs fonctions ? Comment comprenaient-ils la fécondation? Avaientils quelques notions d’embryogénie ? Autant de questions peu frivoles, si l'on en juge par l’ouvrage compact qui a été publié sur ce sujet (1) mal connu.

A une époque où les dissections n’étaient point autorisées, il était difficile d’exposer avec clarté ce qu’on pensait de la fonction génératrice. On en était réduit aux conjectures, et les narrateurs n’avaient pour guide que la fantaisie.

1 our qui connaît les origines de la médecine, il n y a là qu'un phénomène d’ordre naturel. Dans les temps primitifs, la médecine est aux mains des

(1) Etude historique sur les organes génitaux de la femme, par le Dr GàPpillon. Thèse de Paris, 1801.

prêtres, qui en gardent jalousement le monopole. Leurs moyens d’action sont aussi simples que puissants ils ont les attributs de la divinité, ou plutôt des divinités qu’ils représentent. Ces divinités ont chacune leur privilège : elles président au bonheur ou au malheur, a la joie ou a 1 afiliction, à la sanlé et au mal.

Le polythéisme a dominé le monde durant des siècles. On prévoit, dès lors, que les invocations ou les prières constitueront toute la thérapeutique de ces peuples encore barbares, dont on nous vante pourtant les connaissances scientifiques et la civilisation.

Les Egyptiens, par exemple, qu'on croirait très avancés en matière d’anatomie, à en juger par ces merveilleuses momies qui ont bravé depuis des siècles les injures du temps, avaient tout juste sur cette science les connaissances de nos bouchers actuels. Les embaumeurs étaient, certes, d habiles praticiens, mais ils appartenaient à une classe fort ignorante.

C’était un sacrilège d’oser, même dans un but de curiosité scientifique, toucher à un cadavre. Les embaumeurs devaient nuitamment, et avec mille précautions, exercer leur profession, au risque de subir de cruelles représailles.

Chez les Egyptiens, le côté hiératique dominait.

Ils ne manquaient jamais d’invoquer les divinités avant d’administrer leurs drogues; notamment « le

divin remède, le fameux remède » de M. de Pourceaugnac. A ce propos, on croit communément, surlafoi de Diodore de Sicile et surtout de Pline, que c’est à l’ibis, la cigogne sacrée des Egyptiens, qu’on doit attribuer l’invention du... lavement. Nous avons vu ce qu’il en faut penser.

Pline, qui prend son bien oii il le trouve, ne s’inquiétait pas autrement de prouver ses assertions. Il n'est pas plus véridique quand il nous affirme « que les rois d Egypte avaient ordonné d’ouvrir les cadavres pour étudier les maladies».

Pendant longtemps, on s’en est rapporté aux auteurs grecs et latins pour connaître la médecine des anciens Egyptiens. Les archéologues, en mettant au jour ces documents précieux qu’on appelle des papyrus, nous ont présenté toute une série de notes, prises par divers observateurs, qui avaient recueilli les traditions, et les avaient transmises de génération en génération.

Le Dr Peillon semble n avoir eu sous les yeux que le papyrus Ebers, qui est, à la vérité le plus volumineux, le mieux conservé, et aussi le plus important.

Le papyrus Ebers contient tout un chapitre sur les maladies des femmes ; mais, à part quelques indications sur la durée de la possession, le savant archéologue ne nous cite pas autre chose. Il y est bien encore traité des soins hygiéniques, de l’inté-

2t)4 LUS CURIOSITÉS DES REGIONS

rieur des habitations, de certaines affections de la peau, mais tout cela en un langage confus, sans ordre et sans précision.

« Ce sont toujours des prières, des jongleries, des breuvages de toute espèce, des plantes sacrées, des sacrifices, etc., qui constituent le trésor médical » (1).

Les premiers médecins grecs, et en tète d eux Galien, considéraient les traitements des Egyptiens comme « des farces ridicules. »

L’expression, pour si brutale qu’elle soit, nous paraît largement justifiée.

On en pourrait dire autant de la médecine des Chinois qui passent encore, dans certains milieux, comme nos précurseurs en toutes matières.

Les esprits vivifiants jouent un grand rôle dans la physiologie chinoise. Le sang fait cinq foi>s le tour de l’organisme dans les vingt-quatre heures. Le diagnostic s’établit presque uniquement sur l'état du pouls, qu on doit examiner, pendant de longues heures, à trois endroits différents du bras.

La o-vnécoloede est une branche de la médecine

peu cultivée chez eux.

La <>Tossesse a une durée de dix mois : le second

mois, l’enfant ressemble à un boulon de fleurs de

(1) Handvogel, /oc. cil., 54.

pécher, le troisième mois à un cocon, le cinquième mois on reconnaît son sexe.

Le moyen est au moins original : si la mère a un goût prononcé pour les choses sures, si l’enfant change de position à gauche, c'est un mâle.

Si elle aime les choses douces, si l’enfant incline à droite, c’est une femelle.

Le 8e mois, l’enfant est pourvu d’une âme (cette question tant controversée reçoit ici une solution aussi absolue qu’imprévue).

Le Dr Peillon rapporte dans sa thèse différents détails sur la stérilité, les aptitudes àla génération, la manière d’avoir des enfants, qui sont des plus suggestifs. 11 les a extraits du livre « Sur la commodité des femmes », traduit en français par Steenackers, et il les a accompagnés de dessins et de planches très réjouissantes. Les amateurs pourront s’y référer.

Les Chaldéens croyaient fort à l’influence des astres. Ils étaient plutôt devins que thérapeutes1: Leur médecine est analogue à la médecine des Persans, dont le Dr Peillon a oublié de nous entretenir.

Les livres sacrés des Persans contiennent tout : les prescriptions hygiéniques et médicales alternent avec le préceptes religieux ou administratifs.

D'après la fable persane, Zoroastre aurait écrit son Zend-Avesta, qui est comme le Coran des peuples de la haute Asie, sous l’inspiration directe

d’Ormudz, la divinité du bien. Mais à côté d’Ormudz le génie du bien, lutte Ariman qui cherche à contrarier son heureuse influence. C’est Ariman qui possède la boite à Pandore de tous les fléaux qui affligent les humains.

Le Dr Handvogel (1) a rapporté quelques prescriptions du Zend-Avesta, qui ont trait au sujet abordé par le Dr Peillon.

Les femmes, durant l’époque menstruelle, étaient regardées comme impures et devaient être isolées.

Lorsque le flux sanguin se prolongeait au delà de neuf jours, on considérait cet état anormal comme l’œuvre du démon habitant le corps de la femme et qui devait en être chassé à coups de verges.

La femme en couches était regardée comme impure pendant six semaines.

Le coït avec une femme grosse ou avec une nourrice était considéré comme un gros péché.

Cette doctrine de l’impureté de la femme, nous allons la retrouver dans les livres bibliques.

Quand on lit dans la Bible les passages qui ont trait aux organes génitaux, on voit la préoccupation des Hébreux de purifier par tous les moyens ce qu’ils considèrent comme pollué.

(1) Aperçu historique de /'origine de In médecine.

Dominés par celle idée, ils ne font qu’une allusion discrète à la fécondation. Ils croient à la double semence mâle et femelle, le produit étant une lîlle quand la semence de la femme a été pins chaude que la semence de l’homme.

Dans la Genèse, ou première période biblique, c’est-à-dire cinq à six siècles environ avant Moïse, il est fait mention, en termes précis, de la circoncision, de la fièvre traumatique qui parfois l’accompagne et de son caractère spécifique. On y peut aussi constater pour la première fois que les Hébreux connaissaient parfaitement les époques de la formation de la femme, la conception, la durée de la grossesse et la cessation du flux menstruel.

Dans la Bible, il est, au reste, souvent question de médecine. Et l’on trouverait certes matière à un intéressant ouvrage d’érudition si l’on voulait prendre la peine d’extraire des livres sacrés ce qui a trait à notre art.

Les Hébreux, bien avant les Egyptiens, avaient, par exemple, connu l’embaumement. On sait que Joseph d Arimathie s’était servi de ce moyen pour préserver de la putréfaction le corps de son père durant le transport au pays de Chanaan, où devait avoir lieu l'inhumation définitive.

Dans la partie de l'Ecriture qu’on nomme le Lévilique, Moïse annonce aux femmes qui accouchent qu elles seront souillées pendant une ou deux se-

maines, suivant qu elles donneront le jour à un enfant mâle ou un enfant femelle.

Comme on l’a justement fait remarquer, cette distinction entre l’enfantement de l’un ou de 1 autre sexe pour la souillure qui en résulte repose, probablement, sur une idée physiologique erronée.

Heureusement le prophète est parfois mieux inspiré. Moïse parait avoir eu, en dermatologie surtout, des idées fort avancées pour l’époque. Nous avons eu depuis des classifications plus savantes, mais la vérité nous oblige a reconnaître que la symptomatologie de ces affections a fait peu de progrès. Moïse s est, avant tout, préoccupé de délimiter nettement les maladies contagieuses elcelles qui ne l’étaient pas ; les affections curables et celles rebelles à tout traitement. C’était se montrer hygiéniste avisé.

11 y aurait encore beaucoup a dire sur les doctrines médicales de la Bible. Peut-être y reviendronsnous un jour, avec de plus larges développements.

Malgaignequi s’intéressait à tout ce qui. de près

ou de loin, touchait à 1 histoire de la médecine,

avait fait le projet d’ébaucher cette étude. L idée

de Malgaigne ne pourrait-elle être reprise ?

Toutes les notions médicales des Indous se trouvent dans la collection des A édas, qui, d après la croyance populaire, émanent de 1 Être suprême, de Brahma lui-même. Nous n'avons à rapporter ici

que ce qu'ils disent des maladies des femmes et des enfants, ou, pour mieux dire, de la gynécologie et de l’obstétrique.

La femme ne doit jamais se marier avant douze ans ; l’homme pas avant vingt-cinq.

Les enfants de parents trop jeunes n’arrivent pas vivants à terme, ou s’ils viennent au monde, ils ne sont pas viables.

La durée de la grossesse est incertaine : dix mois est le terme régulier.

La ligature du cordon, la délivrance sont indiquées avec force détails.

Les cas de dystocie les plus fréquents sont la difformité de la tête fœtale, la conformation vicieuse du fœtus.

La version par les pieds et par la tête, qu’on croirait d origine moderne, est recommandée comme une opération de choix dans des cas bien déterminés. S'il fallait s’en rapporter exclusivement aux indologues, le peuple indien nous aurait devancé aussi bien en matière de chimie ou de médecine générale qu'en chirurgie ou en obstétrique. La trépanation, l’embryotomie, l’opération césarienne auraient été. à les entendre, d’un usage courant chez ces peuples primitifs.

Il faut en rabattre : les Indiens n'ont pu cultiver 1 anatomie, le respect des morts étant un obstacle absolu à l’ouverture des cadavres. Leur thérapeutique n’a pas d’autre formulaire qu’une collection d’hymnes aux Dieux,

LES CURIOSITES UES REGIONS

Les Yédas, comme tous les livres sacrés des époques primitives, ont subi, à travers les siècles, des modifications nombreuses. Leur rédaction n'est pas uniforme ; d’importantes interpolations en ont altéré le texte primitif.

Les auteurs grecs seront les premiers à traiter ces questions si ardues de la génération et de l’embryogénie humaines, « avec une liberté toute laïque ». Les révélations, d’essence divine, vont enfin faire place aux arguments d’ordre scientifique.

Sans doute, ce sont encore les phénomènes physiques les plus grossiers qu’ils invoqueront pour expliquer la formation de l’embryon et la détermination des sexes. Les mots qu’ils emploieront seront le plus souvent des termes d’argot populaire, qui rentreront plus tard par droit de conquête dans le langage anatomique : le vocabulaire d Aristophane est, entre tous, riche en mots de basse extraction.

Nous passons rapidement sur Pythagore et ses disciples pour arriver à la période hippocratique. Le grand nom d’Hippocrate (1) s impose par sa

(1) Hippocrate, dans son traité De Dicta , parait avoir insinué que les semences d animaux sont remplies d’animalcules. Platon l’a énoncé d’une manière formelle dans le Timée (p. 1088, trad. de Marcus Picenos).

Démocrite a parlé de certains vers qui prennent la forme humaine. Aristote a soutenu pareillement que les premiers hommes sont sortis de terre sous la forme d’un ver, etc. Cf. Le Double, Rabelais anatomiste.

haute autorité, dès le début de cette phase nouvelle Malheureusement son existence est si légendaire, ses œuvres ont une origine si discutable, qu’on se prend à considérer, avec son illustre commentateur, comme apocryphes, la plupart des ouvrages qui lui sont généralement attribués. Les livres sur la génération, sur la nature de la femme et de l’enfant, sur les maladies des femmes, relèvent plutôt de l’Ecole cnidienne que de l’Ecole de Cos.

En tout cas, à côté de théories physiologiques au moins bizarres, on trouve delà menstruation et des principales affections de l’utérus, telles que la métrite, les ulcérations du col, les métrorrhagies, des descriptions cliniques qui témoignent d’un rare esprit d’observation. Inutile de chercher des notions anatomiques. Pour les disciples d’Hippocrate, comme plus lard pour Aristote, c’est encore lettre morte.

Aristote fait toutefois des découvertes et des remarques générales dont l’originalité a tout lieu de nous surprendre. On lui doit certainement d’avoir posé les premièreslois de zoologie etd’anatomie comparées et, àl’aide d’inductions hardies, d’avoir pressenti la conformation extérieure des organes qu il

décrit par le seul effort de sa féconde imagination.

Avec l’école d’Alexandrie, et les successeurs des Alexandrins, tels qu’Asclépiade et Athénée, commence la phase scientifique de la question qui nous occupe.

Mais à Galien, et surtout à Soranus, on doit de bonnes et sérieuses descriptions des organes génitaux de la femme et des maladies qui les affectent. Galien, qui accepte cp grande partie les idées hippocratiques, a du moins eu le mérite de comprendre le rôle du col de l’utérus dont il fait un sphincter.

Dans son Traite de médecine , Cclse ne cite que deux fois la matrice (1), et encore à l’occasion d'opérations chirurgicales pratiquées sur elle. 11 est prudent de démêler dans ses compilations ce qui revient à la légende, pour ne point s’exposer à commettre de graves erreurs.

Les Arabes ont publié peu d'ouvrages originaux, se contentant de reproduire avec une fidélité, à coup sûr louable, les notions anatomiques des anciens.

Ce n'est qu’au xme siècle, comme l'a fait remarquer Chéreau, à celte cour si brillante du roi Frédéric II, un mécréant qui ne redoutait pas de braver les foudres de la Sainte Eglise, qu'on auto-

(1) « La matrice, dit Platon, est un animal qui désire ardemment engendrer des enfants; lorsqu’il reste longtemps stérile après l’époque de la puberté, il a peine à le supporter; il s’indigne, il parcourt tout le corps, obstruant les issues de l’air, arrêtant la respiration, jetant le corps dans des dangers extrêmes et occasionnant diverses maladies, jusqu’à ce que le désir et l’amour, réunissant l’homme et la femme, fassent naître un fruit, et le cueillent comme sur un arbre, semant dans la matrice, comme dans un champ, des animaux invisibles par leur petitesse et encore informes. » Platon, Le Timéc, édition V. Cousin, t. xii, p. 241.

risa les chirurgiens à disséquer des cadavres humains.

C'est Mundinus qui donna au col utérin le nom de museau de goujon, qu'on a, depuis, changé en celui plus exact de museau de tanche (1).

Chéreau a fait justement remarquer que la splanchnologie de cet anatomiste du moyen-âge est pleine de renseignements qui indiquent une largeur de vues et une sagacité des plus remarquables pour l'époque.

Le Dr Peillon, dans un aperçu rapide, nous donne de précieux détails sur la longue période qui

(1) La matrice a été considérée par Platon comme un animal; par Guy de Chauliac, Mundinus, Mathieu de Gradibus, etc., comme un membre viril retourné et interne. « Elle est, dit Guy de Chauliac, comme la verge renversée ou mise au dedans, au quatorzième de l’usage des parties. Car elle a au-dessous des deux bras cellulaires avec les testicules, comme la bourse des testicules. Elle a aussi un ventre commun au milieu comme les parties du pénil. Elle a son col en bras canulé comme la verge. Elle a aussi la vulve comme une balance et la mitre. Elle a aussi le tentigo comme un prépuce. Elleaaussi sa longueur comme la verge de huitou neuf doigts. Et, bien quelle n’ait que deux seins ou cavités manifestes suivant le nombre des mamelles, toutefois elle a chacune d’icelles triplement cellulée, et une au milieu, de sorte que, selon Mundinus, on y trouve sept réceptacles. Elle a colligence ou alliance avec le cerveau, le cœur, le foie, l’estomac, et est attachée au dos. Entre elle et les mamelles sont continuées les veines du lait et des menstrues, à raison de quoi, dit Galien au chapitre vi, Hippocrate disait le lait estre frère des menstrues. » Guy de Chauliac, Grande Chirurgie , p. 77, édit. Joubert, Rouen, 1632.

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