‹ Les cygnesChapitre 7 sur 17 · PREMIÈRE CHANSON · texte numérisé non relu

PREMIÈRE CHANSON

!oans doute,

Le chant des pinsons,

De bosquet en bosquet, disait la route

Où nous passions,

De chansons en chansons,

Mes rêves et moi, guidés

Selon l'Heure et l'Age

— Bel attelage ! —

Un double joug enguirlandant leur tête

Et de pourpre violette bridés,

Qui traînaient notre char vers des rumeurs de fête!

Et, de rose en rire

Et de fleurs en femmes,

La route fut pire

Où nous marchâmes

Tenant la lyre,

Mes rêves et moi, guidés

Selon la phrase lue aux parchemins ridés

— Qui laissent leur ride aux âmes — ;

Mais d'elles vers toi.

De celles-là vers Toi, la seule,

La route interminable se prolonge

Où la roue est lente et grince comme une meule,

Où le char s'embourbe ou racle à la paroi ;

Et si n'était d'écouler, à l'étape,

Ce que raconte un songe,

De cueillir aux talus ce que d'espoir y croît,

Quelle douleur et quel blasphème et quel mensonge

De marcher vers un but en marche et qui m'échappe !

N rêve adolescent, de visage si tendre

Que son doux conte semble chanter

— Diseur qu'on fait reprendre, pour l'entendre

Chanter ce qu'il a cru conter —

Disait (ce que sa seule voix laissait comprendre)

«... Je l'ai vue —

C'était au mail poudreux

Dont les ormes sont gris

Où la terre de soif se gerce

En l'ombre d'Août;

Et tout reverdit à sa venue

Et la brise chanta dans les ormes surpris

Comme d'une averse ;

Et je sentis la mort en mon cœur heureux ;

Elle vint à moi

— Qui me dirait d'où ?

Et qui sait pourquoi ? —

Sur le mail poudreux...

V oici quelque autre — rêve jeune et pâle, Pâle et qui rougissait en parlant, De voix plus vieille que son visage et mâle, De rythme lent Et qui, moins sourde, eût dit la Gloire triomphale

«... Sur le sable de la grève

Où tout pas s'efface sous le vent de mer

Qui roule ses dunes, à grands flols lents,

Vers les villes mortes de l'avenir;

Elle vint à moi comme un flot clair

Qui se brise en rire aux sables mouvants ;

Mais j'ai compris que son regard n'œuvrait

Que l'œuvre de souvenir.

Que le mot qu'elle dit n'était plus le vrai ;

Car l'heure pousse l'heure, la dune la dune,

Sur villes et cœurs morts en l'avenir —

Au hasard des chemins j'étais l'un, elle l'une...

Ils parlent, je souris

Ou pleure ou songe

Et reprend le chemin qui vers le soir s'allonge.

Le même qu'hier, moins las, je repris

En fuite du mensonge ;

N'est-il pas vrai que tu nous apparais

Sous la parure de celle-ci, de celle-là ?

Ne sont-ils tiens, leurs sourires parés ?

Et tous ces contes-là narrés

A l'étape ?

N'es-tu pas tout cela,

Hélène, aux yeux incomparés

Vers qui va s'allongeant, là-bas,

La route où mon bourdon inlassé frappe

Son rythme alerte

Deux fois moins pressé que mes pas

Sonores sur la route ouverte...

La force de leurs bras ouverts, ne l'es-tu pas?

Ah ! douleur de ma joie éparse et qui s'étonne : J'ai peur des souvenirs, des parfums, des musiques Et des vieilles cités et des vergers d'automne Et du rire qui passe et de l'heure qui sonne, Car tout est ignoré, sublime, et sans réplique;

Ainsi, le soleil vit en son moindre rayon, Et quelle herbe rêva ses gloires embrasées? Et qui devinerait aux larmes des rosées La vaste mer boulant jusqu'au septentrion ?

Ainsi la plaine immense élargissant nos rêves Suscite l'Infini pour se perdre au néant, Ainsi la folle extase avec ses splendeurs brèves Eblouissent nos yeux jusqu'en l'aveuglement :

J'ai peur de toute joie en son mystère triste, Même un futile amour émeut de majesté, Si bien que tout mon cœur se récuse et résiste Et pleure éperdument vers ton rêve attesté !

Douleur, Hélène, ce soir est doux Entre tes saules apparais-nous.

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