I.e meme symbole a été, en France, aussi *inju
les membres
rieux qu’il 1 était en Angleterre. On en peut citer un exemple mémorable et bien authentique. Quand Camille Desmoulins vint dire à Danton que Robespierre avait annoncé qu’il allait se débarrasser de lui ré volut i o n mûrement , Danton mit son doigt (l’index) dans la bouche, et dit en propres termes, c’est-à-dire en termes malpropres : « Qu’il essaie : je lui mettrai le doigt dans le c.., et je le Ici ai tourner comme un toton ! » (1)
Chez les modernes, mettre le pouce dans sa bouche est un signe de mépris ou de défi, surtout en Italie, où faire la figue ( fico ) à quelqu’un est une grande insulte.
Les suceurs de pouce.
Tous les médecins connaissent ces sujets, des enfants parfois assez grands, qui ne peuvent s’endormir sans exécuter des mouvements de succion plus ou moins violents sur leur pouce.
Cette habitude vicieuse, faisait récemment observer le docteur Delguel, à la Société de Médecine et de Chirurgie de Bordeaux, est susceptible de déterminer des déformations osseuses. Celles-ci se produisent fatalement chez les enfants ayant conservé cette habitude jusqu’au moment de l’évolution des incisives permanentes. Ces déformations ressemblent fort au prognathisme supérieur ordinaire, mais il est important de pouvoir les distinguer, et un examen minutieux permet d arriver a ce résultat.
(1) Intermédiaire, des Chercheurs et Curieux , 1879.
Les suceurs de pouce sont tout aussi incorrigibles que les sujets qui exécutent des mouvements rythmés pendant le sommeil, et les moyens de traitement ordinaire échouent dans un cas comme dans I: autre ; cependant, l'on peut guérir ces malades par la correction des déformations au moyen d appareils orthopédiques appropriés.
En effet, l’occlusion de la brèche interdentaire entraîne, pour le sujet, l'impossibilité d'v loger son pouce : d’où résulte, forcément, la disparition des mouvements anormaux.
Le pouce dans la magie.
Les braconniers allemands fondent leurs balles la nuit, sous la nouvelle lune, croyant que, de cette manière, ils auront des balles « enchantées ». Ils sont sûrs qu’elles frapperont à mort leur proie.
Egalement, un pouce de mort, exhumé à la clarté de la nouvelle lune, permet aux tziganes d Autriche de pénétrer dans les maisons d’autrui sans être découverts (Hans Gross) (i).
Règles par le pouce.
M. le docteur Lop, de Marseille, a relaté naguère l’observation d’une hystérique de 37 ans, qui avait subi l’amputation des ovaires pour une double salpingite et qui, le 28 de chaque mois, avait une hémorragie par le pouce, d’une durée de cinq jours. La quantité de sang perdu variait entre un verre à madère et une demi-tasse de bouillon.
(1) Alfredo Niceforo, Les Classes pauvres, 157.
Un bizarre instrument de chirurgie.
Hofmanx rapporte qu il a « ouï dire a Aqi apendente (i ) qu il y avait des sages-femmes, dans quelques endroits de l’Italie, qui laissaient croître longle du pouce droit fort long, afin de le coupei en forme de couteau, en amincissant le bord pour le rendre tranchant ; et quelles coupaient te filet avec cet ongle !
Un oreiller original.
La comtesse de Soissons avait des oreillers dans son lit de toutes les grandeurs imaginables ; il y en avait même pour son pouce (Tallemant, tome I, p. 2 I 3) (2).
La suprématie du pouce.
Le célèbre médecin Vtcq d’Azyr prouve, dans ses Observations d’ Anatomie comparée, que l’homme étant le seul être qui ait la faculté de joindre le pouce avec l'index, c’est à cet avantage, si petit en apparence, que l’on doit en grande partie les prodiges de tous les arts.
Un savant, un physiologiste estimé, M. Whitehead, a étudié le pouce au point de vue civilisateur et en a fait un merveilleux éloge. Sans le pouce, dit-il, pas de civilisation. L’homme est presque annihilé. Avec un pouce rudimentaire, ou même imparfait, d’anthropoïde, l’homme n’eût pu fabri-
(1) Fabrice cI’Acquapendente.
(2) Le Palais Mazarin, par de Laborde, 3oi.
quer ni armes offensives, ni armes défensives, ni lancer une flèche, ni se livrer à aucune industrie.
J1 fût resté une sorte de singe mal offensif, peu défensif, imperfectible.
Les sauvages d’Australie et d'Afrique, d’après ce que rapporte sir John Lubbock, sont pénétrés de cette conviction de la puissance du pouce. Ils le font bien voir, en ayant soin de couper les pouces à ceux de leurs ennemis dont ils peuvent s’emparer. C’est, d’après ce qu’ils pensent, et d'après ce que leur a montré une cruelle expérience, le moyen incomparable de se mettre à l’abri, le plus efficacement, de leurs retours offensifs.
A défaut d’autres preuves, disait Newton, le pouce me convaincrait de l’existence de Dieu.
Le pouce, opposable aux autres doigts, est une des marques qui nous distinguent de nos simiesques aïeux. L’homme peut opposer le pouce à tous les doigts de la main ; tandis (pie, chez le singe, le mouvement d’opposition est très rudimentaire. Le singe prend avec les quatre derniers doigts fléchis et la paume de la main, ou bien avec l’index et le pouce, dont la pulpe s’applique au bord radial du deuxième doigt.
Jusque vers deux ans, les enfants prennent comme les singes ; c'est à cet âge seulement qu’ils commencent à opposer le pouce aux autres doigts.
La paume de la main est plus longue et plus mince chez le singe ; le pouce est petit ; l’espace digital entre le pouce et l’index plus petit aussi.
DES MEMBRES
Les kabbalistes ont placé sur la racine du pouce le
siège de la volonté et du jugement.
Combien de faits leur donnent raison ! Les idiots de naissance ne viennent-ils pas au monde avec des pouces atrophiés ? -Nos bébés en nourrice ne tiennent-ils pas constamment leur pouce enfermé dans leur main, jusqua l’apparition de leur première lueur d’intelligence et de vouloir P Les épileptiques, dans leurs terribles crises, et les moribonds, à l’approche de la mort, ne cachenfcils pas leur pouce dans leurs doigts, comme s'ils étaient mus par un symbolique pressentiment de 1 anéantissement pi(>chain de leurs facultés humaines?
Shakespeare, Moataïgae, La Fontaine, avaient de très petits pouces.
1) vaton, Galilée, Descartes, Leibnitz, S\ivi- Slmox, avaient de très grands pouces.
David, Foatexelle, avaient de très gros pouces.
Voltaire, « l’homme dont le cœur fut le plus assujetti au cerveau », avait — regardez sa statue par 1 loi do a — des pouces énormes.
l/histoire, les mœurs, le langage populaire, tout proclame la suprématie du pouce sur les autres doigts.
A nn malles digitales.
Les anomalies et malformations de la main sont relativement fréquentes.
On a l’apporté plusieurs exemples d’ eelrcalacl ’ylie ,
ou absence de doigts : tantôt, tons les doigts manquent ; d’autres fois, quelques-uns seulement font défaut.
Les difformités ou les infirmités de la main ne sont pas toujours une cause d’incapacité. On a vu d’habiles pianistes auxquels il manquait un doigl , déployer dans leur jeu une agilité surprenante.
Parfois, de simples accordeurs, avec l’index et le médius, montent et descendent des gammes avec une prodigieuse vélocité. Grétry n’avait-il pas pris 1 habitude de jouer du piano en conservant une prise de tabac entre le pouce et l’index de la main droite ?
Il est curieux, dit le docteur Fort (i), de voir à quel degré d’adresse parviennent les doigts persistants chez les ectrodactyles (nés avec des doigts absents). Qu y a-t-il d étonnant, à cela, lorsqu’on se rappelle quelle peut être l'adresse des orteils chez les individus atteints d’absence congénitale du bras?
Tout le monde connaît l’histoire de César Ducornet, ce fameux cctromèle, dont il a été déjà question et dont les orteils jouaient le rôle des doigts avec une admirable perfection.
Paris a pu voir, il y a quelques années, le violoniste sans bras Unthan exécuter avec ses orteils une fantaisie d’ALARD (2).
Les anciens Recueils de médecine sont pleins d’observations de p 0 lyd ac ty lie .
(r) I)es difformités congénitales et acquises des doic/ts.
(2) Emile Gouget, op. cit.