LES DERNIERS JOURS DE I.A TERRE
Et pendant ce temps-là, le Soleil, cœur du monde, astre pondérateur des mouvements de notre système, va pâlissant et se refroidissant par degrés...
Ecoutons ici M. Faye, l'éminent astronome :
« Ce cœur refroidi, c’est la mort. Quand le flambeau se sera éteint, la vie animale et végétale, qui auront depuis longtemps commencé à se resserrer vers l'Equateur, disparaîtront entièrement de notre globe.
» Réduit aux faibles radiations stellaires, il sera envahi par le froid et les ténèbres de l'espace ; les mouvements continuels de l'atmosphère feront place à un calme complet ; les derniers nuages auront répandu sur la terre les dernières pluies ; les ruisseaux, les rivières et les fleuves cesseront de ramener à la mer les eaux que la radiation solaire leur enlevait nécessairement. La-mer elle-même, entièrement gelée, cessera d’obéil* aux fluctuations des marées. La terre n’aura plus d’autre lumière propre que celle des étoiles filantes, qui continueront à pénétrer dans l'atmosphère et à s'y enflammer. Peut-être les alternatives qu'on observe dans les étoiles au commencement de leur phase d’extinction se produirontelles dans le soleil, peut-être le développement de chaleur, dû à quelque cataclysme de la masse solaire, rendra-t-il un instant à cet astre sa splendeur primitive, mais il ne tardera pas à s'affaiblir et à s’éteindre une dernière fois, comme les étoiles fameuses du Cygne, du Serpentaire et de la Couronne .
» Quant au reste de notre petit monde, planètes et comètes partageront le sort de la Terre, tout en continuant à circuler suivant les mêmes lois autour du Soleil éteint ! »
Mais avant cette effroyable fin qu’arrivera-t-il? Quelles seront, au milieu de cette décrépitude universelle, les destinées de la grande famille humaine?
Imaginons la dernière année de la terre expirante.
Les deux calottes glacées des pôles s'avancent peu à peu l’une vers l’autre. À l'Equateur, un cercle de terres encore habitées et de mers encore libres entoure le globe, dont les
dix-neuf vingtièmes, sont morts déjà. Là, dans cette étroite couronne, la vie semble concentrée comme les derniers rayons d’une lampe près de s’éteindre. Les hommes et les langages sont confondus.
Les grandes espèces animales, chassées elles aussi par le froid, se mêlent aux survivants de notre race. Une promiscuité touchante unit toutes les créatures ; un seul sentiment subsiste : la lièvre de la conservation. On voit des grappes d’êtres tordus, enlacés pour chercher dans les lianes l’un do l'autre un vestige de chaleur. Les serpents n’ont plus de venin ; les lions et les tigres, plus de griffes redoutées. Les fauves fraternisent avec nous. Tout veut vivre et vivre encore, vivre jusqu’au dernier jour !
« Enfin, ce jour viendra. Les rayons d’un pâle soleil éclaireront un lugubre spectacle : les cadavres glacés de la dernière famille humaine morte de froid et d’asphyxie sur le rivage de la dernière mer desséchée !... »
« Après cette mort terrible, apparaîtra l’aurore d’une humanité nouvelle. Lorsque la vie aura disparu de la surface des planètes, cette même cause qui l’aura rendue impossible sur ces astres-glacés la rendra possible sur le soleil refroidi.
« Alors, il passera par les diverses phases géologiques que les autres corps de notre système ont traversées. Une création organique viendra animer sa surface et sa planète nouvelle, il emportera lui aussi une humanité autour de ce cercle inconnu d’attraction qui l’entraîne présentement vers la constellation d’IIercule. Ce lointain soleil s’ éteindra à son tour !..»
Chaîne mystérieuse et infinie î