I. Ex-Roval-Picardic, crée en i
plus de pratique que nous n'en avons. Nous mangeons le matin la soupe avec nos camarades de chambrée à la caserne et, le soir, à huit heures, nous allons souper ch9z un traiteur voisin, mais non à douze francs par tête. Lorsque tu viendras à Paris, tu en sauras davantage...
Villeneuve.
Excuse-moi s'il n'y a aucun ordre dans ma lettre, j'ai vingt camarades qui me cassent la tête.
Paris, le 28 prairial an 7" de la Républitiue française.
Mon cher Algay,
Nous continuons à jouir d'une bonne santé et, quoique le service que nous faisons ici soit poussé au point que nous ne nous couchions guère deux fois de suite au lit, nous n'avons pas le courage de nous plaindre, en considérant ce que doivent souffrir ceux qui bivouaquent tous les jours sur les frontières. Il serait très possible que nous ne tardassions pas longtemps à y aller aussi.
Depuis notre arrivée ici, nous avons déjà vu partir deux régiments de cavalerie, un de hussards et deux demi-brigades d'infanterie dont la dernière n'a quitté Paris que les 24, 20 et 26 du courant; sa destination était pour Mavence. En attendant le même sort, nous gardons soigneusement le chef-lieu de la République : le peu d'harmonie qui paraît régner entre les différentes autorités constituées qui l'habitent pourrait bien nous faire paver fort cher la tranquillité dont nous jouissons. En tout cela, que la volonté de Dieu soit faite !
Le jardin, les vignes et toute la récolte, en un mot, doivent être furieusement retardés dans le bas Limousin, si la chaleur n'y a pas été plus grande qu'ici, car à peine avons-nous eu cinq jours d'un peu chauds. Je ne sais ce qu'on pense dams ce pays-ci de la récolte, la campagne est trop éloignée, nous n'avons pas le temps d'y aller promener. Le prix du pain a pourtant augmenté : la livre qui valait deux sols, coûte deux et demi : la viande qui était a huit ou neuf sols a éprouvé la même hausse en proportion.
Vous avez bien fait de remplacer X (un de leurs frères) moyennant une modique somme d'argent qu'il aurait eu bientôt dépensée en cas de départ. Vous lui avez évité bien des peines, des fatigues et des ennuis: vous sera-t-il possible de lui obtenir le brevet qu'il désire depuis si longtemps. Cela me paraît d'autant plus difficile, que la dernière loi pour le remplacement des deux cent mille hommes a fait sortir de l'École polytechnique plusieurs jeunes gens de la conscription qui avaient déjà été admis après l'examen de nivôse dernier.
Ghalard .
Paris, le 3 thermidor an 7^ de la République française, une, etc.
Mon cher Papa,
La lettre de Villeneuve a dû vous rassurer sur notre compte :
nous continuons à nous bien porter, et notre situation est à peu près la même qu'au moment où il vous a écrit. Je ne vous parlerai pas nouvelles, les gazettes que vous recevez sans doute vous apprendront ce qui se passe ici et ailleurs : je me contenterai de vous dire que Paris est tranquille, malgré les pamphlets, les libelles, les diatribes, les menaces et les sottises dont s'accablent les différents partis.
Froidefond, que j'ai vu hier au soir, rit toujours avec Brival.
A force de protections il a été assez heureux pour obtenir son admission dans un corps de cavalerie qui s'outille, à condition cependant qu'il se montera et s'équipera. Le iS*^ est celui qu'il a choisi.
Depuis la lettre du i3 floréal, nous n'avons pas eu de nouvelles de Valette. Dans le mauvais état où se trouve l'armée dont il fait partie, le pire qu'il ait à craindre est d'être fait prisonnier et ensuite renvoyé
sur sa parole
Jacques (Ghalard).
Versailles, le 4 nivôse an 7, veille de Noël.
Mon très cher Père,
L'invitation que vous nous avez faite de vous écinre au moins toutes les deux décades est une preuve non équivoque de la tendre affection que vous ne cessez d'avoir pour nous. Satisfaire votre sollicitude vraiment paternelle sera en tout temps le plus sacré de nos devoirs. Nous trouverons d'autant plus d'agrément a le remplir avec exactitude que nous y serons excités par l'amitié et la reconnaissance. Si pour la première fois nous avons dépassé le terme de quelques jours, c'était pour vous faire part des mutations qui pouvaient avoir lieu dans le corps au premier du mois.
Le coup le plus déchirant a failli nous être porté ; sans en être prévenu, j'ai été nommé pour aller faire le métier de gendarme dans le département d'Eure-et-Loir ; moyennant un bon déjeuner, j'ai trouvé un camarade qui a pris ma place. S'il n'avait pas fallu se séparer de Chalard, j'aurais accepté sans peine, car le dépôt n'a rien qui soit capable d'exciter nos regrets. Soit par habitude, soit par contrainte, nous faisons notre métier tout comme les anciens. Notre société n'en souffre point.
... Il y a environ dix jours que nous avons reçu des nouvelles du
pauvre Valette ; sa lettre est datée de Penigallia, près Ancône, du 19 brumaire : il se portait bien à cette époque. Eu cherchaut a uous rassurer sur son sort à venir, il nous laisse entrevoir son inquiétude. Il craignait d'être embarqué sur des vaisseaux équipés à la hâte à Ancône. Les papiers publics d'hier nous apprennent que les bâtiments ont mis à la voile le 9 frimaire, on ne sait pour quelle destination. Quoi qu'il soit arrivé, je ne crois pas que notre frère tarde à nous instruire de ce qui en est, peut-être vous en a-t-il déjà fait part. Nous lui écrirons avant peu.
C... et son épouse sont arrivés vendredi soir. Nos occupations sont si multiples qu'à peine avons-nous eu le temps de les embrasser et leur faire notre compliment sur leur heureux voyage... L'oncle nous a invités à dîner pour demain : il demande de bons acteurs afin d'expédier une poule dinde truffée ; il n'en peut choisir de meilleurs que nous, d'avance nous répondons de notre part...
Nous ne savons ici d'autres nouvelles politiques que celles qu'il plaît aux journalistes de nous débiter : tantôt ils soufflent la paix, tantôt la guerre, suivant l'opinion qu'ils ont embrassée. Il y en a qui assurent qu'une fois le roi de Naples vaincu, il régnera sur le continent une parfaite tranquillité. Le temps seul peut en décider ; en attendant, on se dispose aux combats avec toute l'activité possible . Les routes sont pleines de conscrits et de réquisitionnaires qui se rendent à l'armée du Nord ou du Rhin. Ici c'est une procession continuelle. A-t-on encore réussi à faire déménager ceux de nos cantons ? En sera-t-il bientôt parlé a la tribune du Corps législatif...
Villeneuve.
Je ne peux te donner aujourd'hui, ma chère J..., tous les détails que je t'ai promis sur l'état actuel de Versailles. Tu sais ce qu'il était autrefois, voici en raccourci ce qu'il offre dans ce moment. On ne rencontre ici que des milit lires de toute arme et des chevaux. Les édifices nationaux suffisent à peine pour loger les uns et les autres et ce qui est nécessaire pour leur entretien et leur subsistance. La moitié de la ville est à louer ; les deux quarts restants sont habités, l'un par des commerçants et l'autre par des rentiers ruinés et des salariés de la liste civile qu'on ne paie point. Le château n'est point dégradé, mais il n'est pas entretenu. Les trois cours n'en font plus qu'une. L'intérieur du palais, cest-à-dire les appartements du roi, de la reine, servent de musée. On y a rassemblé tout ce que les différentes maisons royales avaient de plus parfait dans tous les genres : il faut être connaisseur pour en parler. La terrasse ne laisse rien à dé.sirer : elle est ratissée tout comme autrefois, il n'en est pas de même du reste du parc, quoique les charmilles aient été taillées. Toutes les statues sont encore en
place, malgré les mutilations qu'elles out souffert : on ne voit que le haut des chefs-d'œuvre de sculpture ; les eaux ne jouent plus, les canaux principaux étant rompus, la nappe d'eau est à sec : l'avenue de Paris a subi même situation. Dans les quatre églises de Versailles, on professe des cultes différents. Notre-Dame est consacrée à des fêtes décadaires ; on s'y rend en foule pour voir les mariages. Les constitutionnels sont à Sadnt-Louis, les catholiques au Grand-Montreuil et les théo-philanthropes a la chapelle du château. Ceux-ci ont peu de sectaires. Les théâtres ne sont ouverts que les décades. Dernièrement on y a donné une pièce nouvelle intitulée : La Revue de l'an VP. C'est une critique amère des mœurs et des usages du jour : elle a été applaudie à Paris et ici au dernier degré...
Déjjartcment delà Mayenne, Laval, le 17 vendémiaire an 8.
Nous l'avons quitté, le paisible séjour de Caen : notre départ de cette ville a été aussi imprévu que précipité. A peine nous a-t-on accordé le temps suffisant pour nous y disposer. Après huit jours de route, nous arrivons enfin à notre destination. Le pied hors l'étrier, je prends bien vite la plume pour vous donner connaissance de notre déplacement : différer plus longtemps de vous écrire ce serait vous donner de l'inquiétude. Tout annonçait que dans notre marche nous devions trouver résistance ; fausse alerte : nous n'avons eu à vaincre que des chemins de traverse affreux, pires que ceux des Roches, surtout entre Vire et Domfront. Faits a la fatigue, notre santé n'en a pas souffert ; grâce à Dieu, nous sommes arrivés à bon port. Je n'ai ni le temps ni le courage de vous peindre notre situation, ni de vous faire le tableau du malheureux pays que nous habitons. Les chouans ou mécontents, enhardis par les succès qu'ils ont obtenus sur les troupes de la République, parcourent toutes les communes en souverains ; les acquéreurs des biens d'émigrés et les agents du Gouvernement sont pillés et rançonnés par eux sans rémission. Nos généraux attendent de nouveaux renforts pour les attaquer. Tout est tranquille pour le moment.
Les deux partis, cependant, sans paraître s'observer et se craindre, se disposent au combat. Le choc sera terrible quelle qu'en soit l'issue : je vous en ferai part; j'ai confiance qu'alors tout comme aujourd'hui
I. Le litre exact : La Revue de l'an VI ou il faut un État. Ce proverbe en un acte, en prose et en vaudeville, qui avait pour auteurs Léger, Buans et Cliazet, fut donné le premier jour connplémentaire de l'an VI sur le théâtre du Vaudeville de la rue de Chartres.
La pièce se trouve dans le a* tome des Mémoires, souvenirs, œuvres et portraits, par AJissan de (Ihazet. Paris, Postel, 3 vol. in-8°, 1837.
j'en aurai la faculté. Si quelquefois vos lettres souffrent du retard, n'en sovez point surpris, les routes ne sont pas toujours libres. Les courriers ne vont dans ce département que sous bonne escorte d'infanterie ; par conséquent, à petites journées. C'est une raison de plus pour que nous écrivions plus souvent dorénavant. J'étais sur le point de mettre ma lettre du 3o fructidor à la poste lorsque la vôtre nous fut remise : elle nous causa le plus grand plaisir...
VlLLENEU\'E.
Dans sa dernière, Villeneuve n'a certainement pas fait part au papa du dérangement de sa santé, quoique, au moment où il l'écrivait, il gardait la chambre depuis dix ou douze jours : la fatigue du voyage, le regret d'avoir quitté Paris, le changement d'air et de boisson ou toute autre chose l'avait incommodé, au point qu'il en avait perdu l'appétit et gagné des douleurs d'estomac qui le fatiguaient beaucoup. Notre chirurgien-major, consulté, lui a fait prendre successivement l'émétique, deux médecines et puis des bouillons rafraîchis; ces remèdes aidés de la diète et de la tranquillité ont d'abord débarrassé le malade des douleurs qu'il souffrait. Durant les intervalles, j'ai resté k côté de lui tout le temps que mon service me laissait de libre. Je lui ai procuré tout ce qu'il a paru désirer et surtout quelques bouteilles de bon vin dont il prenait modérément et qui lui ont fait beaucoup de bien. Au commencement de ce mois, il s'est trouvé parfaitement rétabli ; le service repris et la route que nous venons de faire ne l'ont pas dérangé, comme il vous en assure lui-même : il se porte k merveille, ainsi ne soyez pas inquiets sur son compte...
Le publiciste vous aura sans doute fait part des différentes affaires qui ont eu lieu dans les environs quelques jours avant notre arrivée, ainsi je ne vous répéterai pas les différents rapports qui vous en ont été faits...
Chalard (Elie).
C'est le nom sous lequel je suis désigné sur le contrôle du régiment.
Pré-en-Pail ' , le ii pluviôse an 8^ de la République française.
Mon cher Papa,
Un mois entier s'est presque écoulé depuis la dernière que Villeneuve vous a adressée ; pour prévenir et dissiper les inquiétudes aux-
I. Prc-eu-Pail, déparlcinciit de la .Mayenne, à 38 kilomètres de Mayenne.
quelles un trop long silence pourrait donner lieu, je vous avais déjà écrit dès la fin de nivôse, mais la lettre est restée jusqu'à présent entre mes mains et v resterait sans doute longtemps encore, si j'attendais le retour d'une des malles descendues en Bretagne. Il n'en est remonté aucune depuis douze jours, je tâcherai de trouver au plus tôt une occasion sûre pour remettre celle-ci au bureau d'Alençon dont la correspondance n'est point interrompue. Je désire qu'elle vous parvienne bien vite et vous trouve tous aussi bien portants que nous le sommes dans ce moment-ci. Notre plus grand tourment est de ne recevoir aucune nouvelle de vous ; sans l'heureux retour du pauvre Valette qui a donné lieu à une seconde, votre lettre du i3 brumaire eût été la seule qui nous fût parvenue le trimestre d'automne. Celui d'hiver est à moitié passé, votre silence dure encore. Ignorants et inquiets sur les causes qui peuvent se produire, nous sommes réduits à désirer que la négligence et l'oubli en aient été les seuls motifs.
Depuis la reprise des hostilités qui a commencé le 2 du courant, il s'est passé dans les départements de Mayenne et de l'Orne plusieurs affaires entre les rebelles et les républicains, où ceux-ci ont presque toujours eu l'avantage. Ces différents succès ont fait rendre quelques chefs tels que d'Autichamps, Scépeaux, Bourmont, Chàtillon, Suzannet, etc. ; le malheureux canton que nous habitons n'est compris dans aucune de leurs divisions, aussi nous sommes entourés de chouans qui parcourent impunément toutes les communes voisines où ils exercent toutes sortes de brigandages. Je désire qu'il ne leur prenne pas envie de vouloir nousvisiter. Nous n'avons qu'une faible garde nationale à leur opposer depuis six jours que notre garnison a quitté et pris la route de Rennes, où se rendent à marches forcées plusieurs autres demi-brigades. On craint apparemment quelque descente sur les côtes du Finistère ou du Morbihan.
Du 12 pluviôse.
Sur le point de partir pour Domfront, je viens de trouver une occasion pour Alençon, j'en profite bien vite et vous prie d'excuser et l'encre et le griffonnage de ma lettre. A notre retour, j'espère en trouver ici quelqu'un de vous.
En attendant ce doux plaisir, nous vous embrassons bien tendrement et vous prions de croire très sincères nos sentiments de respect et d'amitié que nous ne cesserons d'avoir pour vous. Rogo ut valeas.
Chalard.
... Valette ne nous a pas encore écrit et nous ne savons pas son adresse.
Pré-en-Pail, le 20 ventôse an 8.
Mon très cher Père,
Votre lettre du i^"" pluviôse ne nous fut pas plutôt remise que, cédant avec empressement à vos instances, je m'occupai de vous donner de nos nouvelles. Mais, à peine eus-je tracé quelques lignes que je fus contraint de vous quitter après avoir promis de vous écrire sous peu et plus au long. Je viens un peu tard remplir mes engagements : si j'ai tant différé ce n'est point ma faute ; depuis cette époque aucun de nous n'a eu un jour entier de libre. Les mouvements des troupes, la reddition des chouans, leur désarmement et la conduite de la Malle ne nous a point donné de relâche. Aujourd'hui même, si j'ai du temps a ma disposition, ce n'est point faute de travail. J'en suis redevable à mon lourd rossinant pour qui j'ai obtenu quelques jours de repos, afin de le faire guérir d'une légère blessure qui, négligée, aurait pu me renvover au dépôt. Je suis d'autant plus aise de cet heureux accident que j'aurai tout le loisir de m'entretenir avec vous, de vous faire connaître notre situation et celle du pays que nous habitons.
Le bourg de Pré-en-Pail oîi, depuis trois mois et demi, nous sommes détachés est situé au nord d'un coteau aride dans un vallon assez fertile, il est traversé dans tout son long par la route de Bretagne : on y compte cent cinquante feux. Les mécontents n'y sont pas entrés, il est vrai qu'ils n'ont jamais tenté : avec si faible garnison je doute qu'il eût résisté à une attaque bien dirigée. Ses marchés sont très renommés ; ses principaux habitants sont aubergistes, le reste n'a nulle aisance surtout depuis la chouannerie. C'est chez les premiers qu'on nous a logés : ils sont en général assez prévenants, mais peu généreux. Les circonstances, dit-on, les ont rendus tels. Nous vivons quatre de société : le matin, nous mangeons l'étape chez nos hôtes et le soir nous soupons chez une honnête femme qui nous sert proprement et à bon compte. Quoique le cercle de nos connaissances soit très étroit et que nous n'ayons guère que nos camarades pour socier, nous sommes parfaitement habitués dans notre village, nous le préférons même au séjour des grandes communes parce qu'on y est libre et sans supérieurs. S'il faut s'en rapporter au bruit qui court, notre régiment est désigné pour le camp de Grenelle près Paris. Cette nouvelle n'est point invraisemblable : ce qui nous en fait pourtant douter, c'est que nos chevaux sont épuisés et presque sans ressource, on attend une forte remonte du Finistère, mais elle n'arrive point. Pour que le régiment puisse se présenter avec honneur devant un ennemi redoutable il a besoin non seulement de chevaux, mais encore d'être exercé longtemps à la manoeuvre.
Il n'est plus de rassemblement de chouans, ils sont tous rentrés dans
leurs communes respectives : le plus grand nombre est déjà venu faire soumission aux lois de la République en apportant ses armes et ses habits d'uniforme. Il ne faut pas se persuader que ce soit le repentir qui les porte à se soumettre, ils n'ont cédé qu'à la force supérieure. Quoiqu'ils fussent tous indistinctement désignés sous le nom de royalistes, la plupart ne s'étaient jetés dans le parti que par passion, par haine et par vengeance ; peu par opinion. Tant que le Gouvernement se tiendra au tempéré, il n'est point à craindre qu'ils se relèvent, ils n'y penseront même pas. Je n'assurerai point qu'il en fût de même longtemps si les Jacobins et les forcenés reprenaient le dessus. Ces individus ne voulaient faire avec les rebelles d'autre paix que de les exterminer tous. Aussi écument-ils de rage de les voir citoyens tout comme eux. Plusieurs chefs marquants étaient sur le point de se rendre, mais, craignant d'essuyer le sort de Frotté, Gaumarqué (serait-ce le mari de la femme qui porte le même nom à Brives?), Saint-Florent et autres, ils ont disparu. Le désarmement s'opère en ce moment : une fois fini, tous les jeunes gens seront contraints de s'enrôler dans les nouveaux bataillons francs, la loi ne les favorisera plus comme par le passé. Tout cela demande du temps, on en viendra à bout avec de la constance et de la sévérité. Les troupes qui avaient inondé les départements commencent à revenir sur leurs pas : il y en a déjà passé cette décade cjuatre à cinq mille qui se rendent à leur destination à marches forcées. Les malheureux liabitants de ces contrées les voient défiler avec une satisfaction bien marcjuée : on ne trouve plus chez eux ni poules, ni oies, ni lard ; les chouans et les républicains ont tout englouti ; je ne parle pas des contributions exorbitantes qui ont été levées soit par les uns, soit par les autres ; quoique la troupe les ait beaucoup froissés, ils lui doivent de la reconnaissance pour avoir éteint dans son principe un incendie qui pouvait les dévorer tous.
Vous serez sans doute étonné lorscjue je vous dirai que nous n'avons pas encore écrit à Valette : nous en sommes tous deux aussi honteux que si nous l'avions fait exprès ; le seul tort que l'on puisse nous reprocher, c'est d'avoir attendu un jour libre et de n'en point attraper. Dès demain, sans plus tarder, nous nous en occuperons ; j'aime à croire qu'il écoutera nos raisons et qu'il sera sans rancune.
Depuis que j'ai écrit à notre cousin G..., j'attends chaque jour une réponse, mais en vain : aussi vais-je lui écrire de nouveau. Je lui rappellerai les conventions faites entre vous deux, je lui exposerai nos besoins: je suis persuadé qu'il y pourvoira. Les secours qu'il nous remit en partant de Paris, joints à ce que nous avions par devers nous à cette époque, nous ont suffi jusqu'à ce jour. Si le mois de solde qui nous est dû nous est payé, nous aurons de quoi attendre ce que notre cousin nous enverra.
Cessez, notre très cher père, cessez de vous aflligcr sur notre sort :
vous savoir dans l'inquiétude est un nouveau supplice pour nous. L'orage a longtemps grondé sur nos têtes, plusieurs en ont été n:ialheureusement frappés, une main protectrice nous a protégés ; ayons tous confiance qu'elle ne nous abandonnera pas...
Villeneuve.
Mon cher Papa,
J'arrive de Mayenne au moment où Villeneuve va terminer sa lettre. Ouoique un peu fatigué, je ne veux pas me priver du plaisir d'ajouter quelques lignes à la suite des siennes...
Chalard.
Orléans, le 26 germinal an 8.
Mon très cher Père,
Notre régiment a été désigné pour faire parlie de l'armée de l'éserve qui se forme à Dijon. C'est le 7 du courant que les ordres du ministre nous ont été intimés et, dès le lendemain, il a fallu quitter Pré-en- Pail. Le corps qui devait se rassembler à Alençon ne s'est réuni qu'a Tours le i5. Arrivés à notre destination, nous vous rendrons compte de notre voyage : s'il finit comme il a commencé, nous n'aurons, grâce à Dieu, rien de fâcheux à vous apprendre. Notre santé va au mieux et la persuasion que nous avons d'une paix prochaine fait que nous suivons sans peine la route qui nous est tracée...
Villeneuve.
Ce n'est que le 10 du mois prochain que nous arriverons à Dijon; je compte y trouver une lettre de vous... Je n'ai que deux minutes pour vous écrire ces deux lignes. Excusez mon griffonnage ; je vais partir pour Ghâteauneuf.
Aigle-en-Helvétie, le 29 floréal an 8^ de la République française.
Mon cher Papa,
La rapidité de notre marche ne nous a pas permis de vous informer plus tôt du changement de notre situation, et je serais encore privé du plaisir de vous écrire celle-ci si, déjà loin d'Aigle, nous n'avions les ordres de rentrer dans nos logements. La grande quantité de neige tombée les précédentes nuits a obstrué les passages et sus[)enil nnti o course pour quelques heures.
Après six jours de repos a Seurre-sur-Saône, nous en sommes partis le iG pour nous rendre en diligence à Carouges près Genève, où nous n'avons même pas séjourné. Je ne pourrais vous exprimer combien nous avons été mortifiés de n'y pas embrasser notre cher Valette qui en était parti la veille de notre -arrivée. Nous avons appris par celui de nos camarades qui l'a rencontré qu'il se portait à merveille et qu'il était lieutenant dans la 22^ demi-brigade légère. Malgré les démarches que nous avons faites pour découvrir la destination de son corps, il nous a été impossible de savoir au sûr s'il a passé par la Suisse ou par la Savoie. Le désir et l'espoir de le rencontrer bientôt nous font oublier la peine et les dangers du grand voyage que nous entreprenons. La colonne dont il fait partie est commandée par le général de brigade Chambarlhac ' ; la nôtre, composée de six régiments dont trois de cavalerie, deux de dragons et un de chasseurs, est sous les ordres du général de brigade Duvignau^.
En arrivant avant-hier à Lausanne, nous avons été tous passés en revue par le Premier Consul qui est parti le soir même. On publie qu'il a pris les devants pour passer les montagnes du Valais.
... Vous nous avez demandé dans le temps les noms des différents officiers qui nous commandent. Je sens toute la sagesse de cette mesure ; de peur de les oublier une autre fois, je vais vous les tracer ici : maréchal des logis chef Velaine', lieutenant Dufrainous 4, capitaine Frely5, commandant du 20^ Gérard^.
1. Ghambarlliac de l'Aubespin (Jacques-Antoine), né à Étaples (Haute-Loire), le 2 août 1754, général de division, baron de l'Empire, décédé à Paris le 3 février 1826.
2. L'ordre du jour, daté du quartier général à Tortone, le 29 prairial an VIII et signé de Dupont, comme général de division, chef de l'état-niajor général, porte : « Le général Duvigneau ne s'est pas trouvé à sa brigade de cavalerie à la bataille du 20, n'est plus employé à l'armée de réserve ; il se retirera auprès du ministre de la guerre pour recevoir ses ordres. »
3. Velaine (Joseph), né à Sedan, entra au service le 3 octobre 1792 ; maréchal des logis chef le i^'' germinal an VII, obtint l'épaulelte le i^f messidor an VIII.
4. Defranoux (Jean-Baptiste), natif des Vosges, soldat en 1786, passa sous-lieutenant le 17 germinal an II, lieutenant le i'^'' thermidor an VII et capitaine le i^^ vendémiaire an IX.
5. Frel}' (Jean-Michel), né à Ostheim (Haut-Rhin), le i5 avril 17/14, fut cavalier au 20^ à 16 ans (17 avril 1760). Sous-lieutenant 29 octobre 1791, lieutenant :<"■ mars 1792, capitaine 8 septembre 1793.
Au licenciement du 20^, le capitaine Frelj' passa au 1^'' régiment de carabiniers. Il fut décoré de la Légion d'honneur le 26 brumaire an XII, retraité le 24 brumaire suivant et mourut à Pont-à-Mousson le 7 février i8i4-
6. Gérard (Jean-François), né le 20 mai 1708, à Bouillonville (Meurthe), entra à onze ans au 20" de cavalerie comme enfant de troupe et il y conquit tous les grades de la hiérarchie ; il avait été promu chef d'escadron le i^r pluviôse an VIII.
Le 21 messidor an IX il reçut un sabre d'honneur pour sa brillante conduite à Marengo ; il avait enlevé à l'ennemi 4 pièces de canon, un caisson et drapeau et avait contribué par son intrépidité à la prise de 5,5oo Autrichiens.
Gérard obtint sa retraite le 8 septembre 1806.
D'après l'état de situation de l'armée de réserve an VIII (1800), le 20" de cavalerie comptait 280 hommes. (Mémoires inédits du maréchal duc de Bellune [Spectateur militaire, mai i84G]-)
La trompette rappelle, je ne sais si c'est pour le départ. Je vais fermer ma lettre ; nous serons sans doute loin d'ici lorsqu'elle vous parviendra. Puisse-t-elle vous trouver bien portants et vous et toute la famille.
Je vous embrasse de toto corde'.
Chalard.
Turin, le i3 ventôse an g.
... Notre cher Valette nous a écrit du 17 pluviôse : échappé aux fureurs de la guerre, il commençait à goûter, sur les bords du Tagliamento, les douceurs d'un paisible repos; après avoir essuyé toutes les fatigues de la campagne, sa santé se soutenait à merveille et le séjour du nouveau pays qu'il habitait lui paraissait plus agréable que celui de la plupart des villes du Piémont ou de la Cisalpine. Quoique nous fassions tous partie de la même armée, dite d'Italie, nous nous trouvons pourtant éloignés de cent trente lieues près. Puisse notre rapprochement être un des premiers effets de la paix conclue à Lunéville et puisse enfin cette paix déterminer notre réunion auprès de vous et nous ramener au sein d'une famille dont l'éloignement excite sans cesse nos regrets. Du reste, nous n'avons pas à nous plaindre de notre sort actuel, il est bien changé depuis le gouvernement de l'an 9 ; servant sous des chefs dont nous possédons l'estime et la confiance, et avec des braves camarades dont nous sommes les amis, nous attendons avec patience le moment où elle nous sera rendue...
Chalard.
a son frère.
Je ne vous parlerai pas de notre Carnaval; avant comme après, tous les temps sont égaux pour nous et le séjour de Turin est toujours très agréable. Cette ville est la plus belle que j'aie encore vue de ma vie : toutes ses rues sont larges, propres, tirées au cordeau et se coupent à angle droit. La plupart sont bordées de maisons uniformément bâties. On voit ici de superbes places, de très belles promenades et de fort beaux édifices. Depuis leur retour, les Français s'occupent à raser les fortifications qui rendaient imprenable cette ville. J'ai eu occasion d'aller fort souvent au Théâtre national : la salle est très belle et les décorations ne laissent rien à désirer. Je vous avouerai pourtant que je n'en suis jamais sorti aussi satisfait que de ceux de Paris. Vous auriez tort d'attribuer ce mécontentement à la différence de la langue, car je la comprends assez pour en goûter les beautés. C'est d'abord une rareté de bons acteurs, k peine en paraît-il deux ou trois dans une
pièce ; les autres sont si au-dessous du médiocre et du commun, qu'ils ne sont pas supportables ; en second lieu, au peu d'intérêt que le public prend à la pièce jouée : au bruit confus qu'on entend, on croit être à la halle plutôt que dans un théâtre. Autre bizarrerie encore : un acteur de mérite et de réputation paraît-il sur la scène ? on l'accable d'applaudissements. A l'intérêt qu'on lui témoigne, on croirait qu'il va captiver toute l'attention. Eh bien ! il n'en est rien : avec son rôle recommencent toutes les conversations. J'ai observé ce grand défaut dans tous les théâtres italiens où je suis entré...
Ghalard.
Mes occupations m'ont encore une fois forcé de céder à Chalard la douce satisfaction de vous écrire. A la prochaine, qui ne peut être éloignée, ce sera sans doute mon tour. Recevez tous mes tendres amitiés ; je vous embrasse de tout mon cœur.
A tous nos parents et amis, salut et santé.
Villeneuve.
Chalon-sur-Saône, le g pluviôse an ii.
C'en est fait, mon cher Villeneuve, il n'existe plus de 20^ cavalerie, le 4 pluviôse est l'époque fatale de la disparition de ses débris qui, parsemés sur différentes routes, cherchent à rejoindre les corps auxquels ils sont destinés. Je ne répéterai pas ici combien cette séparation a été cruelle et désolante pour tous les amis. Tu en jugeras assez par toi-même en te transportant d'idée sur les lieux...
L'incorporation du corps a eu lieu de la manière que je te l'ai détaillée dans ma précédente. Outre les cinq feuilles de roule pour les t4S i3% 12'', i'^"' carabiniers et garde des consuls, il y en a eu une sixième pour quinze sous-officiers et un officier, chargés de conduire nos étendards à Paris, d'où ils rejoindront chacun les corps auxquels ils appartiennent.
Tu ne peux te faire une idée de la peine que m'a donnée le départ. Maréchal des logis chef du i'^^'' pluviôse dans la XP, il m'a fallu, dans l'espace de quatre jours, arrêter toute la comptabilité mal eu ordre, en faisant triples feuilles de décompte de subsistance, d'appel d'hommes et de chevaux et situation d'habillement : les préparatifs du voyage n'ont pas été moins conséquents.
Api'ès avoir travaillé jour et nuit, nous pûmes enfin partir le 5. De ma vie, je n'ai vu im désordre pareil; R..., tout déconcerté, n'avait donné aucun ordre, chacun était pris de boisson, personne n'était à son rang; enfin, après des efforts infinis, j'ai rassemblé mon monde
et l'ai embarqué sous les ordres d'Hartmann ' et de Marescot ; je suis resté avec Poste!- pour prendre nos papiers arrêtés et visés par l'inspecteur. Je ne compterais pas cette journée malheureuse si j'en avais été quitte pour être témoin du désordre du matin, et pour attendre chez le quartier-maître jusqu'à 4 heures du soir, mais tout ceci n'est rien en comparaison de ce qui m'attendait après avoir fait mes adieux aux amis du 3e sans descendre de cheval. Nous quittons enfin Vaise à 5 heures du soir ; après avoir marché pendant deux heures, nous nous arrêtons pour afl'aire dont on ne charge pas autrui ; pour y vaquer plus à son aise, mon ami a l'imprudence de lâcher son cheval qui, profitant de sa liberté, a qagné les champs en un clin d'œil et a disparu. La nuit était déjà très obscure et la boue fort considérable. Juge de notre embarras ou plutôt de notre désespoir. Après avoir inutilement cherché pendant deux heures dans tous les environs, à travers les bois, les rochers et les ruisseaux, je prends le parti de retourner à Lyon, où j'ai visité le quartier et les alentours et fait recueillir le moindre renseignement. Je m'en retournais tout pensif et tout triste lorsque, heurtant à la porte de notre pays Laroche, chez qui je me proposais de passer le reste de la nuit, un quidam est venu me demander si je ne demandais pas un cheval, en me disant que le corps de garde en avait arrêté un, harnaché à peu près comme le mien. Dès ce moment je n'ai plus eu envie de dormir, j'ai pris le cheval et l'ai conduit à Postel qui m'attendait sur la route plus mort que vif. Il a eu le bonheur de ne rien perdre dans tout ce charivari. Malgré la neige qui a duré toute la nuit, nous avons continué notre voyage jusqu'à Villefranche, oii nous sommes arrivés à 4 heures du matin tout mouillés et tout gelés. Il nous a encore fallu courir plus d'une heure dans les rues avant de trouver une porte qu'on voulût nous ouvrir. A 8 heures nous sommes repartis avec les autres et sommes enfin arrivés hier au soir ici après avoir passé par INIàcon et Tournus ; le reste de notre route est parBeaune, Dijon, Selongey, Langres, Montigny, Bourmont, Neufchâteau, Colombey, Toul, Pont-à-Mousson, Metz, Courcelles, Saint-Avold, Sarreguemines où nous devons arriver le 22.
Je ne sais si je dois te plaindre ou te féliciter de ton déplacement et de ton entrée aux carabiniers. Entre toi et moi la perte du 20** n'est, je crois, guère conséquente et n'a rien qui dût nous affliger si nous connaissions nos nouveaux camarades. Sitôt après ma nomination, j'ai été dans une incertitude bien grande, je ne savais si je devais proposer un échange qui m'aurait placé dans ton nouveau régiment. Cepen-
1. Hartmann, sous-lieutenant, passé au 22" dragons, est mort capitaine à l'hôpital de Varsovie au mois de mars 1807.
2. Postel (François-.lulien) avait reçu, en date du 28 frimaire an IX, vme carabine d'honneur, pour s'être emparé d'une pièce de canon à la bataille de Marcngo. En i8i4, il était capitaine au aa^" régiment de dragons.
liant, après avoir mûrement réfléchi et pris les conseils de tous nos amis, j'ai pris le parti de ne faire aucune proposition en pensant que je quitterais le service actif du corps pour aller surnuméraire dans un autre que nous ne tarderions assurément pas de quitter l'un ou l'autre pour quelque nouvelle destination.
Avant de quitter Lyon, j'ai fait mon possible pour l'obtenir un mois de prolongation auquel lu as droit comme officier, mais l'inspecteur m'a répondu que tu ne pouvais jouir de cette prérogative qu'après avoir été reconnu dans ta nouvelle dignité. Il ne te reste plus que l'article des allocations et je te conseille fort d'en profiter longtemps en te mettant toutefois bien en règle pour ne pas perdre le rappel qui te revient à ta rentrée soit aux carabiniers, soit à un autre corps si tu juges à propos de solliciter un changement. J'ai remis ton portemanteau à Kéroulet et l'ai prié, sitôt son arrivée à Lunéville, de te faire part de tout ce qui peut te concerner... Ta lettre du i8 nivôse est la dernière que j'aie reçue; sitôt mon arrivée à Sarreguemines, je compte en recevoir de nouvelles; de mon côté, mon premier soin sera de t'écrire. Je me porte à merveille; je souhaite que vous en fassiez tous de même. J'ai encore un million de détails à te faire part, mais, faute de temps, je les remets à une autre fois...
Postel, Kéroulet et Frenel, avec qui je suis encore, te disent un million de choses ; Legrain et Garnier^ avant leur départ, m'ont chargé d'en faire autant, L... (illisible) ne veut pas être oublié.
Ch.\lard.
Le licenciement du 20* de cavalerie sépare les deux frères. Tandis que Villeneuve passe au i" régiment de carabiniers, Chalard rejoint avec ses galons de maréchal des logis chef le iS"' de cavalerie, devenu peu'après 22® dragons.
Dans sa première lettre, datée de Schelcstadt, Jacques d'Algay apprend à sa famille sa nomination de sous-lieutenants Constatons une lacune regrettable. Combien eût été intéressant de la part du jeune officier de nous raconter l'expédition de son régiment sur Ettenheim pour y opérer l'arrestation du duc d'Enghien * !
Schelestadt, le 4 pluviôse an 12 (département du Bas-Rhin).
Après un aussi long silence, mon cher Papa, vous seriez sans doute peu surpris de recevoir mon extrait mortuaire. Comment, en effet, ai-je pu passer trois mois sans vous donner signe de vie, moi qui con-