II
but poursuivi, s’est livré à trois opérations successives : après avoir exécuté un dessin d’après le célèbre portrait du philosophe par Franz Hals, et fait d’autre part un dessin du crâne du Muséum s’y adaptant aussi rigoureusement que possible, il a superposé ces deux dessins.
Sur le premier dessin, des points noirs très visibles ont été marqués à la racine des os du nez, aux apophyses orbitaires externes, à l’épine nasale et au point incisif. Ces mêmes points ont été répétés sur le moulage du crâne du Muséum.
A l’aide de ces marques, il fut facile de placer, avec une précision pour ainsi dire mathématique, le crâne du Muséum dans la position que Hals avait donnée à son modèle, et de déterminer les dimensions exactes de l’image qu’il en fallait prendre, pour rendre la comparaison logique et démonstrative.
Cette image a été dessinée, à la chambre claire, par des opérateurs habitués à se servir de cet instrument, et qui ne connaissaient pas le premier dessin exécuté d’après le portrait. Fa superposition des deux dessins, de celui fait d’après le tableau et de celui exécuté directement d’après le crâne du Muséum, a montré une concordance presque absolue.
Fa même expérience a été répétée avec les autres portraits de Descartes : celui de Bourdon, (pii est au Fouvre ; celui de Beck, dont une copie est à la bibliothèque de l'Institut ; le médaillon en terre cuite du musée de Versailles ; un portrait ancien, d’auteur inconnu, appartenant à M. Bulh, de Courbevoie. Fa comparaison du crâne de ces différents
portraits avec celui du Muséum montre des ressemblances parfois très frappantes, mais jamais une concordance aussi complète que celle qui a été obtenue avec le portrait de Franz Hais.
En dehors de toute considération historique, la conclusion qui découle de ces recherches, d’ordre purement plastique, nous paraît devoir être formulée ainsi :
Le crâne conservé au Muséum offre une similitude aussi absolue que possible avec celui que révèle le portrait de Franz liais. Sur les autres portraits, cette similitude, pour n’être pas aussi complète, n’en constitue pas moins un nouvel appoint en faveur de l’authenticité du crâne.
Crânes sans sutures.
Un collaborateur de V Intermédiaire des chercheurs et curieux (i) a trouvé, dans V Anatomie du corps humain de Jean Labin, chirurgien-juré, une observation qui mérite d’être relevée :
Quelques auteurs ont prétendu que le crâne des Mores n’avait point de sutures, mais Riolan, qui fit à Paris la dissection du cadavre d’un More, v en trouva comme aux autres crânes.
Dans les anciennes douleurs de tête, les sutures, c’està-dire les os du crâne, s’écartent quelquefois les unes des autres, comme on l’a observé au crâne du savant M. Pascal, après son décès.
On a observé que ceux qui ont les sutures trop serrées, ou trop effacées, sont sujets à des douleurs de tête insupportables, à l’épilepsie et à d’autres maladies.
(i) 1876, col. 404-
Le crâne de Ximenès.
Don François Xtmenès était un prélat lier, dur, opiniâtre, ambitieux, et d’une mélancolie si profonde, qu il était presque toujours insupportable dans la société, et assez souvent à charge à luimême. Cette tristesse pouvait, a-t-on dit, venir de la conformation de son crâne, composé d’un seul os sans suture (i).
Les A nencéphales.
Le Bulletin de la Société anatomique, du 8 octobre 189-, rapporte une observation de MM. 11erbkt et Deschiens, sur un monstre anencéphale.
Le 1 1 juin 1902, M. André Descos présentait, à I a Société des Sciences médicales de Lyon, un monstre de meme espèce, né à la Maternité de la Charité (de Lyon), trois jours auparavant.
Les cas de ce genre ne sont pas très rares : Pollosso.n 1 1898) en a présenté trois, nés dans la même semaine, dans cette meme Maternité de Lyon ; depuis, Chambard-ITénon, \ iannay, en ont fait connaît re d’analogues.
Ce qui est plus singulier, c’est qu’il existe, ou qu il a existé des races d'Iîommes sans tête. Nous en devons la révélation à M. A. Porte, le sympathique Directeur du Jardin d’ Acclimatation, qui nous a fait connaître les particularités suivantes.
^1) Mazeret, op. cil., 20-21.
Un manuscrit latin du Xe siècle, qui traite de monstris et belluis, c’est-à-dire des monstres et des animaux sauvages, parle d une race d 'Hommes Acéphales, qu’on trouve dans une île du lleuve Brixonte, nom par lequel le Baron v\ alckenaer estime que les anciens désignaient un des affluents du Haut-Nil, dans un pays sauvage, encore peu exploré. Ces êtres singuliers, dit le manuscrit en question, « absque capitibus nascuntur », naissent sans tête ; ils ont sept pieds de hauteur <( septern peduin altitudinis surit »; et, chez eux, les diverses fonctions de la tête sont remplies par la poitrine : « tota in pectore capitis officia gerunt ».
Les auteurs de l’antiquité se passaient de main en main la tradition de ces êtres merveilleux. Pline avait prétendu que ces Acéphales, qu il nomme Blemmis, avait les yeux et la bouche dans la poitrine; et Saint Augustin, dans la Cité de Dieu (livre XVI, chapitre 8), rapporte que leurs yeux, au contraire, étaient placés dans leurs épaules : « oculos habent in humeris ».
Une mention pittoresque de ces monstres se trouve dans les prétendues lettres d Alexandre i e Grand à Artstote et à Olympias, sa mère, compositions bizarres en langue grecque, qui font suite à la version latine du roman d’Alexandre, faussement atribué à Callisthène, et qui paraît avoir été la partie la plus goûtée de cette histoire romanesque, en si grande faveur pendant le Moyen Age.
Jehan Wauquelin, dans son traité des merveilles de l’Inde découvertes par Alexandre, donne avec
LE SQUELETTE
plus de détails la description suivante des Acéphales :
Ils étaient jaunes et luisants comme or et avaient environ six pieds de long et si n 'avaient point de teste mais avaient leurs yeulx, leur nez et leur bouche au milieu de la poitrine. Et par-dessous leur nombril leur croissait la barbe si longue qu’elle leur couvrait les genoux. Et le roi Alexandre voyant ces manières de gens qui semblaient assez raisonnables ( car oncques dommage ne firent, mais offrirent les biens de leur terre en grand abandon) en fit prendre trente pour la merveille que c était à regarder et les emmena avec lui tant que ils vescurent.
Les Hommes sans Cerveau.
Un homme a pu vivre pendant un an, presque sans souffrance, avec un cerveau réduit à l’état de bouillie, et ne formant plus qu’un vaste abcès purulent : voilà le fait curieux, observé par M. le docteur R. Robinson, et exposé à l’Académie des sciences par M. Edmond Perrier.
il s’agit d’un individu âgé de soixante-deux ans, et qui, à la suite d’une légère blessure dans la région occipitale, présenta quelques troubles visuels, qui attirèrent l’attention ; cependant, aucun symptôme alarmant — ni paralysie, ni convulsions — ne se produisit. Les autres sens demeurèrent, d’ailleurs, dans leur état normal.
Au bout d’un an, le malade fut emporté brusquement par une attaque épileptiforme. A l’autopsie, le docteur Robinson constata que le cerveau de cet homme se présentait sous la forme d’une coque