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C. Florian, 9, rue Madame, Paris

Pour neutraliser la fatigue du poignet, génératrice de la professionnelle « crampe des écrivains », les grands producteurs ont une ressource, que révélait un entrefilet de la Liberté du 11 février 1918 :

J. -H. Bosny aîné est un des plus féconds écrivains ; sa fécondité est terrifiante.

Comment, direz-vous, peut-il écrire tant de romans, tant de contes, tant d’articles? C’est très simple... L’au

leur de Nell Horn a appris à écrire de la main gauche. Dès que M. Rosny sent sa dextre fatiguée, il fait appel à la senestre, et de cette façon-là, racontent ses amis, ses forces physiques ne trahissent pas son activité intellectuelle.

Charles Rociiet, statuaire et peintre, ancien professeur d’anthropologie appliquée aux Beaux-Arts, aux cours libres de la Sorbonne et de l’Ecole nationale des Beaux-Arts, auteur, avec son frère, des grandes statues équestres de Guillaume le Conquérant (i85i), Don Pedro (Brésil, 1862), Charlemagne (1878), a lui-même conté (1) comment il a corrigé sa c gaucherie » :

J’étais gaucher dans ma jeunesse, comme le peintre Henri Régnault, et comme tant d’antres que je pourrais citer. Eh bien ! j’ai passé ma vie à m’en corriger, ou plutôt à me servir indistinctement des deux mains dans les travaux que j’ai faits : ce qui m’a fait apprécier tous les avantages que l’on trouve à se servir des deux mains.

Le glorieux infirme de Lépante.

Dans la journée de Lépante (7 octobre 1671), Cervantes, à la tête de douze soldats d’élite, malgré la fièvre qui le dévorait, se battit bravement, et fut grièvement blessé : deux coups d’arquebuse à la poitrine et un à la main gauche, dont le mouvement fut à jamais perdu. Le glorieux manchot a parlé de cette journée fameuse, de la part qu’il y prit

(1) Cf. Traité d'anatomie, d'anthropologie et d'ethnographie, appliquées aux Beaux-Arts, (Paris, 1886), par Ch. Rochet.

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et de ses blessures, dans la plupart de ses écrits : dans la préface de la seconde partie de Don Quichotte, la préface des Nouvelles morales, le prologue du roman de Persiles et Sigismonde, etc., et, plus particulièrement, dans son épître en vers à Maté o V ASQUEZ, secrétaire de Philippe II, écrite à Alger durant sa captivité, et dans le premier chant du Voyage au Parnasse.

Voici deux tercets de l’Epître :

A esta dulce sazon, yo triste estaua Con la una mano de la espada assida,

Y sangre de la otra derramava.

El pecho mio de profunda herida Sentia llagado y la siniestra mano Estava por mil partes y a rompida.

Ces blessures n’étaient pas encore fermées lors du combat sur mer (20 sept. 1575), à la suite duquel il fut pris par d’autres Corsaires d’Alger. Il le dit, dans un autre passage de la meme pièce :

Tarn bien vertiendo sangre aun la herida Mayor, con otras dos...

Donc trois plaies, dont la plus grave était celle de la main.

Dans le Voyage au Parnasse, il fait ainsi parler Mercure, s’adressant à sa personne :

Que enfin has respondido à ser soldado Antiguo y valoroso que lo rnuestra Ea mano de que estas estropeado.

Bien sé que en la naval dura palcstra Perdiste et movimiento de la mano Irquierda para gloria de la diestra.

Il ne se peut rien de plus explicite que ces textes, qui rendent superflus les témoignages des contemporains, tels que Lope de Véga, dans son Laurier cV Apollon, l’auteur anonyme de la suite de la première partie de Don Quichotte, et la voix publique qui désignait Cervantès par cette appellation glorieuse, « El mano de Lepanto », le manchot de Lépante.

La main gauche, broyée par la mitraille, ne fut pas amputée, mais elle resta, depuis, immobile, ne pouvant ni s’ouvrir, ni se fermer. Ankylosé probabale de l’articulation du poignet, lésions graves des tendons extenseurs et fléchisseurs, avec atrophie des muscles. Par conséquent, rien n’est moins vraisemblable que l’hypothèse suivant laquelle Cervantès aurait été peint par l’habile artiste Paciieco, dans un tableau du Musée de Séville (n° 19), qui représente un religieux de la Merci, assis dans un petit bateau, conduit par un marin, qui manœuvre debout à la poupe, à l’aide d’une gaffe, dont le bout extérieur est solidement serré par la main gauche, tandis que la main droite tient la perche et la dirige.

Cervantès 11e dit rien de ce tableau, dans lequel on a cru le reconnaître, tandis qu’il parle avec complaisance du portrait qu’avait fait de lui le peintre poète Juan de Jauregui, et qui devait être fort ressemblant, puisqu’il y renvoie les curieux, après avoir tracé lui-même avec sa merveilleuse plume l'image vivante de sa personne : il avait le front découvert, les yeux vifs, le nez aquilin, la bouche grande, de mauvaises dents, en petit nombre, le visage riant et la barbe blonde ; le dos voûté, la dé-

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marche lourde, et il bégayait dès qu’il s’animait un peu. (Voir, pour plus amples détails, le Voyage au Parnasse, traduit pour la première fois en français, avec une biographie, introduction et des notes, par le Dr J.-M. Guardia.)

Auto-mutilation des doigts.

« Je ne connais, écrit M. Emile Goucet (i), qu un seul virtuose qui avait véritablement pratiqué l’art de se faire les doigts », Pierre Locatelli (2), né à Bergame, vers 1690, avait dans sa jeunesse une aversion insurmontable pour le violon et, dans un accès de colère causé par la persévérance que mettait son père à lui faire travailler cet instrument malgré lui, il se coupa les chairs entre le 4e et le 5e doigt de la main gauche, avec un canif, espérant que cette blessure le délivrerait pour toujours du violon, qui lui était odieux. On lui laissa effectivement le temps de se guérir de sa blessure, et on ne lui parla plus de cet instrument.

Mais, plus tard, lorsqu’on n’y songeait plus, le goût lui vint de travailler le violon et il s’v mit avec passion. La blessure qu’il s’était faite, loin de l’estropier, comme on aurait pu le craindre, lui avait procuré, à l’avantage de cette main, un écartement extraordinaire. Il composa, entre autres, des Caprices pour le violon, dont l’exécution est une espèce de problème, qui ne peut s’expliquer que par

(1) Emile Goucet, Histoire, musicale de la main , *2 4 8 ^ 2 4 9 -

(2) Locatelli a fait école. De nos jours, en Amérique, on incise, avec succès, les doigts des enfants destinés à l’étude des instruments à cordes (E. G.).

la disposition accidentelle de sa main, qui lui permettait de faire ce qu’aucun autre ne pouvait tenter (i).

Mutilations des doigts.

Le voyageur Thomson rapporte qu'il rencontra en Australie un vieil indigène, à qui manquaient plusieurs phalanges des doigts de la main : elles avaient été amputées. Interrogé sur les causes de cette mutilation, le vieux primitif expliqua comment tous ses frères étant morts en très bas âge, sa mère, désireuse à tout prix de l’élever, lui avait coupé les phalanges, pour le mettre à l’abri des maladies. La bonne femme qui, de nos jours, fait couper la queue de son chat, pour le préserver de la maladie, ne raisonne pas autrement que l’Australien.

Récemment, peut-être même aujourd'hui encore, certains vétérinaires empiriques pratiquent sur les chiens Yévèrement ou Y évération, opération qui a pour but, en coupant la queue, d’enlever le ver (?), et pour avantage, de préserver de la rage.

Le primitif et l’ignorant, c’est tout un, croient, avec la phalange ou la queue, enlever le germe de la maladie; mais chez nous, même dans le tétanos consécutif à une blessure du doigt, le chirurgien sait qu’en amputant le doigt blessé, il enlèvera les bacilles qui, localisés dans la plaie initiale, versent de là leurs toxines dans tout l’organisme.

Chez les Boschimans, d’après Barbow, lorsqu’un malade est convalescent d'une affection grave, on

(i) Histoire de la musique, par A. Blondeau.

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lui ccmpe de meme une phalange ; on choisit de préférence la main gauche, parce qu’elle est moins utile ; comme nous choisissons, pour vacciner, une région où l’éruption n’occasionnera pas de gêne considérable (i).

Dans son récit de voyage au Gap de Bonne- Espérance, Thunberg rapporte qu’une veuve qui se remarie doit souffrir l’amputation d’un doigt à chaque nouveau mariage.

11 y a un peu plus d’un demi-siècle, en 1 858, une jeune fille des environs de Jodoigne (Belgique) voulut donner à son fiancé une singulière preuve d’amour. Celui-ci était tombé au sort et il devait passer prochainement au conseil de milice, où il aurait été désigné pour un régiment de grenadiers, car il était d’une taille et d’une constitution qui l’eussent fait enlever par Frédéric de Prusse.

Fa jeune Fille eût tout donné pour empêcher le départ de son fiancé, mais elle n’avait rien. Fa difficulté était donc grande ; voici comment elle la trancha.

Elle parvint à se glisser dans la chambre à coucher de son fiancé pendant le sommeil. Elle s’empara de sa main droite, et, au moyen d’un couteau affilé, dont elle s’était munie, elle lui enleva résolument les deux phalanges de l’index et le rendit impropre à la milice.

On comprend combien le jeune homme dût être sensible à cette preuve d’amour. 11 ne parut pas, néanmoins, très décidé à donner sa main à une femme qui en avait déjà fait un si mauvais usage.

(i) Bordikb, Mutilations ethniques.

Etymologie du mot « poltron ».

Voici l’étymologie que Saumaise donne de cette expression : elle vient, dit-il, de pollice truncus (qui a le pouce coupé).

A l’époque du Bas-Empire, les privilèges des soldats vétérans passaient à leurs enfants mâles qui se destinaient à la profession des armes. Mais les empereurs Valentinien et V ale ns furent obligés de publier une loi, qui condamnait à la peine du feu ceux qui, pour éviter le service militaire, se mutilaient les doigts. En effet, beaucoup de jeunes hommes, à cette époque, enrôlés malgré eux, se coupaient les pouces par lâcheté, pour se rendre inaptes au service (i).

Superstitions relatives aux doigts.

Sur le petit doigt et son voisin, l’annulaire, il existe, chez les Turcs, une superstition que ce peuple a depuis longtemps formulé en article de foi : « Ces deux doigts sont funestes; le diable s’en sert pour manger son riz. » Tout bon Musulman ne mange qu’avec les trois autres.

L’âme est dans les doigts ; quand on meurt, c’est par là qu’elle s’échappe : telle est la croyance des habitants du Macassar, reprise de nos jours par M. Collonges, pour l’invention de son dynamoscope. Il s’en sert pour suivre, pulsation par pulsation, ou plutôt pétillement par pétillement, l’âme qui s’échappe du corps par les doigts, et il pré-

(i) Magasin Pittoresque, 1839, io3.

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tend ainsi obtenir enfin cette preuve de la mort certaine qu’on a tant cherchée, et qui, trouvée plus tôt, aurait sauvé tant de malades de l’horrible danger des inhumations précipitées.

A11 Macassar, on est si profondément pénétré du fait qu’a constaté chez nous M. Collonges, sans se douter qu’il l’eût été antérieurement que, dès qu’un malade agonise, Vaggays, appelé pour l’aider à mourir, se met, tout en marmottant des prières, à lui frictionner doucement le doigt du milieu, pour préparer ainsi la voie à l’âme qui va s’échapper (1).

Le Chinois, entre toutes les races, est un joueur particulièrement effréné ; chez lui, le jeu a les conséquences les plus graves et parfois les plus singulières : on en a vu, n’ayant plus rien à engager après avoir perdu jusqu’à leur femme, jouer un doigt, deux doigts de leur main (2).

La Chiromancie, appliquée à l’Obstétrique.

Le Dr Plantier (d ’Annonay), a fait une curieuse constatation : il a observé que, chez les femmes aux doigts gourds, aux articulations raides et sans souplesse, le coccyx résistait beaucoup plus à la poussée foetale, que chez les femmes dont les doigts ont une laxité particulière : chez celles-ci, la rétropulsion coccygienne se ferait avec la plus remar-

(1) Ed. Fournier, Le Vieux-Neuf, t. III, 6o5 et s.

(2) I)r Corre, Ethnographie criminelle, 3G.

quable facilité : voilà une application imprévue de la chiromancie à l’obstétrique, et un moyen facile pour les accoucheurs d’être devins à bon compte.

A une primipare anxiéuse de savoir si « tout se passera bien », le praticien n’aura qu’à dire : « Âbandonnez-moi votre main, et je vais vous répondre. » Le procédé est, paraît-il, à peu près infaillible.

La Symbolique des doigts,

« Il n’est pas jusqu’à vos doigts qui, par leurs mouvements n’aient exprimé des lettres » : Scripta in digitis littera nulla fuit.

Ils expriment même des baisers ! ( Oscilla significant). Apulée nous apprend qu’au lieu de recourir au procédé vulgaire de deux doigts appliqués sur les lèvres, « on appuyait d’une manière significative le pouce sur l'index ( priore digito in pollicem residente) , en regardant fixement la personne, qui n’avait pas besoin d’autre explication ».

A ce propos, le Dr Constantin James (i) pose cette question : « Est-ce que, par hasard, ce seraient les dames romaines qui auraient donné à l’abbé de l’Epée l’idée première de la mimique dont il a doté les sourds-muets » P Ne pas oublier, ajoute notre confrère, que, bien avant les dames romaines, Salomon avait signalé tous ces artifices dans ses Proverbes : Annuit oculis, terit pede , digito toquitur , comme étant déjà d’une pratique usuelle.

u) Poilclle d'une dame romaine au temps d'Auqustc, par le Dr C. James, 108.

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Signification et fonctions des doigts.

« Ce n'est pas seulement en se réunissant, en agissant de concert, écrit un polv graphe (1), que les doigts nous rendent service : isolés, ils nous sont encore utiles. Chacun deux se recommande par une aptitude particulière.

Le petit doigt s’appelle auricalaris, l’auriculaire. On sait qu'il est en relation de plus d’une manière avec l’oreille. Non seulement il lui rend quelques services en fait de toilette, mais en fait de police il ne lui est pas inutile. Les mamans, les ministres et les bonnes ont souvent appris des choses très importantes par ce petit doigt (2). Aussi les enfants raisonnables prétendent-ils qu’il ne faut pas 1 en croire en tout. Tel fut le cri général en France, quand Beurnonville, rendant compte à la Convention d’une affaire dans laquelle il avait eu l’avantage sur l’ennemi, prétendit n’avoir perdu en cette occasion que le petit doigt d’un chasseur. Le petit doigt n’a pas tout dit, disaient les incrédules.

Passons à F annulaire :

On appelle annulaire, annularis, le quatrième doigt. C’est à celui-là (pie les évêques portent la bague pastorale, et que Saint Pierre portait l’anneau du pêcheur,

(1) A. V. Arnault, Critiques pldlosophiqucs et littéraires, t. II, 2q3 et s.

(2) Jusqu’au commencement de ce siècle, les harpistes avaient jugé le petit doigt trop court pour l’admettre à l’honneur du pincer. C’est à une femme, un bas-bleu, Mme de Genlis, que revient le mérite d’avoir plaidé la première et gagné la cause de ce paria (a).

(a) Nouvelle méthode pour apprendre à jouer de la harpe en moins de 6 mois de leçons, par Mme de Genlis (i8o5).

anneau avec lequel ses successeurs ont scellé plus d’une bulle :

Et Vanneau du pêcheur scellant les parricides.

Chénier.

Les Anciens Grecs, au dire d’Aulu-Gelle, portaient un anneau au doigt de la main gauche le plus voisin du petit doigt. On dit que cet usage a été général chez les Romains ; et Apion, dans ses Egyptiaques, en donne la raison suivante : la science que les Grecs appellent anatomie, et qui fut habituellement pratiquée en Egypte, fit découvrir, dit-il, un nerf très délié qui, chez l’homme, va de ce doigt au cœur. Cette «imon aver> la partie la plus noble de l’homme, cum pr> ncipatu cordis, parut devoir lui mériter cette distinction.

Suivant certains auteurs, l’anneau de mariage était placé à ce doigt, quos in eo vetiam esse crederet rudis antiquitas ad cor usque pertingentem. On lit même dans un ouvrage latin de 1706 ( Syn tagma de annulis), que ce n’est ni un nerf, ni une veine, mais bien une artère, qui de ce doigt va au cœur. C’est, sans doute, en mémoire de cette vieille tradition, que les Allemands ont donné au doigt annulaire le nom de « doigt du cœur a ( herz finger ) (1).

L’annulaire de la main gauche est encore appelé parfois le doigt médical (2), ou médicinal. Plusieurs citations de textes, allant de Mac robe à Monstrelet, c’est-à-dire du commencement du Ve à celui

(1) Recherches sur le Cœur et le foie, par le Dr F. Andry, 35-36.

(2) Rabelais, Gargantua, livre Ier, chapitre VIII ; et Pantagruel, liv. III, ch. XX.

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du XVe siècle, viennent à l’appui de la dénomination employée par notre joyeux ancêtre. Mais Rabelais l’applique indifféremment à l’annulaire droit et à l’annulaire gauche ; c’est celui-ci seul qui mérite cette appellation.

Arrivons au troisième doigt. C’est le plus grand de tous.

Comme s’il était homme, c’est aussi celui dont on dit le plus de mal. Ses détracteurs l’appellent infamis. Les impartiaux l’appellent médius, doigt du milieu. Cela est conforme à la place qu’il occupe.

Mais c’est surtout Yindex qui a donné matière aux plus abondantes gloses.

Rapproché de la bouche, comme il l’est dans la belle statue connue - ouïs le nom du Silence, ce doigt commande la discrétion.

Leur doigt mystérieux se posait sur leur bouche.

(Ducis, Macbeth.)

Enfin, dirigé vers un objet, ce doigt le désigne, l’indique à l’attention : de là, le nom index, que le latin lui a donné et qu’il a conservé en français. Ce dernier signe est celui de la démonstration, de la menace et du commandement.

Ce mot index, cpii signifie indicateur, indice, s’applique aussi, dans notre langue, à d’autres objets. La table indicative des matières traitées dans un livre s’appelle Index. Sans parler du sens qu’il a en mathématiques, science moins gaie qu’utile, ou dans le commerce, profession plus utile que gaie, parlons de l’Index par excellence, de celui à la confection duquel la cour de Rome travaille sans relâche, depuis plus de trois siècles, de celui qui, comme le Dictionnaire de V Académie

française, n’est jamais plus incomplet qu au moment où on le croit fini.

L’Index de Home est le catalogue des livres dont l’Eglise défend la lecture aux catholiques. Ces défenses sont de deux natures : les unes, absolues, portent sur les livres incorrigibles; les autres, conditionnelles, poitent sur des ouvrages susceptibles d’être corrigés, donec corriganiur, et sont annulées par le fait meme de la collection.

Cette institution date du concile de Trente ; elle a pour but d’empêcher qu’il soit porté dommage aux intérêts de l’Eglise par les écrivains...

O11 a fort justement remarqué qu’il existait peu de livres raisonnables qui n aient été mis à 1 index, aussi, en consultant Y Index, pourrait-on se faire une excellente bibliothèque. O11 trouverait des ouvrages de Voltaire, de Rousseau, de Montesquieu, de Eréret, de Dumarsais, de Diderot, de d’Alembert, de Rabelais et même de Fénelon. Cela prouve-t-il en faveur de la doctrine au maintien de laquelle est préposé 1 Index ? Ce catalogue ne ressemble-t-il pas un peu à un certain canton de l’Enfer du Dante, où Ton ne trouve que des hommes de génie ?...

« Que puis-je faire pour vous ? » disait l’avocat général Séguier à un auteur auquel il portait intérêt.

Un réquisitoire contre mon ouvrage, répondit celui-

ci ; tout philosophique qu’il soit, il ne se vend pas. Si vous êtes assez bon pour conclure a ce qu il soit lacéré et brûlé, ma fortune est faite. » M. Séguier tut assez bon pour cela.

Autre temps, autres mœurs. La congrégation de l’Index elle-même ne peut plus rendre un pareil service ; non pourtant qu’elle ait perdu la parole, mais sa voix n’est plus, comme dit l’Apôtre, qu un airain sonnant, æs sonans, qu’une cymbale retentissante, cymbalum tinniens.

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La fonction du gros doigt est de pousser, soit qu’il appuie sur un corps pour le comprimer ou pour 1 introduire dans un autre ; soit que, l’accrochant, il lui donne une impulsion dans un sens quelconque, comme quand il fait vibrer la corde d’un instrument. Aussi, les anciens qui, tout poètes qu’ils sont, n’emploient jamais que le mot propre, désignaient-ils cette action par le verbe « pousser », pulsare ; ou par • tenture , prœtentere, ou encore impellere.

Ut satis impulsas tentavit pollice chordas.

Ovide, Met., lib. X, v. i45.

Habili prœtentat pollice chordas.

Ov. id., ibid., v. 3q.

Nunc te vocales impellere pollice chordas.

Tibulle , II, 5, 3.

Le gros doigt s’appelle en latin pollex, et en français pouce. Chez les anciens, le rapprochement du pouce et du second doigt avait une signification particulière dans les assemblées délibérantes. C’était un signe d approbation, comme leur séparation était le signe du sentiment contraire.

Dans les combats de gladiateurs, la main en 1 air, le pouce renversé (1), était le signe ordinaire de la condamnation ; c’était aussi par le mouvement du- pouce qu’aux jeux du Cirque, les Vestales décidaient de la vie des gladiateurs.

Les mains levées, en rapprochant les deux pouces, étaient l’indice de l’absolution (2).

(1) « Au pouce renversé de la multitude ils épargnent, pour lui plaire, le premier gladiateur venu ». Juvénal, sut. 111, 36-37.

(a) F auto r utroque taurn laudabit pollice ludurn (Horace, épist I', 18, v. 66).

LES Cl mOSITÉS DE LA MÉDECINE

On sc rappelle la première scène du premier acte de Roméo et Juliette, de Shakespeare. 1r s domestiques des Capulet voulant narguer ceux des Monlaign, l’un des premiers, du nom de Samson, dit à son camarade : « Moi, je mordrai ton police , en les fixant ; et s’ils passent sans rien dire, ce sera un affront pour eux ! » En effet , il n y manque pas, et Abraham, domestique des Montaigu, lui 'dil : <( 1/ami, mords-tu ton pouce pour nons narguer P » Samson : « Moi? je mords mon pouce,.. »

A a r ah am : (( Est-ce pour nous insulter, dis .’ » Samson demande à son camarade Gregorio : « \ urons-nous la loi de notre côté, si je réponds oui? »

Greoorio : « Non pas. »

Samson (à Abraham) : « Ce n’est pas précisément pour vous insulter que je mords mon pouce; mais je mords mon pouce, moi ! »

fie geste était donc regardé comme insultant dès le temps de Shakespeare.

Le doigt dans la bouche a eu différentes signiliealions, selon les temps et selon les pays. C’est le signe symbolique que Restif de la Bretonne appelle N1 baiser napolitain . C’est, aussi, le signe provocateur et indicateur que la galanterie muette a soif \ enl employé pour faire connaître à qui de droit des inleni ions qui seraient moins intelligibles en paroles. Mais ces deux manières appartiennent au langage secret de la mauvaise vie.

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