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LES PRÉJUGÉS- POPULAIRES

Kvez-vous des préjugés ?

Croyez-vous à l’influence néfaste du vendredi, du nombre 13, du pain retourné, de l’huile répandue ?

Croyez-vous aux prophètes, aux devineux, aux somnambules intra et extra-lucides, aux tireuses de cartes, aux présages du marc de café, à la puissance du mauvais œil, au chagrin de l’araignée du matin, et à l’espoir de l’araignée du soir ?

Redoutez-vous la rencontre de trois corbeaux, le venin du crapaud, le pouvoir fascinateur de la couleuvre, la piqûre du perce-oreilles ?

Aimez-vous les remèdes de bonnes femmes, l’oracle des fleurs, les tables tournantes, les anges gardiens, Saint-Antoine de Padoue ?

Etes-vous sûr que le treizième à table mourra dans l’année, que la salière renversée porte malheur, que les morts reviennent, que la lune fend les pierres, que l’eau de Lourdes fait des miracles, que les petits cochons chassent la guigne, que rêver de... Cambronne annonce de l’argent?

Si oui, je laisse à d’autres, plus courageux ou plus persuasifs, la tâche ingrate de vous guérir. Et comme je veux simplement vous délasser, laissez-moi vous conter l’histoire du docteur Papillon, mon vieux camarade, l’implacable en-

nemi des sots préjugés, mais le plus érudit, le plus modeste et le meilleur des horrimos.

Epaminondas Papillon, ancien élève de la Faculté de Montpellier, a été jeune et fou, comme tout étudiant qui respecte les traditions ; il a été le héros de mainte aventure, s’est trois fois battu en duel, a voyagé dans les deux mondes, a mangé de la vache enragée, a mené une vie du diable. Aujourd’hui, il a cinquante-six ans, des lunettes, pas *e moindre cheveu, mais il est, s’il vous plaît, médecin, maire et conseiller d’arrondissement là bas, tout. là bas, à l’extrême frontière d’Alsace, à Saverne, la patrie de M. About.

Toujours gai, d’ailleurs, avec une pointe d’ironie et de scepticisme, adoré de tous ceux qui connaissent son infatigable bonté, son savoir profond et la droiture de son jugement.

En deux mots, un bon vivant et un brave cœur, tel est Môssieur Papillon, que j’ai l’honneur de vous présenter.

L’été dernier, cédant aux sollicitations de cet ami d’enfance, je quittai la grande ville pour explorer en sa compagnie les forêts qui entourent Saverne, et où l’on rencontre, presque à chaque pas, de magnifiques spécimens de ces silex taillés ou polis qui furent les premières armes de nos ancêtres, à l’époque du renne, du mammouth et de l’ours géant.

Nous parcourions un matin la forêt, la tète basse, l’œil fouillant, ainsi qu’il convient à deux chercheurs de trésors, lorsque le notaire de Saverne, — un esprit fort, qui ne croit ni à Dieu ni à diable — déboucha d’un fourré et nous salua joyeusement.

— Parbleu ! c’est ce bon docteur Papillon et son ami de Paris ! Avez-vous fait bonne chasse, messieurs les savants ?

— Douze hachettes, sept grattoirs, trois pointes de flèches, quatre nuclei et deux couteaux, répondit le docteur, en faisant sonner dans sa sacoche de cuir nos précieuses trouvailles du matin. Et vous, maître Boudet?...

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