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à cet égard, pas plus avancée qu’il y a dix-huit cents ans, et tout homme mordu est un condamné à mort, que le fer rouge, appliqué à temps, ne réussit pas toujours à sauvçr.

Il faut lire la longue liste des remèdes rationnels ou empiriques tour à tour expérimentés par la médecine aux abois.

A côté des injections sous-cutanées de chloral et de perchlorure de fer, des infusions de datura et de jaborandi , figurent des moyens mystiques comme la clé de Saint-Hubert, le saloudadou , ou septième garçon d’une même mère, l’omelette cabalistique, et des recettes de bonne femme, comme celles de M. de Saint-Paul, du baron de Franclieu, de Mmes Fouquet. et Tallien, de Julien Paulmier, le spécifique bordelais, etc., etc.

« Il n’y a pas à protester, dit M. Bouley ( Dictionnaire de médecine ) contre ces pratiques au nom de la science et de la raison. La raison doit avouer, au contraire, qu’elles constituent un traitement moral qui ne laisse pas d’avoir son importance ; et quand même saint Hubert 11e réussirait, après tout, à l’aide de sa clé d’or, de son étole et de sa châsse, qu’à délivrer ceux qui ont foi en lui de toutes les tortures auxquelles ils sont en proie pendant la durée de l’incubation, il y aurait lieu de reconnaître le pouvoir bienfaisant de ce saint, ou, pour mieux dire, de son culte, et de faire des vœux au nom de ceux que le Christ a appelés les 'pauvres d esprit , pour que sa bienheureuse influence ne cesse pas sitôt. »

L'impuissance de la médecine est tout entière dans ces dix lignes. Contre la rage déclarée, il n’y a donc rien à faire, absolument rien, et l’on comprend que M. Bonjean, pour 1 acquit de sa conscience, ait cité dans son livre l’omelette aux dessous d écailles d’huîtres et les tartines au beurre de plantin comme palliatifs des effets moraux du terrible mal.

Parmi de précieux documents, je choisis le suivant, que

je ne saurais trop engager tous mes lecteurs à graver dans leur souvenir. Il a trait aux symptômes qui précèdent, chez le chien, les accès de fureur dangereuse. Symptômes très peu connus, du reste.

« Le chien enragé est presque toujours en proie à une inquiétude sans but, à une agitation dont il est impossible de trouver la cause. Il va, vient, rôde incessamment d’un coin à un autre ; continuellement il se lève et se couche, et change de position de toute manière. Il dispose son lit avec ses pattes, le refoule avec son museau, pour l’amonceler en un tas sur lequel il semble se complaire à reposer sa poitrine, puis, tout à coup il se redresse et rejette tout loin de lui.

» S’il est enfermé dans une niche close, il ne se tient pas un seul moment en repos. Il tourne sans cesse. S’il est en liberté, il semble à la recherche d’un objet perdu, et fouille tous les coins et recoins de la chambre avec une violente ardeur qui ne se fixe nulle part.

» L’animal est en proie à une sorte de délire caractérisé par de véritables hallucinations. Il se livre à des actes qui prouvent bien que son imagination est assiégée par des fantômes. Il exprime la sensation douloureuse que lui cause le spasme de son gosier en faisant avec ses pattes de devant, do chaque côté des joues, les gestes propres au chien dans la gorge duquel un os est arrêté.

» Enfin, toutes les fois qu’on voit un chien ou tout autre animal domestique perdre ses habitudes tranquilles, devenir triste, inquiet, agité, se livrer à des mouvements désordonnés, il faut en toute hâte le faire examiner par un vétérinaire, et s’en séparer sur le champ. »

Pour terminer, je me borne à reproduire l’émouvant récit emprunté au Mont-Cenis du 18 mars 1874, sous ce titre : les Révélations d'un enragé . Un homme digne de toute confiance, mordu par un chien enragé, et qui a souffert tous les accès de la rage, y raconte ses douleurs et la façon dont il a été guéri.

LA RAGE

» J’étais surpris, dit-il, de voir apparaître d’un cabinet noir des personnages qui me parlaient, des rats, d énoimes arraignées qui montaient le long des meubles, toujours par côté! Ensuite, il partait à l’improviste et au moment où je m’y attendais le moins, des étoiles filantes, toujours de l’angle interne à l’angle externe de l’œil, ce qui me forçait instinctivement à détourner la tête. Elles concordaient avec un frémissement général de la peau et un sentiment de terreur indicible. Dans les lieux obscurs et pendant la nuit, il m’arrivait de voir mon logement illuminé comme par un éclair de la foudre.

» Voyant que rien n’arrêtait la marche de cet agent mystérieux, j’eus recours au clatura stnmonium, dont le père Lagrand, missionnaire catholiqne, avait révélé l’efficacité merveilleuse, il y a une quinzaine d’années. J’en pris une forte dose, quatre à cinq feuilles, et je me mis à écrire, non sans quelque difficulté.

» Une demi-heure après, une forte commotion électrique, comparable à une fusée d’artifice, me parcourut tous les membres, produisant dans toute la peau une sensation de chaleur et un frémissement général, accompagnés d’une envie de fuir et d’une terreur indéfinissable.

» 11 me sembla avoir dans les yeux tout un feu d’artifice; je rebondis comme mû par un ressort. Au même instant le transport au cerveau se déclara et je perdis la conscience de mes actes. . .

Le lendemain, j’étais guéri. »

LES MITRAILLEUSES VIVANTES

eci est un drame, et j’ajoute, non sans témérité, un dra-

me naturaliste. Entendons-nous, d’abord, sur ce mot.

Jusqu’à présent, je me croyais très sincèrement naturaliste. A celui qui m’eût demandé : Qu’entendez-vous par cela? j’aurais répondu tout franc : Le naturaliste est l'observateur attentif des phénomènes de la Nature, le contemplateur enthousiaste des beautés dont elle abonde. Ce n’est pas, comme le croit le vulgaire, un maniaque amateur de pa*pillons, de fleurs sèches, de cailloux ou de lézards confits ; mais bien l’homme qui va cherchant par toute la terre les rapports, les harmonies des créatures entre elles et avec l’ensemble général, les qualités qui les distinguent, leur admirable organisation. Son large coup d’œil embrasse l’universalité des choses créées. Dans ce grand et sublime livre, dont les pages sont ouvertes devant lui, il apprend à connaître son Auteur. Mais il ne se borne pas à une froide nomenclature; il ne se perd pas dans les détails mesquins d’un catalogue. Si l’analyse et de minutieux travaux l’absorbent souvent, son cœur n’est pas fermé aux émotions que la Nature évoque. Il sait traduire le plaisir et l’étonnement que lui causent ses œuvres magnifiques; il est même poète, à ses heures. Son àme s’élève et se sent grandir; tout entier aux

LES MITRAILLEUSES VIVANTES

tableaux qui l’enchantent, il repousse loin de lui les pensées mauvaises, les actions basses, les passions ignobles. Et lorsque, attristé par le spectacle de nos folies ou de nos crimes, son esprit se détourne, il revient à la Nature, toujours belle et toujours bienfaisante, comme à la seule source du vrai, du beau, de la perfection !

Mais voici venir un monsieur qui dit; « Je suis naturaliste.» Je le considère. Et que fait-il ? Il se plante devant une remarquable charogne, la décrit avec amour, et prétend que nous devons y voir mille beautés. Avec un soin de père, il dénombre ses hideux lambeaux, classe ses puanteurs et en fait une symphonie. Pas une tripe, pas un asticot n’est oublié. Soixante pages là-dessus.

Un autre se carre voluptueusement autour d’une superbe fiente. Il la llaire, la hume, s’en pénètre, s’y vautre, vous en barbouille, en badigeonne les voisins; après quoi il s’écrie : « Voilà de l’art, de l’art pur !» — Et des badauds répondent : « Il a raison ; comment avons-nous pu vivre jusqu’à ce jour dans une telle ignorance ! C’est ma foi vrai, cette charogne, cette fiente sont admirables ! Laissons le vulgaire s’en détourner avec horreur; mais nous, l’élite des raffinés, célébrons-les, immortalisons-les par la plume et par le pinceau! » Ces gens forment une famille, une école, une église naturalistes. Ils ont un maître qui donne le ton; un langage et un style qui donnent le mal de mer. L’avenir est à eux, dit-on. — C’est triste.

Et maintenant, à mon drame.

Depuis cette fameuse matinée des funérailles d’un bengali où le colonel R..., ce voisin que vous savez, m’avait si victorieusement démontré mon ignorance et le génie de certains insectes, j’avais à cœur de prendre ma revanche. L’occasion s’offrit peu de jours après. En repiquant mes fraisiers, je découvris, sous une vieille brique, toute une nichée de braohines bombardeurs ( Brachinus explosor , de Linné). Ces jolis tirailleurs, oubliés par Michelet, le colo-

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