LES NOCES D'UN VER LUISANT
Une fusée de gaîté salue cette motion. Friandes d’un petit tête-à-tête dans les sentiers perdus, les fillettes battent des mains. En un instant, la noce s’éparpille dans la forêt ; et, pendant que les mères se livrent à de graves débats, que les anciens se racontent leur nuit de noces, les fourrés s’cni' plissent de refrains, d’éclats de rire, de libres propos, et de petits cris étouffés...
Voilà pourquoi, sous le ciel d’août resplendissant d’étoiles, m'apparut un soir, semblable au Serpentaire ou à Cassiopée, le cortège magnifique d’un mariage de confiseur. Je vis festonner au long des haies, guimpes, corsages et chapeaux tout diamantés de vers luisants ; jaloux de ces trésors je voulus, moi aussi, posséder la mouche flamboyante, et voici l’épopée shakespearienne dont je fus le témoin stupéfait et ravi.
A deux pas, dans l'herbe épaisse, étincelait le phare do la luciole désirée. Retenant mon souffle, je m’approchai, comme un roi mage, et je m’agenouillai devant le trône ; un brin de menthe sauvage.
L’insecte, sorte de larve aptère et déplaisante, montait lentement sur la tige velue, déroulant ses anneaux embrasés. Je reconnus la femelle du Lampyris noGliluca, aux six pattes écailleuses, à l’abdomen formé de segments anguleux, et la loupe en main, j’attendis.
Parvenu, non sans peine, au sommet de la plante, le ver prit place sur une feuille bien en vue, qui dominait comme la terrasse d’un minarettoutes les graminées d’alentour. Là, ses feux redoublèrent. Un foyer ardent s’alluma sur son ventre et fit miroiter, pareilles à des lustres, les gouttelettes de rosée. Le velours des feuilles, baigné de cette lumière vi\ ante , avait dos chatoiements d’opale et d’émeraude. Dans le rayon coloré de mille reflets que tous ces prismes liquides décomposaient, des phalènes dansaient une ronde cadencée. Quelle fête pour les yeux de ce petit monde aux
ailes d’or! J’eus un moment l’illusion de Mabille, vu de loin par le gros bout de la lorgnette, et je cherchais l’orcliestre invisible, lorsqu’un coléoptère, attiré lui aussi par le fanal phosphorescent, tomba tout étourdi sur la feuille de menthe. m
C’était le lampyre mâle.
Oblong, bien fait, galamment coiffé d’un corselet diaphane, les yeux gros et pleins d’audace, les antennes gracieuses et expressives, les mouvements lestes, vifs, hardis, tel était l’amoureux. Car , il faut bien le dire, c’est l’amour qui avait allumé ce flambeau dans la prairie; c’est le désir, la soif de plaire et d’être aimé qui parlait, qui se traduisait en lettres de flamme sur ce ver transfiguré. Certaines femelles ont l’harmonie des formes, le prestige des couleurs, de petits cris ou des parfums. Le ver luisant, au contraire, est humble et disgracieux. Il se cache le jour, solitaire et dédaigné, sous quelque abri discret, pendant que son mâle butine parmi les fleurs. — Comment se retrouver ?
Mais vienne la nuitpropice, et l’amoureuse revêt sa parure, mille fois plus belle que des rivières de diamants. Un ruisseau de feu coule de ses flancs avides, consumés de visibles ardeurs. Tout pâlit devant ce fragile vermisseau. L’or poli des cuirasses, l’argent niellé des corselets, les plumes des panaches, la bigarrure des ailes, lapourpre et le brocart tant prodigués au soleil de midi, disparaissent dans l’ombre humide de la nuit. Seule, une misérable chenille a le don de percer ces ténèbres, d’illuminer ces profondeurs, pleines de mystère et de sommeil. — 0 sublime métamorphose !
Guidé par cette étoile, l’insecte errant vole vers l’objet aimé. Pour lui, le flambeau de l’hymen n’est point une poétique métaphore. C’est une réalité scintillante qui 1 appelle, l’éblouit et l’embrase. L’autel, une feuille aux parfums ex-