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LES DERNIERS JOURS DE LA TERRE

» Au bout de mille autres années, j’y retournai encore et la mer avait disparu. Je m’informai auprès d’un pâtre qui gardait ses troupeaux sur les flancs d’une liante montagne, et il me fit la même réponse que j’avais eue précédemment.

» Enfin, après un égal laps de temps, je retournai une dernière fois dans ces parages. Une cité florissante^ plus peuplée, et plus riche en monuments que celle que j’avais déjà visitée, s’étendait à perte de vue. Lorsque je voulus me renseigner sur son origine, les habitants me répondirent :

» — La date de sa fondation se perd dans l’antiquité, nous ignorons depuis quand elle existe, et nos pères n’en savaient pas plus que nous.

» Et après mille ans encore, ajoute Kidz, je repasserai par le même chemin... »

Là s'arrête le conteur du treizième siècle. Sans doute, il ne prévoyait pas la crise finale où la nature et l’humanité s’immobiliseront dans la mort. Au bout de ces transformations, de ce perpétuel recommencement des choses, il ne pressentait pas l’extinction totale de la lumière et de la vie. Telle quelle est, pourtant, cette allégorie est saisissante. Elle nous démontre notre petitesse ; elle définit à merveille l’illusion qui nous fait envisager comme immuable le monde au milieu duquel nous vivons, et nous apprend que l’histoire tout entière de l’humanité ne compte pas plus dans l’infini que celle du misérable insecte qu'un jour d’été voit naître, aimer, se reproduire et mourir.

Plus heureux que Kidz, je peux terminer ce grand voyage à travers les ans. Lui se bornait à noter les changements réalisés sur un point du globe ; je vais les embrasser dans leur ensemble, et d’un seul coup. Sans effort prophétique, sans invocations de cabale ni de magie, je veux, lecteurs, vous faire assister aux convulsions suprêmes de notre Terre, et décrire en quelque sorte de visu, l’effrayante minute qui marquera son anéantissement. — De même, grâce à la science, l’astronome détermine le moment précis où deux astres se rencontreront, l’heure et la seconde où, dans cent ans, telle éclipse de lune ou de soleil épouvantera les campagnes.

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Notre planète est donc refroidie.

La chaleur centrale, faible et tiède déjà, ne parvient plus a la surface de 1 écorce graduellement épaissie. I) incessantes infiltrations ont appauvri les mers. L’eau se retire devant la rive ; les fonds océaniens s’élèvent ; les îles se rattachent aux continents ; lés méditerranées disparaissent.

Chassés des régions septentrionales par le lent accroissement des glaces polaires, les peuples émigrent vers le Sud, où jusqu’aux derniers jours, vont se manifester les prodiges d’une civilisation agonisante.

Déjà la Russie, le Nord-Amérique, le Japon, le Thibet, l’Europe et la France — d’une part — n’existent plus qu’à l’état de souvenir, dans les vieilles chroniques, péniblement déchiffrées par un Champollion de ces temps-là. D’autre part le Sud-Amérique, la Nouvelle-Hollande et quelques autres terres australes, envahies par les glaces, sont mortes pour l'homme. L’Equateur seul est habitable. L’Afrique centrale, les Indes,, les contrées voisines du grand canal interocéanique se'couvrent de villes prodigieusement peuplées et les races aborigènes, mêlées aux débris des familles que le froid du Nord a poussées jusque-là, se confondent avec celles-ci dans une race unique et nouvelle, dont nul anthropologiste actuel ne saurait déterminer l’angle facial.

Alors se produisent d’étranges découvertes, des inventions inouïes, auprès desquelles les nôtres ne sont qye de grossières ébauches. Placé dans un monde tout neuf, qui amasse pour lui depuis des milliers de siècles d’inestimables trésors, l’homme civilisé du Sahara, du Nil bleu, du fleuve des Amazones et des pampas ouvre enfin ses yeux étonnés sur les merveilles qui l'environnent ; il frappe le sol, et des miracles se réalisent. Une chimie, une mécanique, une dynamique nouvelles, sortent tout armées de son cerveau. L’air, la terre et ses entrailles, la mer avec ses continents nouveaux, tous les éléments deviennent, entre les mains de cet homme perfectionné, des instruments dociles, qu'il dompte, assouplit et transforme au gré de sa fantaisie.

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