‹ Les curiosités la scienceChapitre 42 sur 53 · A TRAVERS L’INFINI · texte numérisé non relu

A TRAVERS L’INFINI

àï^| ésignez— moi, dans lo ciel splendide de cette nuit pure et (4^ calme, un point quelconque où votre œilne découvre pas la moindre étoile ; où le noir velouté de l’espace ne soit piqué d’aucun scintillement ; où pas une lueur, pas un atome de cette poussière diamantée que la main du Semeur de mondes semble avoir jetée sur la voûte du firmament, ne révèle la présence d’un rudiment d’astre, d’un embryon de soleil.

Fixons bien ensemble ce coin de l’immensité, dont le contour d’une de vos mains circonscrit les limites ; isolons en idée ce carrefour sombre et, d’après le témoignage de notre vue, supposons-le vraiment vide et désert, tandis qu’autour de lui brillent les constellations, les planètes, les étoiles fixes, les nébuleuses, la voie lactée, tout le radieux ensemble de l’univers sidéral.

Braquons maintenant a”r ce point une lunette astronomique de moyenne puissance. Soudain, le champ du télescope se peuple d’étincelles; dans ce lambeau de ciel, où nos yeux ne distinguaient rien tout à l’heure, s’allument des centaines d’étoiles : les unes pâles, incolores ; les autres animées de feux rouges, verts, azurés, bouton d’or; c’est un éblouissement, une magie. Malgré vous, vous détachez votre regard

do l’objectif qui a fait ce miracle, et de l’œil nu cette fois, vous essayez de percer les profondes ténèbres de ce coin du ciel. Rien, il n’y a rien. Vous concentrez dans un rayon visuel toute la puissance de pénétration dont il est capable ; sous l’eflort de la volonté, votre rétine sent en quelque sorte décupler son pouvoir ; mais c’est en vain. Le voile ne se déchire pas. Et lorsque, doutant encore de la réalité entrevue, vous revenez au télescope, un nouveau champ céleste s’est ouvert devant vos yeux stupéfaits, et là encore apparaissent des légions d’étoiles, des pléiades de soleils; et ce merveilleux panorama se déroule sans trêve, lent, majestueux, incommensurable, infini !

On a cependant essayé le dénombrement de ces étincelles qui sont des mondes, .dont la lumière met des siècles à parvenir jusqu’à nous, et dont chacune sans doute est, comme notre soleil, le centre d’un système. Des statistiques célestes ont été dressées, et tout imparfaits que soient nos instruments actuels, on arrive déjà à compter plus de cent millions d’étoiles.

Au hasard, prenons dans ces myriades d’univers, invisibles sans le secours du télescope, deux astres qui paraissent jumeaux, tant la distance qui les sépare est inappréciable pour nos sens. L’épaisseur d’un cheveu trouverait à peine sa place, semble-t-il, entre ces deux hôtes lointains de l’immensité. Eh bien, des milliards et encore des milliards de lieues s’étendent de l’un à l’autre. Au sein de l'abîme qu’en apparence un centième de millimètre, suffirait à jauger, flottent, roulent, resplendissent des mondes que nulle lunette ne nous montrera jamais, et qui peut être resteront éternellement inconnus l’un pour l’autre !

Mais au delà, qu’y a-t-il? Ces innombrables créations marquent-elles les confins de l’espace? Existe-t-il une limite où s’arrêtent ces sublimes prodigalités? L'esprit humain ne peut-il concevoir, dans ses prodigieux élans, une région où tout finit, où là main de Jéhovah, lasse de produire, s’est reposée enfin ; où le néant reste maître absolu?

Page 1