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A TRAVERS L INFINI

Un éminent vulgarisateur va résoudre ces problèmes.

Dans son admirable livre, Y Astronomie populaire, Camille Flammarion imagine un voyageur éternel, qui parti de la Terre s’élève toujours en ligne droite, avec la vitesse effrayante de la lumière, c’est-à-dire 75,000 lieues par seconde, et parcourt toutes les étapes de l’inconnu.

Suivons-le :

« Nous sommes sur la terre, globe flottant, roulant, tourbillonnant, jouet de plus de dix mouvetnents incessants et variés ; mais nous sommes si petits sur ce globe et si éloignés du reste du monde, que tout nous paraît immobile et immuable.

« Cependant, la nuit répand ses voiles, les étoiles s’allument au fond des cieux, l’étoile du soir resplendit à l’occident, la lune verse dans l’atmosphère sa lumineuse rosée. Partons, élançons-nous avec la vitesse de la lumière. Dès la deuxième seconde nous passons en vue du monde lunaire qui ouvre devant nous ses cratères béants et déroule ses vallées alpestres et- sauvages. Ne nous arrêtons pas. — Le soleil reparaît et nous permet de jeter un dernier coup d’œil à la Terre illuminée, petit globe penché qui tombe en se rapetissant dans la nuit infinie.

« Vénus approche, terre nouvelle, égale à la nôtre, peuplée d’êtres en mouvement rapide et passionné. Ne nous arrêtons pas. — Nous passons assez près du Soleil pour reconnaître ses explosions formidables ; mais nous continuons notre essor. — Voici Mars, avec scs méditerranées aux mille découpures, ses golfes, ses rivages, ses grands fleuves, ses nations, ses villes bizarres, ses populations actives et affairées. Le temps nous presse ; pas de halte. — Colosse énorme, Jupiter approche. Mille terres ne le vaudraient pas. Quelle rapidité dans scs jours ! quels tumultes à sa surface ! quelles tempêtes, quels volcans, quels ouragans sous son atmosphère immense, quels animaux étranges dans ses eaux! L humanité n y paraît pas encore. Volons, volons toujours. Ce monde aussi rapide que Jupiter, couronné d’une étrange

auréole, c est la planète fantastique de Saturne^ autour de laquelle courent huit globes aux phases variées ; fantastiques aussi nous apparaissent les êtres qui l’habitent. Suivons notre céleste essor. — Uranus, Neptune, sont les derniers mondes connus que nous rencontrions sur notre passage. Mais volons, volons toujours !

« Pâle, échevelée, lente, fatiguée, glisse devant nous la comète égarée dans la nuit de son aphélie ; mais nous distinguons toujours le Soleil comme une étoile immense brillant au milieu de la population du ciel. — Avec la vitesse constante de 75,000 lieues par seconde, quatre heures avaient suffi pour nous transporter à la distance de Neptune; mais il yadéjà plusieurs jours que nous volons à travers les aphélies cométaires, et pendant plusieurs semaines, plusieurs mois, nous continuons à traverser les solitudes dont la famille solaire est environnée, n’y rencontrant que les comètes qui voyagent d’un système à l’autre, les étoiles filantes, les météorites, débris de mondes en ruines rayés du livre de vie. Volons, volons encore — pendant trois ans et six mois ! — avant d’atteindre le soleil le plus proche, fournaise grandissante, double soleil, gravitant en cadence et versant autour de lui dans l’esjace une lumière et une chaleur plus intenses que celles de notre propre Soleil. Mais 11e nous arrêtons pas :

« Continuons pendant dix ans, vingt ans, cent ans, mille ans, ce même voyage avec la même vitesse de 75,000 lieues par chaque seconde ! Oui, pendant mille années, sans arrêt ni trêve, traversons, examinons au passage ces multiples systèmes, ces nouveaux soleils de toutes grandeurs, foyers féconds et puissants, astres dont la lumière s’allume et s’éteint, ces innombrables familles de planètes, variées, multipliées, terres lointainespeuplées d’êtres inconnaissables de toutes formes et de toutes natures, ces multicolores, et tous ces pay-

sages célestes inattendus ; observons ces nations sidérales; saluonsleurs travaux, leurs oeuvres, leur histoire; devinonsleurs mœurs, leurs passions, leurs idées, mais ne nous arrêtons pas !

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