I. Me Verlhac était homme de loi
Nous avons laissé les deux aînés dans leur famille, jouissant d'un congé de convalescence.
Dès qu'ils se sentent assez forts pour affronter les fatigues de l'existence militaire, les d'Algay s'enrôlent le 26 octobre 1798, au 20* régiment de cavalerie \ stationné à Paris et commandé par le chef de brigade François Dargent, vieux soldat plus que sexagénaire.
Paris, le 19 floréal an 7 (8 mai).
Aujourd'hui, comme toujours, nous jouissons d'une bonne santé
quoique pour ma part, depuis ma dei'nière, j'aie été gratifié d'un gros rhume qui, grâce à Dieu, a pris fin. Le bruit court qu'il va partir pour l'armée d'Helvétie deux autres régiments de cavalerie de la garnison de cette commune. Sera-t-il question du nôtre ? L'événement seul peut nous l'apprendre : tout nous porte <i croire que nous ne quitterons point les bords de la Seine. Peut-être nous flattons -nous. Avant-hier, j'ai failli à me séparer de Chalard pour aller en détachement à Rambouillet; heureusement, j'ai trouvé un suppléant à qui il a fallu graisser la patte. Voilà la quatrième fois que pareille chose nous arrive ; nous sommes résolus à tout sacrifier plutôt que de nous séparer, nous ne céderons qu'a la dernière extrémité. Le service devient chaque jour plus fatigant : .sur cinq nuits, rarement en passons-nous trois dans notre lit. A peine est-on descendu de cheval qu'il faut se disposer à y remonter, l'on n'en murmure pas, parce que l'on sait que le service de l'armée est bien différent.
Vous savez tous les nouvelles du jour, les gazettes n'ont pas
manqué de vous en instruire, aussi je ne vous en dis rien. Depuis quelques jours le temps s'est remis au beau, les promenades et les jardins publics sont fréquentés tout comme si nous avions la paix la mieux assurée. Le pain a augmenté de deux liards par livre, il se vend actuellement deux sols et demi et la viande huit et neuf, ce sont les deux objets à meilleur marché. Le vin est très cher, surtout le bon.
Quoique nous sovions à côté des Tuileries, rarement nous assistons à la séance des anciens, parce que les écuries du soir nous en empêchent. Depuis que nous ne montons plus de gardes aux Cinq Cents nous n'y avons pas mis les pieds il y a près de deux mois. Le Directoire seul a toute l'autorité, les Conseils voudraient aujourd'hui sinon le balancer» du moins faire voir qu'ils ont une certaine influence, ils n'y réussiront jamais; le Directoire a les canons de son côté. Nous ne pensons pas à monter en grade dans notre corps, ce serait inutile, attendu qu'il y a grand nombre de surnuméraires. D'ailleurs il faut