‹ Les curiosités la scienceChapitre 37 sur 53 · LE POISSON PÊCHEUR · texte numérisé non relu

LE POISSON PÊCHEUR

p> ersonne ne songe à s’étonner qu’un homme honnête, sérieux et rangé, simple de cœur et modeste en ses us, passe six heures les pieds dans l’eau, le crâne au soleil à épier les moindres oscillations d’un flotteur de liège, et rentre au logis, la nuit venue, avec trois goujons, un coryza et deux microscopiques cabots.

Cet homme honnête qui a tout quitté, famille, devoirs, affaires, pour capturer une friture impossible, dont il fait & d’ailleurs, vous l’admettez, vous l’approuvez, vous l’imitez peut-être. Et vous allez, je le gage, crier à l’absurde au récit que voilà d’un poisson — oui monsieur, d’un poisson — qui pour calmer sa faim pêche à la ligne tout le long du jour.

Représentez-vous un rouget de la taille d’un esturgeon. Imaginez ce rouget pourvu d’une tête monstrueuse , où s’ouvre une gueule immense, dix fois grande comme le corps. Supposez ce rouget tellement alourdi par cette tête qu’il est incapable de nager, à l’instar de ses pareils, et que son existence tout entière se passe sur le fond sableux de la mer ou parmi la vase des rivages. Donnez à ce rouget un appétit proportionné à la profondeur de sa gueule, et dites-moi comment fera cette bête pour apaiser sa fringale dévorante.

Vous voilà bien embarrassé? La Nature n’est jamais en peine. Elle se joue des impossibilités, elle jongle avec l’ab-

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