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LES NOCES D’UN VER LUISANT

quis et troublants, aux moelleuses cachettes, reçoit ses adorations. L’astre descend de ses hauteurs et deux êtres, confondus dans une étreinte insaisissable, répandent autour d’eux des torrents de lumière et de vie !

Venez maintenant, darwinistes, mes amis et frères. Expliquez-nous, par votre théorie atomique et votre sélection naturelle, ce beau prodige d’amour. Donnez-nous la formule de ce miracle qui chaque nuit d’été, depuis le commencement du monde, se renouvelle dans nos champs. Cherchez ! Et si vous ne découvrez pas Dieu, je vous prie de me dire qui c’est.

Mais revenons à l’odyssée.

Roméo était toujours là, abimé dans la contemplation de sa fulgurante Juliette. Dressé sur sa dernière paire do pattes , la tête haute, les yeux fixes, il adorait sa fiancée. — Qu’elle est belle ! dcvait-il dire en sa langue de lampyre. Je crus voir Sivâ en extase devant la divine Saraçouâti. — Ah ! que la noce du confiseur était loin !...

Peu à peu, la rétine du galant s’habitua à tant de splendeur. Ses palpes, puis ses antennes se mirent à tourner; il brossa ses étuis transparents, épousseta son couvre-chef et peigna soigneusement toute sa petite personne. Tel l’adolescent coquet rajuste son nœud de cravate, attire ses manchettes et donne un tour vainqueur au duvet de sa lèvre.

Suspendue à l’aisselle d’une foliole, la mignonne regardait ces préliminaires charmants. Point de signes ni d’agaceries. Avait-elle besoin d’efforts? Quel moyen de résistera l’éloquence de ses flamboyants attraits? Je distinguai pourtant, dans cette auréole qui s’exhalait autour d’elle, une sorte de reflux qui semblait décupler l’intensité des ondes lumineuses. Des frissons de plaisir soulevaient ses anneaux débordants de clarté. Le phosphore coulait à pleins bords. J’avais devant les yeux l’image réelle des feux dévorants que la Mythologie antique prêtait à l’Amour. Mon imagination élevait ces deux êtres au-dessus de toutes

les créatures; elle les faisait grands, nobles et beaux. Et j’oubliais le monde en les admirant!

Bientôt, le joli chevalier fit cliqueter les pièces de son armure. Ses cornes élégantes et scs pattes hardies eurent des gestes pleins de caresses et de provocations. Fier, entreprenant et superbe, il gravit en deux enjambées ls brin de tige qui le séparait de sa dame, et je les visse confondre tous deux, sur le hamac embaumé, dans une gerbe d’étincelles...

Que vous dirais-je ?... Au moment de pénétrer, vil témoin, ces mystères sublimes, j’eus honte de mon indiscrète curiosité. Je voulus détourner mes regards. Je désirais savoir, et je n’osais pas... Un invincible attrait faisait converger mes esprits vers ce théâtre minuscule, et je ne sais quel sentiment de pudeur me criait: — « Va-t’en ! ta place n’est pas là! »

La nature prévoyante devait trancher ce débat. En même temps que le mâle entrait, tout ému, dans le cône lumineux projeté par le lampyre, celui-ci souffla tout net sa lanterne. Le silence et les ténèbres succédèrent à cqtto féerie d’amour, et je ne vis plus rien, qu’une vague lueur flottante au sein de mes paupières fatiguées.

Le roman se fermait — hélas ! — à l’ avant-dernière page.

Deux minutes après — eh ! mon Dieu oui, deux minutes, — les feux se rallumèrent. Je revis la feuille, les gouttes de rosée et la nonchalante donzelle encore étendue sur son sofa pelucheux. Tout était consommé.

Flageolant des jambes, les antennes fripées, gris d’amour, le lampyre reprenait haleine. Il répara tant bien que mal le désordre de sa toilette, lustra ses élytres d'une patte convulsive, donna du jeu à ses membranes, étendit languissamment ses ailes de gaze et, d’un vol étourdi, s’enfonça dans l’immensité 1

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