‹ Les curiosités la scienceChapitre 9 sur 53 · LA PESTE D'ASTRAKAN · texte numérisé non relu

LA PESTE D'ASTRAKAN

yMu commencement de l’année 1879, une terrible nouvelle ^^épouvantait l’Europe, lapeste visitait Astrakan, tuant les hommes par centaines. Rien ne saurait rendre plus fidèlement l’horreur de ce fléau que la lettre suivante écrite par mon ami-Eugraphe Poutiakine, de la maison Nitchevonieff et Cie, d’ Astrakan :

• Astrakan, ce 28 janvier (style russe) 1879.

Lorsque ces lignes vous parviendront, notre malheureuse cité, dépeuplée à demi par le plus épouvantable des fléaux sera peut être une vaste et silencieuse nécropole. La Mort est ici chez elle. On la touche, on la respire, on la boit. A table, sur le port, au magasin, dans la rue, partout elle frappe à coups redoublés. Et quelle horrible mort! Jamais, dussè-je vivre mille ans, le spectacle des atroces agonies dont je suis le témoin ne s’effacera de mon souvenir.

Un ami vous rencontre. Il essaie de calmer vos angoisses; sa voix bien connue fait entendre de fermes et courageuses paroles. « Allons, dit-il, soyons forts ! L’énergie morale est déjà le préservatif le plus efficace contre les atteintes du mal. Notre constitution robuste et saine, notre sobriété exemplaire, les soins d’une propreté minutieuse, autant de

boucliers sur lesquels la contagion émoussera ses traits venimeux. Et la Providence fera le reste ».

tout à coup, vous le voyez blêmir. Un rauquement sinistre remplace les sons aimés. Ses yeux injectés, stupides, ses gestes incohérents, les bouffées de chaleur, qui empourprent de plaques sanglantes ses traits altérés... c’est la peste ! Je veux soutenir ce pauvre corps... Malheureux! qu’allais-je faire ! Inutile dévouement, qui eut versé dans mes veines le poison fatal, et couché deux cadavres sur la neige ! Egoïste, je m’éloigne, le cœur serré. — Au secours! je meurs !.., oh !... — J’entends encore cette voix déchirant*? dans la rue pleine d’échos. Et quand, à vingt pas, je me retourne, une tête boursouflée, hideuse, des mains noires, un filet de sang

sur la blancheur du sol, voilà ce qui reste de mon ami !...

Ce matin, j'ai visité en traîneau les faubourgs de Karan et de Tartarie, qui sont, vous le savez, les plus peuplés et les plus commerçants de la ville. Un moment, j’ai cru que je serais obligé de faire seul, à pied, cette lugubre promenade parmi les mourants et les morts. — Mon moujick refusait de conduire. — Non, père, je n’irai pas: la peste a enlevé làbas deux de mes parents ; une famille de pêcheurs turcomans, huit personnes foudroyées cette nuit dans leur maison ; l’éparque arménien fait prier jour et nuit dans son église; le temple indou du fond de la rue est plein de cadavres. Le chef de la police, revolver au poing, défend d’entrer et de sortir. Non je n’irai pas! Le démon m’emporterait !

Pour rassurer mon pauvre domestique, j’ai mis dans sa main quarante kopecks, une belle médaille neuve de Saint- Serge, et, lui montrant une large bouteille d’acide phénique qui est, depuis le commencement de l’épidémie, ma compagne fidèle : « Vois-tu, lui ai-je dit, ceci est de l'eau exorcisée ; la peste n’a aucune prise sur ceux qui l’ont touchée une fois. Ouvre tes mains ! »

Il a fait religieusement son ablution; pour lui donner du courage, j’ai mouillé ma figure et mes doigts. — Et maintenant, en route !

Malheureux! me cria-t-il, quittez ce quartier mortel, fuyez cette ville désolé ^^^^^^Vit^n^3est^s^>lusM?apid^m^e«njneilleursu}hevau2^^^^^^

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