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LA JUSTICE CRIMINELLE CHEZ LES OISEAUX

d’éloquents orateurs se révélèrent, le silence se fit, terrible. Un grave parti était pris. Quatre hirondelles, les plus robustes du clan, s’allèrent poster au bord du nid, et, sur un signal bien compris, toutes les autres disparurent à tire d'ailes.

Les moineaux, plus penauds que jamais, ne bougèrent pas. D’ailleurs, les sentinelles veillaient, décidées à réprimer à coups de becs toute velléité de révolte ou d’évasion.

Dans la cour pas un mot. Vous eussiez, dit Rabelais, « entendu voler une mousche. »

Bientôt la maison s’emplit de cris et de gazouillements, plus de deux cents hirondelles, appelées au secours, recrutées dans les jardins, dans les promenades, partout, accouraient le bec chargé, qui d’une moteletto de glaise, fraîche, qui d’un gravier, qui d'une feuille, qui d'un fétu. Et pendant que les quatre gardiens s'effaçaient, découvrant la porte du nid, cette petite armée, étonnante de sang-froid, miraculeuse de discipline et de méthode, entassait à vue d’œil les matériaux, murait le couple, l’enterrait vivant sous des murailles vengeresses !

Je n’exagère rien. Il fallut à ces- hirondelles dix bonnes minutes de courageuse besogne. On entendait bien, dans le doux nid d’amour changé en sépulture, des protestations forcenées, des sanglots, des plaintes, des appels à la pitié ! Mais les juges restaient sourds. — les bourreaux n’ont point d’entrailles ! Déjà les bords du nid se soudaient, solides, a la muraille ; l’édifice était achevé. Et quand tout fut muet, quand les malheureux pierrots, asphyxiés dans la chambre des fiançailles, furent morts enlacés dans un suprême embrassement, les hirondelles, triomphantes, semblèrent leur adresser ce discours :

— Vous avez usurpé nos droits ; vous avez profané le berceau de nos enfants! Jouissez donc de votre Conquête, et dans cette Capoue étrangère, mourez de plaisir ! voua l’avez voulu !

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