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mince qui, incisée, donna issue à une énorme quantité de pus.

Comment une destruction aussi complété de l’appareil cérébral n’a-t-elle donné lieu à aucun symptôme grave et caractéristique ? Et que devient, devant un pareil fait, la doctrine des localisations, qui attribue aux diverses régions ou zones du cerveau des fonctions bien déterminées ?

Le docteur Robinson, s’appuyant sur ce cas singulier et sur les savantes études des docteurs an Geiuichten et Pierbe Marie, conclut que celle dot'tri ne doit être révisée.

te 11 peut se produire, dit-il, dans les parties touchées du cerveau des modifications dont nous igno¬

rons la nature et les modalités. »

l)e son côté, le docteur Etienne Destot, chirurgien-radiologue et expert au Tribunal de la Seine, a communiqué trois cas inédits, qu’il a vus et observés personnellement.

Dans le service du docteur Daniel Mollière, chirurgien de f Hôtel-Dieu de Lyon, le Dr Deslot a examiné un jeune garçon de douze ans qui, ghs sant sur la rampe d’un escalier, tombe dans la rage et se fracture le crâne sur un bec de gaz. Le docteur Mollière constate que cet enfant a perdu un bol de cervelle. Après dix jours de coma, 1 enfant a repris ses sens, et toutes ses facultés sans exception.

M. Destot a vu et pansé, pendant de longs mois, un maçon qui, en montant une pierre de corniche, fui grièvement hlessé. L’os frontal gauche et le lobe frontal du cerveau furent enlevés. Après quinze jours de coma, le malade reprit ses sens et ne présenta aucun trouble ni du côté de la motilité, ni du

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côté «sensitif, ni du côté de la parole. A sa sortie de l’hôpital, il présentait une profonde dépression du crâne, de la grosseur d’un poing. On pouvait sentir battre le cerveau dans ce creux, de sorte qu'on a dû lui faire un appareil prothétique.

A Alger, dans le service du professeur Bruch, un Arabe se présente avec une plaie du sourcil gauche et un enfoncement de l’arcade, causés par un violent coup de marteau. Pendant deux mois, il resta dans le service sans manifester aucun trouble cérébral. Subitement, un jour, il tombe et l’on constate, non sans surprise, qu’il n’y avait plus trace de cerveau jusqu’au niveau de la svlvienne.

Ces trois faits ont fait dire au docteur Mollière que le cerveau ne servait qu’à bourrer le crâne.

Tête sans Cervelle.

Tête sans cervelle a toujours signifié sottise ou folie. Les Crétins des Valais ont la tête de dimensions exiguës ; de même, les Cagots des Pyrénées.

Pixel avait une collection de crânes d’idiots, dont le faible volume frappait au premier coup d’œil.

Si l’on considère les animaux «situés le plus bas dans l’échelle des êtres, on constate que les zoophytes n’ont ni cerveau, ni moelle épinière; les vers ont une moelle épinière, et point de cerveau ; la moelle épinière des chenilles est terminée par un ganglion, qui indique un commencement de cervelle, etc.

Les Acéphales possèdent la vie animale, mais non la vie intellectuelle. Rtciierand, voulant «s’assu-

j 2 5 LES CURIOSITÉS DE LA MEDECINE

rer si le cerveau était réellement le siège de 1 intelligence, essaya, chez un de ses malades, dont le cerveau était à découvert, à la suite d une destruction partielle des os du crâne, essaya, disons-nous, de comprimer le cerveau du sujet avec la main : lorsque la compression avait lieu, les facultés intellectuelles cessaient sur-le-champ ; l’observateur retirait-il sa main, l’intelligence revenait aussitôt.

Cependant, ce qui rend fort douteux les prétendues prérogatives du cerveau, c’est que, comme nous l’avons vu, on peut le couper, le tailler, en retrancher des parties considérables, sans que l’intelligence en éprouve le moindre déchet. Tout cela est, évidemment, très troublant.

Le cerveau de Jeanne d’Albret.

L’historien Mézeray dit que les chirurgiens qui ouvrirent le corps de la reine Jeanne d’Albret, mère de Henri IV, ne touchèrent point à la tête. Voltaire prétend, au contraire, qu’elle avait recorïJ~ mandé expressément, avant sa mort, qu’on visitât cette partie avec exactitude, parce qu elle avait été tourmentée toute sa vie de grandes douleui s de tete , elle avait, en conséquence, ordonné qu’on cherchât soigneusement la cause de ce mal, afin qu on put le guérir dans ses enfants, s’ils en étaient atteints.

La Chronique novennaire rapporte formellement que Caillard, son médecin, et Desnœtjx son chirurgien, disséquèrent son cerveau, qu ils trouvèrent très sain ; qu’ils aperçurent seulement des huiles d’eau logées entre le crâne et la pellicule qui enveloppe le cerveau, ce qu’ils jugèrent avoir été la cause

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dos maux de tète dont la reine se plaignait. Ils al testèrent, d’ailleurs, dans la poitrine.

Il est à remarquer que le médecin et le chirurgien qui tirent cette ouverture étaient huguenots (i).

La cervelle de U. de la Feuillade.

M. de La Feuillade, avant été blessé à la tête

d’un coup de feu, en 1 6 5 5 , au siège de Landrecies, les chirurgiens qui lui mirent le premier appareil lui dirent que le coup était dangereux et qu’on voyait sa cervelle : « Ah ! parbleu, dit-il, messieurs, prenez-en un peu et l’envoyez au cardinal de Mazar in, qui me dit cent fois le jour que je n’en ai point. )> (a)

Les Déformations céphaUcjiies.

L’usage de soumettre la tête à des déformations artificielles a existé non seulement chez de nombreux peuples d’Amérique, mais chez certains peuples anciens des bords de la mer Noire et des rives du Danube ; elle existerait encore, quoique à un moindre degré, chez certains habitants de diverses régions de la France, notamment aux environs de Toulouse, dans les départements des Deux-Sèvres, du Tarn, et chez quelques campagnards du Limou- ' sin.

Hippocrate, Strabon ont signalé que certains peuples s’étudiaient à « rendre leur tête très lon-

Tt) Mazkiift, Dénomma ou spicilège historique et anecdotique sur chaque partie du corps humain , io.

(a) In., 2 !\.

qu elle était morte d’un abcès

gue, de telle sorte que leur front dépasse en avant leur menton. »

Cette bizarre déformation semble n’avoir pu être obtenue que par une compression occipitale très forte, refoulant le crâne en avant et déterminant une saillie considérable de la région frontale.

Sidoine Apollinaire a parlé, également, d’une horde barbare qui avait l’habitude de se déformer le crâne, voire la face.

Les déformations céphaliques artificielles ont été assez fréquemment signalées en Europe occidentale, soit aux siècles derniers, soit à notre époque (i L

(i) La compression de la tête existe encore chez plusieurs peuplades. Chez les Omagnas, Indiens qui habitent les bords de l’Amazone, on comprime le front des enfants entre deux planchettes, jusqu’à ce que la tête, s’allongeant démesurément, ait pris la forme d’un pain de sucre. Chez les Conibos, tribu de l’intérieur du Pérou, c’est l’aplatissement de la tête qu’on recherche, et qu’on obtient en munissant le berceau, creusé dans un bloc de bois, d’un petit levier qui, place a la hauteur de la tête du bébé, l’empêche de remuer. M. II. -A. Rose donne, dans un numéro de Mcin, quelques renseignements intéressants sur la manière dont les habitants du Pendjab « travaillent a le crâne des enfants, pour lui faire prendre la forme qui est considérée comme étant la plus désirable. T) après M. A.-C. Llliolt, au Guzerate, une des méthodes employées consiste à coucher l’enfant de telle manière que, tandis que son corps repose sur plusieurs épaisseurs d’étoffe, sa tête appuie sur le sol dur. Ainsi se produit cet aplatissement de la face postérieure du crâne, qui est si recherché. En outre, chaque jour, la mère presse et aplatit, avec les mains, la région occipitale.

S’il est de mode d’avoir le crâne aplati en arriéré, 1 usage veut que le nez ail une tout autre forme: le nez doit être long et pointu. Pour obtenir le nez voulu, la mère presse et élire doucement entre scs doigts cet organe. Elle presse, souvent aussi, le milieu du menton, avec une tige, afin d’y déterminer la production d’une fossette. Gar la fossette, au menton est un des caractères de la beauté. Pour obtenir le crâne plat en arrière, on fait aussi usage d’une sorte de bonnet solide:

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Au seizième siècle, Jean Bodin rappelait qu’aucicnnement, les Belges avaient le singulier usage de déformer artificiellement la tète de leurs nouveau-nés. Vu dix-liuitième siècle, Andry a insisté sur les inconvénients de certains bonnets ; il a fait, entre autres remarques, la suivante :

La plupart des Flamands... et des Parisiens, écritil (i), ont la tête longue à cause de la coutume, observée parmi eux, de laisser dormir leurs enfants sur les tempes, et de les brider avec certains bonnets, nommés béguins, qui leur pressent les deux côtés de la tête.

Le Professeur B. Blanchard, en signalant les formes céphaliques des habitants actuels du Limousin et en attribuant la conformation allongée en arrière, principalement observée chez les campagnards, à l’usage de malaxer la tête du nouveau-né et à l’emploi d’un bonnet fortement serré, rappelle les prescriptions faites autrefois aux matrones du pays : « que la tête de l’enfant soit donc un peu longue ; que, par derrière, elle aille s’étendant légèrement en pointe, et comme le bout d'une courge : il y aura alors un vaste champ, un lieu spacieux pour loger la mémoire. »

« Bien que les déformations céphaliques soient loin de déterminer toujours des accidents cérébraux,

c’esi un pot on terre, dont un côté est plan ; toute la paroi intérieure est doublée d’étoffe. L’enfant dort avec sa tête dans ce pot, le crâne portant sur la paroi plane. Dans certaines parties, la mère s’efforce aussi d’assurer la rectitude des jambes au moyen de bandes et de bandages; mais cette pratique est beaucoup moins répandue que celles qui se rapportent au nez et au crâne.

(i) L'Orthopédie , ou l'art de prévenir et de corriger dans les enfants les difformités du corps , t. 11, 3, livre IV, 17/11.

conclut Lagneau, dans le mémoire qu il a consacré a cette question (i), que nous n avons qu effleurée, les individus à crâne déformé sont, plus fréquemment que ceux normalement conformés, atteints d’idiotie, d’épilepsie et d’aberration mentale, ainsi que d astigmatisme et d affaiblissement de la \ ik .

Les Trous dans la Tête (2)

Chez les Esquimaux du Mackensie, on brûle la tête de mort (Petitot), pour détruire le double morbide qui est censé y siéger. Chez les Peaux-Rouges, en vertu de la même conception animo-céphalique, on fait un trou dans la paroi du cercueil au niveau de la tête.

Dans la Basse-Lusace, M. Wockenstedt a trouvé des urnes funéraires percées d’un trou, qui avaient probablement la même destination.

Chez nous, dans les campagnes, on ouvre la fenêtre dans le même but. Plus précisés, les populations du Michigan pratiquaient 'une ouverture posthume de 10 à i5 millimètres sur le bregma (Gellmann) .

Un grand nombre de populations primitives ont appliqué cette conception animiste dune entité invisible logée dans la tête, aux maladies nerveuses, folie, délire, névralgies de la tête, convulsions de l’enfance, épilepsie. L idée de possession diabolique resta longtemps attachée à ces maladies.

(1) Des déformations céphaliques en France , par Gustave Lagneau. (Ext. de la Gaz. hebd. de med. et de chirurgie) .

(2) Revue de l'Ecole d' Anthropologie, i8q3.

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Les troubles cérébraux sont, dans l’idée de beaucoup de peuples, tellement liés à la possession, que les Arabes disent proverbialement : « Qui va tête nue au soleil, risque de tomber au pouvoir des esprits malins. »

Les populations néolithiques, pour déloger et faire sortir le démon logé dans la tete, faisaient un trou au crâne. C’est dans ce but qu’ont été faites, pendant des siècles, ces trépanations que nous retrouvons sur un assez grand nombre de crânes de cette époque, et qui, connues depuis les recherches de Prumères, de Broca, sous le nom de trépana tions préhistoriques , nous occuperont maintenant. Nous verrons que, dans beaucoup de cas, où les troubles psychiques ne tenaient pas à une compression, à une lésion osseuse ( trépanation médicale ), l’opération a été la conséquence inutile d’un mysticisme ignorant ; mais que, lorsque les troubles mentaux étaient dus à une compression, à une fracture du crâne ( trépanation chirurgicale) , l’opération, bien que mystique dans l’esprit de l’opérateur, a été réellement curative.

Les vestiges de cette pratique se retrouvent encore en Océanie, où Lesson a connu un indigène qui avait pratiqué par le raclage, comme les opérateurs néolithiques, plus de 200 trépanations, médicales ou chirurgicales. Ils se retrouvent en Chine, chez les Kabyles ; et enfin, chez les bergers du Monténégro, ou même de la Lozère, qui, avec leur couteau, font un trou au crâne de leurs moutons atteints du tournis.

j32 les curiosités de la médecine

Tous ces peuples appliquent sur le crâne perforé un appareil prothétique, fait avec un segment de courge.

L’antique conception de l’ouverture du crâne pour faire sortir le démon se retrouve bien atténuée, inconsciente, mais elle se retrouve encore dans un jeu d’enfants du département des Deux-Sèvres. Lorsque l’un d’eux a dit quelque naïveté, qui le fait berner par ses camarades, on déclare qu’il déraisonne, et chacun lui frappant sur la tête avec le poing, fait semblant de lui faire un trou dans la tête. Gela s’appelle « ôter la piger ne ».

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B. - — La Face

Quelques auteurs se sont plu à dénigrer la beauté; il n’est, en ce genre, diatribe plus divertissante que celle d’un écrivain du XVII0 siècle, nommé René François, et qu’il a développée dans son Essai clés merveilles cle la nature ; c’est une des boutades les

mieux réussies en ce genre

Et pourtant, s’écrie-t-il, qu’est-ce que tout cela qu’on vante comme Beauté ? Deux lopins de verre cassé, appelés des yeux, enchâssés dans deux trous et couverts d’un petit cuir volant, nommé paupière, que bordent de petits filets. Là-dessus, une arcade d’ébène et des brins de poils assez drôlement arrangés sans trop de désordre, qu’on appelle sourcils. Entre eux descend du cerveau un canal qui est l’égoût de la tête : c’est le nez. De la chair, toute sanglante, fendue en deux pour faire les lèvres. Je ne sais combien d’osselets attachés à du sang caillé et enracinés dans les gencives : les dents. Un morceau de chair, plat et un peu pointu, se mouvant là-dedans, pour briser l’air et façonner quelque jacasserie : la langue. Sur les côtés des abajoues, deux anses creusées en entonnoir et assez semblables à celles qui servent à soulever une cruche : les oreilles. Le tout, environné de crins et d’une grande perruque. N’y a-t-il pas là de quoi faire tant d’esbrouffe et de tintamarre? (i)

fi) Toilette d'une Romaine au temps d'Auguste, par le I)1' Constantin James.

V Asymétrie faciale chez les personnages historiques .

Dans un travail (i) plein de vues, originales, M. le Dr Jarre, dentiste des hôpitaux,^ émet cette opinion que, sous l’influence d'une prédominance hémisphérique exaltée, des variations viennent affecter soit le globe oculaire et l’orbite, soit la mâchoire supérieure : d’où des variations oculaires et des variations maxillaires.

Il poursuit ainsi sa démonstration :

La prédominance de l’hémisphère cérébral gauche produit quelquefois une déviation de 1 ensemble de loibite gauche, dont la partie profonde ou postérieure se trouve refoulée en bas, tandis que la partie antérieure subit un mouvement compensateur de bascule en haut : il résulte une asymétrie faciale, caractérisée par un œil

gauche plus élevé et plus éloigné.

On a donné à cette déformation le nom d 'asymétrie faciale césarienne, parce que les membres de la famille des Césars en étaient atteints d’une manière très apparente. Les bustes d’ÀucusTE et de ses descendants, conservés dans les musées de Rome, de Florence et de Naples (cinq d’ Auguste, sept de Tibère, autant de Claude, six de Néron, trois de Titus, de Caligula, etc.), reproduisent fidèlement cette anomalie.

Dans un certain nombre d’autres exemples, 1 orbite est déplacé parallèlement à son axe et l’œil gauche descend : tel était le cas de Livie, seconde femme d’Auguste, la seule femme de la famille césarienne dont le front fût haut et découvert.

O) Anomalies des mâchoires et des dents; classification systématique, par le Dr Jarre ( Médecine internationale, août et

septembre 1920).

Parmi les hommes illustres encore vivants, offrant celle dernière forme de variation par prédominance hémisphérique, nous citerons le pape actuel, Benoit XV. dont l’œil gauche, -d’après les reproductions photographiques, données par les revues illustrées, est situé notablement plus bas que l’œil droit, en même temps que la région frontale gauche excède en hauteur la région frontale droite.

La possibilité d’une double cause efficiente de ces variations, — à la fois cérébrale et respiratoire dans le menton fuyant ; à la fois cérébrale et digestive dans le menton de galoche, — ne fait aucun doute.

Dans la famille des Césars, dont nous avons indiqué plus haut les caractères de la variation par prédominance hémisphérique, Julie, fille d’Auguste, présentait une mandibule énorme et une lèvre inférieure débordant la supérieure : en un mot, un véritable menton de galoche ; au contraire, Messaline avait une mâchoire supérieure extraordinairement développée et une mandibule relativement petite ; l’asymétrie césarienne était très marquée chez elle.

Dans une autre famille également illustre dans l’histoire du monde, celle de Giiarles-Quint, le menton de galoche, qui caractérise la plupart de ses membres, s'accompagne parfois d’un bec-de-lièvre, ou fait place à cette variation. Il semble donc que les familles en puissance de variation puissent présenter aisément des sujets atteints de l’une quelconque des variations par prédominance fonctionnelle.

Voilà, n’esl-il pas vrai, une application, pleine d’intérêt, des connaissances médicales à l’Histoire, et dont celle-ci ne saurait que tirer prolit.

Os de la Face.

Maxillaire supérieur.

Marchal, de Calvi, a conté quelque part qu’une dame de la cour de Louis XIV, ayant eu une dent arrachée, éprouva un jour une grande frayeur de sentir son cure-dent s’enfoncer à une certaine profondeur dans la place de cette dent. Elle courut aussitôt chez Du Verney, dont la réputation anatomique commençait. Du Verney n’eut pas de peine à la rassurer, en lui montrant le sinus maxillaire sur la tête d’un squelette.

Cette aventure fit. du bruit et arriva aux oreilles du grand Roi, qui en conçut une si vive admiration pour l’anatomie, qu’il voulut, dit-on, la faire apprendre au duc de Bourgogne.

A I ax i 1 1 a i re i nf érie u r .

Lorsque Aspasïe, la maîtresse de Cyrus, était encore jeune, il lui vint au menton une tumeur, qui l’enlaidissait beaucoup et lui causait de grands soucis.

Son père, qui n’en était pas moins désolé qu’elle, se décida à la conduire chez un médecin, qui promit de la guérir pour trois statères, environ 12 à i5 francs de notre ancienne monnaie.

Mais Hermotime — c’était le nom du père n’ayant pas cette somme sur lui, le médecin refusa d’indiquer le remède.

Quelques jours après, Aspasie lit un rêve, qui la combla de joie. Elle vit en songe une colombe qui,

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se changeant en femme, lui dit : « Aie bon coulage, Aspasie : prends des roses offertes à Vénus et déjà fanées, broie-les dans tes mains et appliqueles sur ta tumeur. » A son réveil, Aspasie suivit à la lettre les conseils de la déesse..., et la tumeur disparut.

Y est-ce pas là un exemple d auto-suggestion thérapeutique des plus nets ?

Les Dents.

Dents et Civilisation.

Un dentiste, doublé d'un philosophe, — l’espèce n’en est pas si rare qu’on pourrait le supposer, — a fait une constatation qui ne laisse pas d’étre inquiétante : plus les peuples sont avancés én civilisation, plus ils ont de mauvaises dents. Civilisation et carie dentaire, aux veux de M. Arthur

S. I vderwood, iraient de pair et, au fur et à mesure que nous gravirons l’échelle du progrès, nous devons nous attendre à la perspective, de plus en plus rapprochée, d’une humanité pourvue d’un système dentaire défectueux.

Mais, direz-vous, sur quoi se base ce prophète de malheur ? Sur l’expérimentation, comme il sied à tout savant. Il a, tout d’abord, examiné une série de mâchoires des âges primitifs, et il a relevé « un état de perfection dentaire tout aussi complet que celui dont jouissent les races supérieures de mammifères les plus apparentées ».

Des crânes égyptiens de la période prédynastique, c’est-à-dire avant que les Pharaons se soient

mis à bâtir les Pyramides, et que la civilisation ait commencé à apparaître, ont montré à notre observateur des dents irréprochables ; par contre, les dents aristocratiques de la période affinée lui ont

laissé voir des maxillaires aux dents déchaussées.

Pareilles observations ont été notées chez les Grecs comme chez les Romains : chez les Romains rudes et illettrés, dentition superbe ; chez ceux de

la décadence, plus d’un tiers d’affligeantes dentures.

Au point de vue ethnique, de non moins intéressants résultats ont été notés. Le Gafre, par exemple, ne présente aucune dent cariée ; on en rencontre une seule sur deux crânes, chez l’Hindou; une sur trente, chez les Chinois. Et savez-vous pourquoi? Parce que ces peuples ont l’habitude de se rincer la bouche après le repas.

Chez le Cafre, écrit M. de Wyzewa, l’ingénieux traducteur et commentateur du travail de M. Ilnderwood, cette pratique a quasi la portée d’un rite religieux ; et jamais un Hindou ni un Chinois ne consentirait à prendre un repas, s’il n’avait la certitude de pouvoir se purifier la bouche après le dessert.

Mais attendez : les mâchoires des Esquimaux qui, eux, ne se lavent jamais les dents, sont à l’abri de la carie. Il y a là, semble-t-il, une contradiction ; serait-ce une question de climat ? Les degrés de latitude auraient-ils une influence sur la santé de nos dents?

1 n de nos plus habiles dentistes, à qui a été posée la question, a répondu : « On peut trouver une

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explication très plausible à ces faits, qui ne sont contradictoires qu’en apparence. La toilette, faite après le repas, est, certes, fort utile pour préserver des fermentations acides les dents de moyenne résistance, mais celles des individus bien calcifiés peuvent à la rigueur ise passer de soins. Des observations nombreuses montrent que là où la calcification osseuse est en équilibre très instable, la carie s’installe : chez les buveurs d’eau bouillie, chez les mangeurs de salade (à cause du vinaigre), de fruits acides (Normands), chez les jeunes gens en train de grandir, les femmes enceintes, les tuberculeux, etc. Sans doute, ajoute notre confrère. « la nourriture poissonneuse des Esquimaux fournit largement à leur calcification ».

En réalité, les causes de la carie sont multiples, voilà ce qu’il convient de retenir.

Comment les Japonais arrachent les dents.

Le dentiste japonais arrache les dents avec ses doigts, sans le secours d’aucun instrument. 11 saisit adroitement la tête de son patient à l’angle maxillaire, de manière que la bouche soit forcée de rester ouverte ; puis, plongeant le pouce et l’index de l’autre main dans la bouche de son malade, il arrache, quand le cas se présente et dans l’espace d’une minute, cinq, six et sept dents au patient, sans que celui-ci puisse fermer la bouche, même une seule fois. Quelque incroyable que la chose puisse paraître, elle s’explique tout naturellement, quand on sait de quelle manière les dentistes japonais sont préparés à l’exercice de leur art.

j/^O les curiosités de la médecine

Sur une planche de bois tendre sont creusés des trous et dans ces trous on enfonce des chevilles ; puis, cette planche est placée par terre et 1 apprenti dentiste doit alors, avec le pouce et l’index de la main droite, saisir et arracher les chevilles 1 une après l’autre, sans que la planche soit ébranlée. Cet exercice est recommencé plusieurs fois avec des planches de sapin, des planches de chêne, enfin d’un bois plus dur, et chaque fois les chevilles sont plus solidement enfoncées. Quand il triomphe de la deinière épreuve , 1 apprenti dentiste est mm poui l’exercice de ison art.

Superstition chinoise.

Le docteur Matignon, qui fut longtemps médecin de la légation de France à Pékin, nous a conté l’histoire d’une jeune femme à laquelle il fut obligé d’arracher deux canines qui avançaient, parce que sa belle-mère, trouvant que ces dents lui « faisaient des cornes », accablait de coups la malheureuse.

Mœurs et croyances de différents peuples relatives aux dents.

Les coutumes et croyances des différents peuples concernant les dents constituent un chapitre très intéressant de f ethnographie. M. Izard, dans un ar¬

ticle de la Revue aperçus curieux.

L’existence de donnée sa rareté, populaire, qui a

de Stomatologie, en a donné des

dents à la naissance, étant a toujours frappé l’imagination interprété le fait ou comme un

LE SQUELETTE

présage heureux, ou plus souvent comme un signe néfaste, dû à l'influence de sorciers ; aussi, de tels enfants inspirent-ils une certaine crainte à leur entourage, qui songe à s’en débarrasser.

A Madagascar, on expose ces enfants dans des endroits écartés, où on les laisse mourir ; en Afrique, chez les Sotho, l'enfant qui présente cette anomalie est plongé dans un récipient rempli d’eau, par les femmes qui ont assisté à l’accouchement.

De même, le fait que l’éruption dentaire débute par les incisives centrales supérieures, au lieu des inférieures, comme c’est la règle, est interprété comme un présage funeste : c’est le cas chez les les Silésiens, chez les Tchèques en Europe ; chez les Suaheli (peuplade habitant Zanzibar et la côte orientale de F Afrique) ; chez les Wasaramo, qui habitent l’Usaramo, dans l'Afrique orientale.

En Bohême, on croit que l'enfant ne vivra pas au delà de la première dentition ; chez les Hindous, un enfant, dans ces conditions, constitue un grand danger pour le frère de sa mère.

Cette croyance existait déjà dans l'Inde ancienne.

En Afrique orientale anglaise, les Unjoro et les Uganda ont recours au sorcier, qui sauvera l’enfant par l’exécution de certaines danses ; ailleurs, 1 enfant est considéré comme malheureux.

De telles croyances entraînent, chez les peuples primitifs, des pratiques préjudiciables à l’enfant, quelquefois la mort, comme on l’observe en Afrique australe anglaise, au sud du Nyassa, chez les Makolo, chez les Bassuto, les Wasambara, les Wakilini, les Wasamaro, etc.

ï[x2 LES curiosités de la médecine

La dent tombée est souvent l’objet de soins particuliers. Elle ne doit pas être jetée au hasard, car elle pourrait être ramassée par des personnes capables de jeter un sort à l’enfant. Souvent, elle est jetée au feu (cela se pratique dans plusieurs contrées de l’Europe).

En Silésie, la mère doit avaler cette dent. Chez les Annamites, l’enfant qui perd une dent de lait fait une invocation et jette la dent en haut, si c est une dent de la mâchoire inférieure ; en bas, si c’est une dent de la mâchoire supérieure.

Dans le Bas-Congo, les noirs ont coutume de jeter la dent qui vient de tomber du côté du soleil levant, en disant : « Apporte-moi, quand tu retiendras, une dent neuve. » Ils jettent ensuite vers l’ouest un morceau de charbon de bois, en disant : cc Prends ma vieille dent, je ne puis plus la souffrir. )>

Chez les Bantous sud-africains, 1 enfant tient d’une main* la dent tombée, montre avec l’autre le trou qui la remplace, et dit : « Grand-père, grand mère, donne-moi un grain de maïs ! » Puis, il jette la dent par-dessus >son épaule, sans regarder en arrière, de peur que le grand-père ne refuse de lui en donner une nouvelle.

Un point à signaler au sujet de la dent tombée, c’est le rapport supposé entre la dent de 1 enfant et un animal donné, la souris principalement. Il est difficile de dire sur quoi est basée cette croyance, qui existe aussi bien en Europe que dans les régions les plus lointaines.

LE SQUELETTE

Dans plusieurs pays, on croit que les mânes des ancêtres viennent habiter le foyer sous forme de souris, et c’est à la souris qu’on jette la première dent. Dans certaines contrées d’Europe existent des chansons populaires, où l’on prie la souris de prendre la vieille dent et d’en rapporter une nouvelle ; de même, dans des tribus d’Amérique, d’Océanie ou d’Afrique.

La plupart des pays ont des pratiques spéciales destinées à favoriser la sortie des dents. Par exemple, cette recette de la fin du \\ III siècle : (( Prenez la tête d’un lièvre, bouilli ou rôti ; ôtez-en la cervelle ; mêlez un peu de miel et de beurre et frottez-en souvent les gencives de l’enfant ; ou encore, frottez les gencives; une fois ou deux, du sang de la crête d’un coq, coupée avec des ciseaux. »

Les mêmes procédés se retrouvent chez les Maronites du Liban, en Suisse allemande, où l’on frotte les gencives avec du sang de crête de coq, des dents de loup, ou des petites pattes d’une taupe.

Au lieu d’agir directement sur la gencive, on peut faire porter à l’enfant des objets qui facilitent la dentition : corail rouge, graines de pivoines, en Bavière, en Autriche ; tête de souris sectionnée avec les dents, en Souabe ; petite mâchoire d’antilope, chez les Mkulwe de l’Afrique orientale allemande ; anneau de cuivre, auquel sont suspendues cinq ou six bandes de cuivre, avec de grosses perles de verre,

J LES curiosités de la médecine

chez les Yolof du Soudan fiançais ; chez les Ronga (Sud-africain), la mère enfile dans un cheveu du bébé une perle blanche.

Les femmes mauresques ont d autres procédés , ils consistent à : i° faire bouillir du blé dans une marmite en cuivre, ce qui agirait, par sympathie, sur les gencives ; 2° faire cuire des œufs durs : la dent se durcira au fur et à mesure de la cuisson. Quand les voisines se partageront les œufs et briseront les coquilles, la dent fera éclater la deinièie pellicule qui l’emprisonne.

Il existe également une cérémonie chez les Mauresques, pour assurer à l’enfant une belle denture, qui montre le caractère religieux et magique de toutes ces pratiques : la première nuit du mois lunaire, l’enfant est conduit sur la terrasse de la maison, ou d’un endroit découvert s'il habite la campagne ; et le visage tourné vers la nouvelle lune, il doit chanter : « O croissant I change-moi les dents, et donne-m’en qui soient belles, comme celles

de la gazelle. »

Enfin, il faut citer la coutume de faire un cadeau à la première dent de l’enfant, coutume uni\er selle, dont l’origine est difficile à établir. 11 paraît vraisemblable d’admettre qu’il s’agit de fêter un

LE SQUELETTE

événement important, car les dents constituent, pour les peuples primitifs, un organe de la plus haute valeur.

Anomalies dentaires.

On lit, dans Mithridate Eupator , roi de Pont, par Théodore Reinacii : « Le roi semble avoir beaucoup aimé sa fille Drypetina, un monstre qui avait une double rangée de dents à chaque mâchoire ... » On a peu d’exemples de cette anomalie, due probablement à la persistance des dents de lait.

Le docteur Mantegazza, de Florence, a fait une curieuse observation.

11 a pris des centaines de crânes italiens, contemporains ou à peu près, et il a constaté que, sur tous ces crânes d’individus parfaitement adultes, la dent de sagesse (i) manquait complètement (elle et sa loge) soixante fois sur cent.

Si on examine, au même point de vue, les crânes non moins contemporains des races que nous regardons comme inférieures, les Hottentots, les naturels de la Nouvelle-Guinée, etc., on voit qu’au contraire, la dent de sagesse manque très rarement.

M. Ma ntegazza a ensuite examiné des centaines de crânes florentins ou italiens, non plus contem-

fi) T,e dentiste Toirac a rapporté l’observation d’une femme, âgée de eent trois ans, dont la dent de sagesse, du côté droit de la mâchoire inférieure, était sur le point de percer la gencive. Nous ne garantissons pas le fait,

porains, mais des premiers siècles, et il a vu que la dent de sagesse manquait beaucoup moins souvent qu’au jourd’hui dans le même pays, mais beaucoup plus souvent que chez les races inférieures contemporaines. Si bien qu’au résumé, plus un peuple est civilise, moins il a de dents de sagesse , et il perd ces dents, bien mal nommées, vous le voyez, à mesure qu’il devient plus sage.

P. Broca, de son côté, s’est assuré que les peuples intelligents, à tête ronde, dite de forme brachycéphale, qui ont construit les dolmens, qui ont les premiers non pas apporté, mais connu le bronze en Europe, manquaient assez souvent de dents de sagesse, beaucoup plus souvent que les peuples a tête longue, dite dolycocéphale, qu’ils ont vaincus ■et dont la civilisation était tout à fait primitive.

De tous ces faits, on peut conclure que Darwin a eu raison de dire, d’une façon un peu vague en apparence : « la dent de sagesse est un organe qui disparaît. »

Les anciens voyaient dans le fait d une dent isolée un présage soit heureux, si c’était une canine de droite qui était double ; malheureux, si c’était une canine de gauche.

Agrippine, la mère de Néron, avait une dent canine de droite double, et les devins lui prédirent d’heureux événements.

Thomas Bartiiolin rapporte que Louis XÏ1I avait une triple rangée de dents.

Une anomalie très rare, c’est la présence d’une ou de plusieurs dents à la voûte du palais.

LE SQUELETTE

Plutarque prétend que Pyrrhus, au lieu d’avoir ■seize dents à la mâchoire supérieure, n’en avait qu’une seule, qui se prolongeait dans toute l’étendue du bord alvéolaire. Pline cite aussi un fils de Prusias, roi de Bithynie, dont la mâchoire offrait la meme particularité.

L 'Encyclopédie Nouvelle , qui rapporte ces faits, les révoque en doute avec raison. « Il est permis de penser, dit-elle, que ceux qui ont vu et signalé celle étrange disposition s en soient laissé imposer par une couche de tartre, qui recouvrait toute une aicade dentaire et lui donnait 1 apparence d’une seule pièce. » (1)

Eruption prématurée clés dents temporaires.

L éruption des premières dents temporaires avant le cinquième mois constitue une exception ; aussi n a-t-on pas manqué de regarder comme favorisés des Dieux ceux qui sont venus au monde avec une ou plusieurs dents.

Parmi les personnages ayant présenté cette anomalie, on cite : Curius Dentatus et Papirius Carbo 1 rl api es Pline ) ; Valeria Galeria, hile de Dioclétien et de Prisca, épouse de l’empereur Valère ; dans les temps plus rapprochés de nous, Robert le Diable, Geoffroy la Grand’Dent (2), Ri-

1) Hist. anecdot. des dents , par Henry Didsbury (Paris, 1867).

I2) ^es anciennes chroniques du Sud-Ouest, le roman de Met usine, par Jean d’Arras, plusieurs autres documents et Rabelais lui-même (Pantagruel, liv. 2, chap. Y), parlent d’un redoutable et turbulent seigneur du moyen âge, Geoffroy II, de la maison de Lusignan, surnommé la Grand'Dent (à cause d’une longue dent qui lui sortait de la bouche), et qui est

j/;3 LES curiosités de la médecine

chaud III (i); Don Carlos, fils de Philippe U, d Espagne ; Mazarin, Louis XIV, Mirabeau, Danton, Napoléon Ier, le Prince Impérial... et le chirurgien-anthropologiste Br oc a.

Mais il convient de dire que si la plupart de ces attributions sont consacrées par une tradition constante, il s’en faut qu’elles soient toutes démontrées (2).

En ce qui concerne Louis XIV et don Carlos, on rapporte qu’on fut obligé de renouveler souvent leurs nourrices, parce que les poupons royaux leur mordaient cruellement le sein !

Personnages à trente-trois dents.

Un de nos grands confrères a réédité, à 1 occasion de la représentation par la Duse de la Dame aux Camélias, cette anecdote qui a trait à Alex. Dumas

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